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Le recteur de la Catho de Lyon contre Gibson Imprimer
Auteur : Jean Kinzler
Sujet : Le recteur de la Catho de Lyon contre Gibson
Date : 2004-04-15 07:18:16


Lyon Capitale

N° 471 - mercredi 7 avril 2004

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ACTUALITE

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Polémique autour de La Passion du Christ
“Les erreurs historiques de ce film peuvent favoriser un antijudaïsme”
Entretien. Michel Quesnel, recteur de l’université catholique de Lyon depuis septembre 2003, a vu le film de Mel Gibson La Passion du Christ dès sa sortie en France. Nous avons demandé à ce bibliste - dont l’œuvre est traduite dans plusieurs langues - qui vient lui-même de sortir un livre sur Jésus*, de réagir au scandale provoqué par ce film.


Lyon Capitale : Vous venez de voir La Passion du Christ de Mel Gibson. En tant que bibliste, considérez-vous que l’accusation d’antisémitisme est fondée ?
Michel Quesnel : Je n’emploierais pas le mot “antisémitisme” qui exprime la haine du juif dont on est contemporain. Je préfère parler d’antijudaïsme. Dans le film de Mel Gibson, les erreurs historiques peuvent favoriser un antijudaïsme. On est souvent dans l’amalgame. Pour le démontrer, il suffit de quelques exemples. L’ensemble du monde juif apparaît contre Jésus, sauf ses proches. On voit ainsi le Sanhédrin ** au grand complet mettre en accusation Jésus. Or historiquement parlant, Jésus se trouva face à quelques grands prêtres et non pas face à l’ensemble du Sanhédrin. Premier amalgame. Dans la mise en scène du récit de la femme adultère, Caïphe est présent et lui jette des pierres. Or dans l’Évangile, ce sont les pharisiens et les scribes.
Mel Gibson mélange donc les diverses autorités juives. Deuxième amalgame. Enfin, Pilate *** est présenté comme un homme très humain alors qu’historiquement il est réputé pour avoir été un personnage brutal. Ce qui, au plan de la responsabilité de la mort de Jésus, permet à Mel Gibson de tout faire reposer sur les autorités juives confondues. Là encore, nous sommes dans l’amalgame.
L’accusation d’antisémitisme est d’autant plus forte que pendant des siècles les chrétiens ont fait porter à leurs contemporains juifs la responsabilité de la mort du Christ.
Il est vrai que dans l’histoire, l’Église a lourdement accusé le peuple juif avec, entre autres, l’accusation insupportable du déicide, corrigée par le concile Vatican II. Dix-neuf siècles de l’histoire de l’Église sont marqués par cela. Il a fallu la Shoah pour que les chrétiens se rendent compte de la responsabilité qu’ils avaient dans l’antisémitisme. Si le nazisme a pu réussir, il a bien fallu qu’il trouve quelques complicités chez les chrétiens.
Le scandale déclenché par ce film s’explique également par son arrière-plan : le père de Mel Gibson est connu pour être révisionniste ; Mel Gibson lui-même est devenu un zélé converti ; Jim Caviezel qui joue le rôle de Jésus, quant à lui, aurait dit posséder dans sa poche un morceau de la Vraie Croix qui lui aurait été donnée par un visionnaire ; enfin, aux États-Unis, sur le Net, il y aurait mille histoires de guérison providentielle après la projection.
En tant que critique bibliste, je ne veux pas m’arrêter à cela, même s’il est évident qu’aux États-Unis le fondamentalisme religieux est bien vivant. Je préfère juger non pas un auteur et son histoire personnelle, mais une œuvre. En outre, j’estime que Jésus n’appartient à personne. On a le droit de faire un film sur lui que l’on soit hyper-catho, athée ou que sais-je encore. Si l’on s’en tient au film, je trouve que l’auteur fait preuve de sadisme. Il se complaît dans le tableau d’une souffrance horrible. C’est comme si, pour lui, la rédemption de Jésus tenait au fait qu’il a plus souffert que les autres. C’est ridicule et ça laisse entendre que la souffrance physique aurait des vertus. À sa décharge, il faut reconnaître qu’il n’est pas le premier. Dans l’histoire de l’art, le christianisme a eu, à certaines périodes, une propension au sadomasochisme. Certaines peintures de la Passion du Christ le démontrent.
Estimez-vous que ce film, qui rencontre déjà un énorme succès, puisse perturber les cinquante dernières années du dialogue entre juifs et chrétiens et renforcer les communautarismes ?
Il n’y a aucun risque. C’est un épiphénomène car tout le monde sait à quoi s’en tenir. Il n’y a pas de raison que les juifs reprochent aux chrétiens dans leur ensemble de renouer avec l’antisémitisme sous prétexte que ce film a été réalisé par quelqu’un qui se situe comme chrétien. Quant à l’idée que ce film puisse renforcer les communautarismes, je n’y crois pas non plus.
L’Église de France, par la voix de certains de ses évêques, a déconseillé au public d’aller voir ce film. Qu’en pensez-vous ?
Moi, je dis que si on n’y va pas on ne perd rien (rires). Mais si on veut en parler, la moindre des choses c’est d’aller le voir. Dans notre société, on parle trop souvent de ce que l’on ne connaît pas. En tant que prêtre et chrétien, ma question majeure est la suivante : est-ce que ce film peut faire découvrir le visage du Christ à ceux qui ne le connaissent pas ? Est-ce que ce film est mieux que rien ou pire que rien ? Et je ne sais pas quoi répondre.
Y a-t-il, dans ce film, des éléments positifs à retenir, selon vous ?
Bien sûr ! Moi qui ai vécu à Jérusalem, j’ai, par exemple, trouvé que certaines atmosphères sont très bien retranscrites. C’est le cas pour la nuit orientale ou encore pour l’ambiance qui règne à Jérusalem. Ça grouille vraiment de partout.
Le hasard des programmations et des publications fait que la semaine qui a vu la sortie de ce film a également vu la sortie de votre livre sur Jésus. Vous êtes aux antipodes du film de Mel Gibson.
Personnellement, avec ce livre, je n’ai rien voulu démontrer. J’ai plutôt cherché à faire connaître Jésus à partir des sources de son histoire et de la façon dont il est le Seigneur pour les croyants, depuis sa mort jusqu’à aujourd’hui. L’intelligence a le droit d’interroger les sources et la tradition du christianisme. On peut être croyant et critique. L’intelligence et la foi sont complémentaires face au phénomène si complexe qu’est le Christ. Ce livre défend plus cette attitude qu’il ne défend une thèse.
Cela étant, il est évident qu’il fait le point sur les questions centrales qui concernent le Christ. Ainsi, au sujet de sa mort, il est clair qu’historiquement parlant, les principaux responsables sont d’abord Pilate qui donna l’ordre de l’exécution et ensuite les quelques membres de l’aristocratie sacerdotale, qui le lui livrèrent. Les responsables sont des personnes, non pas un peuple en tant que tel.

