Cher EA,
La solution à votre problème canonique a été donnée depuis longtemps ! Voilà ce qu'écrit le cardinal Journet :
« Pour bien des théologiens, l'assistance que Jésus a promise aux successeurs de Pierre les empêchera non seulement d'enseigner publiquement l'hérésie, mais encore de tomber, comme personnes privées, dans l'hérésie. Il n'y a pas. dès lors, à introduire de débat sur la déposition éventuelle d'un pape hérétique. La question est tranchée d'avance. Saint Bellarmin, de Romano pontifice, lib. II, cap. XXX, tenait déjà cette thèse pour probable et facile à défendre. Elle était pourtant moins répandue de son temps qu'aujourd'hui. Elle a gagné du terrain à cause, en bonne partie, du progrès des études historiques, qui a montré que ce qu'on imputait à certains papes, tels Vigile, Libère, Honorius, comme une faute d'hérésie, n'était au vrai rien de plus qu'un manque de zèle et de courage à proclamer, et surtout à préciser, en certaines heures difficiles, la vraie doctrine. "Néanmoins, de nombreux et bons théologiens du XVIème et du XVIIème siècle ont admis qu'il fût possible que le pape tombât, en son privé, dans le péché d'hérésie non seulement occulte mais même manifeste. "Les uns, comme saint Bellarmin, Suarez, ont alors estimé que le pape, en se retranchant lui-même de l'Église, était ipso facto déposé, papa hereticus est depositus. Il semble que l'hérésie soit considérée par ces theologiens comme une sorte de suicide moral, supprimant le sujet même de la papauté. . . . "Les autres, comme Cajetan, Jean de saint Thomas, dont l'analyse nous paraît plus pénétrante, ont estimé que, même après un péché manifeste d'hérésie, le pape n'était pas déposé, mais qu’il devait l'être par l'Église, papa haereticus non est depositus sed deponendus. Cependant, ont-ils ajouté, l'Église n'est pas pour autant supérieure au pape . . . ils font remarquer d'une part que, de droit divin, l'Église doit être unie au pape comme le corps à la tête; d'autre part que, de droit divin, celui qui se manifeste hérétique doit être évité après an on deux avertissements (Tit., III, 10). Il y a donc une antinomie absolue entre le faire d'être pape et le fait de persévérer dans l'hérésie après un ou deux avertissements. L'action de l'Église est simplement déclarative, elle manifeste qu'il y a péché incorrigible d'hérésie; alors l'action autoritaire de Dieu s'exerce pour disjoindre la papauté d'un sujet qui, persistant dans l'hérésie après admonition, devient, en droit divin, inapte à la détenir plus longtemps. En vertu donc de l'Écriture, l'Église désigne et Dieu dépose. Dieu agit avec l'Église, dit Jean de saint Thomas, un peu comme agirait un pape qui déciderait d'attacher des indulgences à la visite de certains lieux de pelerinage, mais laisserait à un ministre le soin de designer quels seront ces lieux. L'explication de Cajetan et de Jean de saint Thomas nous ramène . . . au cas d'un sujet qui, à partir d'un certain moment, commence à devenir en droit divin, incapable de détenir davantage le privilège de la papauté. Elle est réductible, elle aussi, à l'amission du pontificat par défaut du sujet. C'est bien, en effet, le cas fondamental, dont les autres ne représenteront que les variantes. » (Charles Journet, L'Église du Verbe Incarnée, Paris, Desclée de Brouwer, 1941), p. 596)
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