Maurras n'avait pas la foi, certes.
Mais il n'y a pas besoin d'être royaliste pour "christianiser" la société.
Par contre, une société n'a que peu de chances de rester chrétienne si elle repose sur des fondements démocratiques (c'est-à-dire en suivant la perspective ouverte par 1789).
Je t'invite à relire le texte intitulé "le dilemne de Marc Sangnier" que l'on retrouve dans la Politique religieuse de Maurras. C'est très instructif !
Marc Sangnier était peut-être un bon catho bien pieux, mais il n'empêche que - comme l'a écrit saint Pie X - sa philosophie était fausse...
C'est en ce sens qu'il faut comprendre le "Politique d'abord" de Maurras ?
Que signifie-t-il exactement ?
Non pas que la politique domine la morale (il est courant aujourd'hui de faire de Maurras un chantre du machiavélisme), mais que, comme le pensait Aristote, "la politique est architectonique par rapport à l'éthique", c'est-à-dire que le bien commun doit conditionner tout bien propre. On retrouve selon chez saint Thomas ce qui est bien normal puisqu'il s'inspire lui-même d'Aristote.
La morale particulière est un vain mot sans l'existence d'un ordre politique rendu nécessaire par la nature sociale de l'homme. Dans la hiéarchie idéale des valeurs, la politique est bien subordonnée à l'éthique ; dans l'ordre pratique, de bonnes moeurs ne sauraient se développer sous de mauvaises lois.
D'où, bien entendu, la critique menée par l'Action française de la démocratie.
Permets-moi juste ici de citer en référence un texte de Maurras paru dans le n° du 2 juin 1908 de L'Action française :
"Au point de vue de l'importance, le n°1 appartient évidemment aux questions religieuses et morales ; le n°2 aux questions sociales, et le n°3 aux questions politiques. Mais, au point de vue de la marche et du moment, de l'ordre dans lequel le problème peut se traiter en fait dans les conditions de la France d'aujourd'hui, c'est le numérotage inverse qui s'impose : le n°1 est le politique, le n°2 le social, le n°3 moral et religieux. Etant donné l'omnipotence de l'Etat centralisateur de qui tout dépend, il faut commencer par mettre dans l'impossibilité de nuire cet Etat antisocial, antireligieux et antimoral ; il faut ensuite, avec le concours de cet Etat redressé, introduire de sages réformes sociales ; enfin, à la faveur d'une atmosphère sociale épurée et renouvelée, favoriser les entreprises de réforme religieuse et morale, ou plutôt assurer à leur expansion un champ de liberté plénière.
L'Action française fit de bonne heure cette distinction de sens commun : dans l'oeuvre du labour, la charrue importe bien plus que les boeufs qui la trainent ; cependant, la charrue n'est pas placée avant les boeufs, hormis chez les Gribouille conservateurs qui, naturellement, en sont toujours punis."
(Dictionnaire politique et critique, I, p. 549).
Alors, Maurras est-il si dépassé que cela ?...
De même, c'est une erreur de croire que Maurras n'ait pas vu l'urgence du combat culturel.
Cela dénote juste un a-priori anti-maurrassien complètement injustifié de la part de mon interlocuteur.
Pour développer tout cela, il est aussi possible - et souhaitable - de rejoindre le comptoir politique qui est un forum manquant cruellement d'intervenants.
Tes invertions seront les bienvenues... si elles sont justes.