Propos recueillis par Jacques Tyrol




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* Michel Quesnel, Jésus, l’homme et le fils de Dieu, Paris, Flammarion, 2004, 231 p., 19 euros.
** Le Sanhédrin fut un conseil juif formé de soixante-dix membres plus un, le grand prêtre, qui le présidait. Depuis qu’il n’y avait plus de roi à Jérusalem, il était la plus haute autorité juive existante et, par là même, l’interlocuteur habituel de l’occupant romain.
*** Ponce Pilate fut procurateur de Judée de 26 à 36.






La discussion

 Le recteur de la Catho de Lyon contre Gibson, de Jean Kinzler [2004-04-15 07:18:16]
      De mieux en mieux, de Justin Petipeu [2004-04-15 08:25:50]
          Bravo Justin! excellent! -pdt-, de Hermine [2004-04-15 08:46:31]
          Quesnel...il partage pas les mêmes valeurs que no [...], de Jean-Eudes de GRECE [2004-04-15 09:09:47]
              NON, de Michel2T [2004-04-15 09:12:08]
              Ma parole..., de Athanasios D. [2004-04-15 09:40:09]
              Votre remarque au sujet d'Athanasios, de Rikiki [2004-04-15 10:31:15]
          C'est triste, de Ombre6 [2004-04-15 10:15:37]
      Onctueusement correct!!!, de Jean [2004-04-15 10:03:20]