Je ne m’aventurerai pas sur le terrain théologique : tout a été dit dans la meilleure étude parue à ce jour : « l’eucharistie, salut du monde », par le R.P. Joseph de Sainte-Marie, ocd, qui, à ce que je sache, n’a jamais été VOMiste (professeur au Theresianium, année 70). Je crois qu’il répond parfaitement aux doutes sur la validité, la licéité etc… de la concélébration dans l’Eglise Catholique Romaine. Je ne mets ni en doute la validité ou la licéité de la concélébration telle qu’elle a été voulue par SC 57 (§ 1. La concélébration, qui manifeste heureusement l'unité du sacerdoce, est restée en usage jusqu'à maintenant dans l'Église, en Occident comme en Orient. Aussi le Concile a-t-il décidé d'étendre la faculté de concélébrer aux cas suivants : 1. - a) Le Jeudi saint, tant à la messe chrismale qu'à la messe du soir; b) Aux messes célébrées dans les Conciles, les assemblées épiscopales et les synodes; c) A la messe de la bénédiction d'un abbé. 2. - En outre, avec la permission de l'Ordinaire, à qui il appartient d'apprécier l'opportunité de la concélébration : a) A la messe conventuelle et à la messe principale des églises, lorsque l'utilité des fidèles ne requiert pas que tous les prêtres présents célèbrent individuellement ; b) Aux messes des assemblées de prêtres de tout genre, aussi bien séculiers que religieux.
§ 2. 1) Il appartient à l'évêque de diriger et de régler la concélébration dans son diocèse.
2) Cependant, on réservera toujours à chaque prêtre la liberté de célébrer la messe individuellement, mais non pas au même moment dans la même église, ni le Jeudi saint.)
Je ne m’aventurerai pas sur le terrain liturgique, c-à-d sur la forme donnée à la concélébration par la réforme (avant le rite de Paul VI, car on a concélébré dans le rite de St Pie V de 1962 à 1969, et après). Que ceux qui s’indigne seulement de l’expression « lever la patte » employée par d’autres sur le forum ne s’offusque pas trop : c’était une expression courante parmi les jeunes prêtres dans les séminaires du moins à mon époque (1988-1995, Louvain et Rome).
Le propos de mon message est plutôt celui-ci (en lien avec le post de l’abbé Demets
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=175697 « Je connais des prêtres qui célèbrent selon le Novus Ordo qui refusent de concélébrer. Et puisque l'Eglise nous laisse libre en ce domaine, où est le problème ? ») : aborder un sujet dont peu de laïcs peuvent imaginer l’impact dans la vie intra-cléricale : la place de plus en plus importante qu’a prise la concélébration dans la vie de l’Eglise d’aujourd’hui et le chantage qui peut être fait aux prêtres qui ne souhaitent pas concélébrer tous les jours.
Faites le tour des communautés nomistes et des séminaires et comptabilisez le nombre de prêtres à la messe de ces communautés : la célébration individuelle a de facto disparu. On a déjà eu sur le forum des remarques sur les églises de centre-ville où concélébraient 5 prêtres quand des paroisses de campagne font des ADAP…
Essayez de vous rendre dans une abbaye ou une grande église (cathédrale, lieu de pélérinage, etc…) et demandez si vous pouvez dire la messe (je parle bien du NOM, il ne s’agit pas ici de demander la célébration du VOM). Expliquez que vous êtes un prêtre de passage et que vous avez un train à prendre, que vous ne pouvez donc pas attendre la célébration eucharistique de 18h…A moins de trouver un sacristain bienveillant et un peu conservateur (ou du moins qui connaît bien son métier), 9 fois sur 10 la réponse sera la même : « ce n’est pas possible mon Père ».
A la rigueur, si vous êtes accompagné de quelques laïcs, peut-être s’efforcera-t-on de vous rendre service.
Le droit du prêtre à célébrer individuellement (SC 57 et can 902) est dans les faits nié.
Quand vous faites vous-même partie d’une communauté (séminaire, paroisse, et j’imagine communauté religieuse), la pression exercée est terrible.
On pourrait penser qu’au séminaire, on chercherait à édifier chez le jeune prêtre son éducation à l’autel. (cf. can 904. « Que les prêtres célèbrent fréquemment, ayant toujours présent à l'esprit le fait que l'oeuvre de la rédemption se réalise continuellement dans le mystère du Sacrifice eucharistique; bien plus, leur est vivement recommandée la célébration quotidienne qui est vraiment, même s'il ne peut y avoir la présence de fidèles, action du Christ et de l'Église, dans la réalisation de laquelle les prêtres accomplissent leur principale fonction »), non ! Il y a bien au séminaire français de Rome deux anciennes chambres aménagées en chapelle, qu’on peut réserver avec un agenda pour la célébration individuelle des prêtres empêchés de participer à la messe de communauté ou de petits groupes de spiritualité. Mais si vous êtes trop souvent absent de la messe de communauté sans motif valable (et si possible, motif pastoral), là tout se détraque, puisque cela peut même aller jusqu’au renvoi (expérience vécue, puisque ce fut le motif de mon renvoi alors que je n’avais plus qu’un semestre d’étude, et pourtant, je concélébrais au moins une fois par semaine). Ne pas concélébrer, c’est s’exclure de la communauté.
