Le verjus est du vin en train de se faire, il n'a donc pas la nature du vin, et pour cette raison on ne peut consacrer le sacrement avec ce produit. Le moût a déjà la nature du vin, car sa douceur atteste qu'il est déjà digéré " ce qui est un achèvement produit par la chaleur naturelle ", dit Aristote. Par conséquent on peut consacrer ce sacrement avec du moût. Mais on ne doit pas mélanger des raisins naturels à ce sacrement, car alors il y aurait autre chose que du vin. Il est en outre interdit d'offrir dans le calice du moût qui vient d'être exprimé du raisin, car cela est inconvenant à cause de l'impureté du moût. Cela peut se faire toutefois en cas de nécessité. Car le pape Jules Ier ajoute : " Si c'est nécessaire, qu'on presse une grappe dans le calice. " (IIIa, q. 74,a. 5, ad .3
Autre référence Mgr Valentin Zubizarreta,
Theologia dogmatico-scholastica ad mentem S Thomae Aquinatis, Tome IV De sacramentis, Vittoria, 1948 (traduction par mes soins) :
QUESTION V
La matière du sacrement de l’Eucharistie
ARTICLE UNIQUE
Quelle est la matière éloignée à partir de laquelle est confectionné le sacrement de l’Eucharistie ?
État de la question. Dans l’Eucharistie, en vertu des paroles consécratoires, une matière est convertie dans le corps du Christ et une deuxième dans le sang du Christ.
Comme ces deux matières constituent la matière complète de ce sacrement, nous traiterons de ces deux matières en même temps, puis nous expliquerons séparément les conditions que doivent revêtir celles-ci.
Erreurs.
1) Quelques hérétiques anciens ont prétendu que la matière convertie dans le corps du Christ était le pain et le fromage. On les appelle les artotyrites .
2) Les cataphrygiens et les pépusiens ont enseigné que le pain confectionné pour ce sacrement devait être fait de farine et de sang d’enfant.
3) Les encratites, les aquariens et les ébionites ont dit qu’on ne devait mettre que de l’eau dans le calice.
4) Récemment Harnack a dit que les premiers chrétiens mettaient indifféremment du vin ou de l’eau dans le calice. Il a été réfuté à juste titre par les théologiens catholiques.
THÈSE. La matière éloignée à partir de laquelle est confectionnée l’Eucharistie est le pain de froment et le vin de la vigne .
Arguments.
1) La Sainte Écriture. Le Christ, lors de la dernière cène, a utilisé du pain et du vin dans la consécration de ce sacrement. Cela apparaît des Evangiles et de l’épître aux Corinthiens . Jésus mentionne expressément le pain. Que du vin fut versé dans le calice, cela est prouvé aussi bien par l’usage des Juifs célébrant la Pâque que des paroles prononcées par le Christ aussitôt après la consécration : on lit dans Saint Matthieu « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne » (Matthieu 26: 29).
2) Les Conciles. Le IVe Concile du Latran enseigne expressément que le corps et le sang du Christ est vraiment contenu dans ce sacrement sous les espèces du pain et du vin . Le Concile de Florence enseigne que « le troisième sacrement est l’Eucharistie dont la matière est le pain de froment et le vin tiré de la vigne » . Le Concile de Trente enseigne que la substance du pain et du vin est convertie dans le corps et le sang du Christ .
3) Le Catéchisme Romain. « Aucun autre pain, si ce n’est le pain de froment, ne doit être considéré comme étant la matière de ce sacrement » ; l’autre matière est « le vin tiré du fruit de la vigne » .
4) Raison de convenance. Comme le sacrement de l’Eucharistie a raison de banquet spirituel, on doit choisir comme matière, pour une raison de convenance, les éléments qui se trouvent le plus facilement et qui sont le plus souvent utilisés lors des banquets. Or rien dans le monde ne se trouve plus facilement et n’est plus couramment utilisé dans les banquets que le pain et le vin. Par conséquent.
Corollaire. Il est certain que le pain comme le vin peuvent être séparément consacrés et, de fait, le prêtre les consacre séparément sur l’autel. Ainsi, si un prêtre, après avoir consacré le pain, ne voulait pas ou ne pouvait pas consacrer le vin, le corps du Christ serait vraiment contenu sous les espèces du pain. Cependant, comme le Christ a institué un seul sacrement sous les deux matières, il y a un précepte divin, confirmé par l’autorité de l’Église et communément reçu, selon lequel il faut consacrer les deux matières et le Pontife Romain ne peut pas en dispenser.
Scolie. I. Questions sur le pain.
1) Le pain doit être de froment. Cela apparaît clairement des déclarations des Conciles rapportées ci-dessus. a) Ainsi il est certain que le pain fait à partir de fruits d’arbres ou de légumes n’est pas une matière apte, au contraire il est requis pour la validité que le pain soit fabriqué « à partir des graines de froment parce le nom signifie généralement la semence des plantes qui ont un sommet et des épis » . b) Les théologiens ne sont pas d’accord entre eux pour déterminer ce qu’il faut entendre sous le nom de pain de froment. Biel a pensé que tout pain à base de céréale était apte à la consécration. Mais les théologiens le contredisent habituellement et enseignent que seul le pain de froment est adapté à la consécration. Les farines de seigle, de châtaignier, de pomme, d’orge, de millet, de riz, d’épeautre, de maïzena ne sont pas adaptées à la consécration. Mais, s’il existe d’autres espèces de froment, ce sont des matière valides. Ainsi le pain de froment est certainement une matière valide et adaptée, le pain non fabriqué avec de froment n’est pas une matière adaptée, et le pain dont on peut douter qu’il soit fait à partir de froment est un matière douteuse.
2) Il faut que la pain soit fonctionné à partir de farine de froment, d’eau naturelle et cuit au feu. En effet, sous le nom de pain, on désigne habituellement l’aliment qui est confectionné à partir de farine de froment, d’eau naturelle et cuit au feu.
3) Sur le mélange avec une autre matière le Docteur Angélique affirme : « Un léger mélange ne change pas l'espèce, car ce qui est en petite quantité est comme absorbé par ce qui est en plus grande quantité. Par conséquent si une autre céréale est mélangée en faible proportion à une quantité très supérieure de froment, on pourra en fabriquer du vrai pain, qui est la matière de ce sacrement. Mais si le mélange est en plus grande proportion, par exemple à égalité ou à peu près, un tel mélange change l'espèce, et le pain ainsi fabriqué ne sera pas la matière exigée pour ce sacrement » (III, q. 73, a. 3, ad 3).
4) Le pain azyme ou fermenté est une matière apte pour confectionner validement le sacrement de l’Eucharistie. Cependant, il est requis pour la licéité que chaque prêtre observe son propre rite ; ainsi un prêtre du rite latin est tenu d’utiliser du pain azyme et un prêtre du rite grec est tenu d’utiliser du pain fermenté.
a) Que ces deux pains soient une matière valide, cela est prouvé pas l’identité entre ces deux pains, car le pain azyme et le pain fermenté ne différent pas spécifiquement.
b) Mais pour la licéité, l’Église demande que le rite propre à chacun soit observé.
Scolie II. Questions sur le vin.
1) Tout vin tiré de la vigne, à partir du moment où il s’agit d’un vin véritable et non corrompu, est une matière apte à la consécration. Ainsi, le vin rouge ou blanc, doux ou amer, et les autres vins qui différent accidentellement peuvent être validement utilisés pour la célébration.
2) Le moût tiré d’une grappe mature, mais non fermentée ou purifiée, est une matière valide, mais non licite en dehors d’un cas de nécessité : «Le moût a déjà la nature du vin, car sa douceur atteste qu'il est déjà digéré " ce qui est un achèvement produit par la chaleur naturelle ", dit Aristote. Par conséquent on peut consacrer ce sacrement avec du moût » (III, q. 74, a. 5, ad 3).