En paroisse, cela peut aller s’il n’y a que peu de prêtres (nous étions 5 pour trois messes quotidiennes, dont deux prêtres à mi-temps pour « dépanner »). Mais dès qu’il s’agissait de dire la messe à une autre heure que prévue (cours de caté qui s’éternise avant la messe du soir, départ en train tôt le matin pour raison x ou y) il fallait s’arranger avec le sacristain dans le dos du curé pour pouvoir célébrer seul (et je vous rappelle : messe NOM et en français, donc rien de « répréhensible », même si le sacristain en profitait pour me sortir les magnifiques boîtes à violon du 19ème).
Vous êtes trop souvent absent des « grands rassemblements diocésains (vous savez, ceux aux foulards qu’on agite) : appel du vicaire général : « le père évêque compte sur toi demain ». Vous vous dites : mais je suis aumônier scout, pas aumônier ACO ou MEJ, qu’est-ce que j’ai à faire là-dedans ? Vous faites un effort pour vous montrer et vous dire que les choses se tasseront : histoire de quoi, alors que vous étiez loin de l’autel pour la concélébration, vous vous apercevez à l’élévation que l’hostie est une miche de pain que vous n’aviez donc pas l’intention de consacrer (puisque matière illicite) ! Le curé vous ramène dans sa voiture « c’était bien hein ? ». Vous arrivez en paroisse à 21h, l’église est fermée depuis longtemps et le sacristain chez lui…
Certains jeunes prêtres de mon année d’ordination n’ont même pas « présidé » leur première messe : ils ont concélébré avec leur curé. Et durant leur année de prêtrise au séminaire, ils n’ont jamais célébré seul. Sachant qu’il n’y a aucun cours de rubriques durant toutes les années de séminaires, étonnez-vous que vos jeunes prêtres soient déficients dans ce domaine.
(en passant : question aux « fideles laici » : n’avez-vous jamais eu de distraction durant la messe ? je ne parle pas du sermon, mais simplement le chapeau trop grand de la voisine qui vous dérange pendant l’évangile, ou cette mouche enragée qui s’entête à picorer votre oreille à la préface ?
Imaginez-vous un prêtre qui concélèbre : faites le point sur les paroles qu’il a à prononcer. S’il n’est pas l’un des concélébrants principaux : il ne dira des prières « sacerdotales » de l’ordo missae que les paroles de la consécration et l’épiclèse. Allez, 2 minutes sur ½ heure.)
Cette omniprésence de la concélébration dogmatisée en unique signe de l’unité est une dérive de la théologie eucharistique et de l’ecclésiologie actuelle. C’est une perte de sens pour le sacrifice de la messe
En tant que liturgiste, comme je vous l’ai dit, je reconnais la validité et la licéité de la concélébration, mais cette concélébration, pour garder pleinement son sens, doit être limitée, strictement encadrée rubricalement et vraiment réservée à des occasions ecclésiales particulières.
Maintenu que je suis (re)venu à la célébration du VOM, je ne célèbre le NOM qu’extrêmement rarement (je crois que les prochaines fois que je le ferai seront pour les obsèques de mes parents, et Dieu veuille que ce soit le plus tard possible), mais pour répondre à la question d’Athanasios : « Faut-il comprendre... que vous vous refusez même cela (concélébration de cérémonie) ? »(
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=175695).
Je réponds : non (puisque je ne suis pas opposé à la célébration du NOM en cas « extrême »), mais je crois que cette concélébration de cérémonie que pratiquent les prêtres orientaux (habits de chœur et communion) est la manière adéquate de répondre aux désirs épiscopaux de présence des vomistes à la messe chrismale. C’est d’ailleurs le mode de présence sacerdotale qui devrait être imposé dans tous les grands rassemblements (hors les cas de concélébrations spécifiques : ordinations, messes chrismales, In Cena Domini et du Samedi Saint). Voir aux JMJ des prêtres concélébrer alors qu’ils sont à 100m ou plus de l’autel et parmi les fidèles, franchement, quel sens liturgique cela a-t-il ?
Bien vôtre in X°