3) L’Église a souvent déclaré que l’on pouvait admettre de mélanger le vin avec de l’alcool ou de l’esprit du vin pour la célébration, et il faut rappeler ici l’instruction de la Sacrée Congrégation du Saint Office sur le sujet .
4) Au contraire, le jus de raisin, qui en passe de devenir du vin, le vinaigre, qui est du vin corrompu, l’eau de vie, qui tend vers l’alcool, la grappe de raisin pas encore pressée, qui n’a pas encore raison de vin ou de liqueur, une boulette de pain trempée dans du vin, qui n’est pas une boisson, etc. ne sont pas des matières valides pour la célébration de la messe.
III. Une petite quantité d’eau doit être mélangée au vin devant être consacré. Ce mélange n’est pas nécessaire au sacrement, ni de précepte divin, mais de précepte ecclésiastique.
1) Ce mélange n’est pas nécessaire au sacrement, car, comme le dit expressément le Missel Romain, si le célébrant s’aperçoit avant la consécration qui n’a pas mis de l’eau, il l’ajoute aussitôt et prononce les paroles de la consécration. S’il s’en aperçoit après la consécration du Calice, il n’en fait rien, car ceci n’est pas nécessaire au sacrement . Saint Thomas lui-même l’affirme : « l'addition d'eau n'est pas nécessaire au sacrement » (III, q. 83, a. 6, ad 4).
2) Il n’y a pas de précepte divin concernant l’addition d’eau. Ceci est l’opinion la plus commune contre Alès. Soit que le Christ, suivant l’usage des Juifs, ait mis de l’eau et du vin dans la calice, comme cela est affirmé dans la liturgie de St Jacques, soit que, comme le défend Waldès, il y ait mis seulement du vin, il n’y a pas de précepte divin à mélanger de l’eau au vin, parce que, si le Christ a ajouté de l’eau au vin, il n’a pas voulu imposer un précepte, mais observer un rite accidentel.
3) Il y a cependant un précepte ecclésiastique par lequel les prêtres sont tenus sous peine de faute grave de mélanger une petite quantité d’eau à vin à consacrer. Il semble que le IIIe Concile de Carthage (en 397) ait le premier imposé ce précepte (canon 24). Le Concile de Florence a décrété que les prêtres arméniens devaient mélanger un peu d’eau au vin. Enfin, le Concile de Trente a déclaré : « Le Saint Concile avertit aussi, que l'Église a ordonné aux prêtres de mêler de l'eau au vin qui doit être offert dans le calice » . L’auteur du Livre des Sentences à Annibalde écrit sur la question : « Le vin peut être consacré sans eau, mais le consécrateur pèche gravement si il ne l’y met pas sciemment » . Le Docteur Angélique donne des raisons de convenance : a) On croit que probablement le « Seigneur a institué ce sacrement avec du vin mêlé d'eau selon la coutume du pays » (III, q. 74, a. 6) , b) « Parce que cela convient à la représentation de la passion du Seigneur. Ce qui fait dire au pape Alexandre Ier : ‘‘On ne doit pas offrir dans le calice du vin seul ou de l'eau seule, mais un mélange des deux, car nous lisons dans le récit de la Passion que l'un et l'autre ont jailli de son côté ’’ » (III, a. 74, a. 6). Il est difficile de déterminer quelle quantité d’eau doit être ajoutée. Certains docteurs parlent d’un sixième ou d’un huitième de la quantité du vin. En pratique cependant c’est beaucoup moins que le huitième de la quantité du vin.
III. Pour que le sacrement soit valide, il faut que la matière qui doit être consacrée soit présente au prêtre. Il faut en effet que la forme de la consécration se vérifie dans la consécration. Or la forme de consécration est exprimée par le pronom « ceci » dont la signification ne peut être vérifiée à moins que la matière soit présente.