"A vrai dire, je regarde comme bien plus funeste de chercher à apprendre quelque chose par voie surnaturelle que de vouloir des goûts et des consolations sensibles. Je ne vois même pas comment peut s'exempter de péché, au moins véniel, une âme qui prétend à ces connaissances surnaturelles, si bonnes que soient d'ailleurs ses intentions et si avancée qu'elle puisse être dans la perfection. J'en dis autant de ceux qui conseilleraient semblable hardiesse ou y donneraient leur apro-bation. D'ailleurs il ne saurait y avoir de nécessité qui motive ce procédé. La raison naturelle, la loi et la doctrine évangéliques suffisent parfaitement pour se gouverner. Il n'est point de difficulté qui ne puisse se dénouer par ces moyens à la satisfaction de Dieu et à l'avantage de l'âme. Nous devons même tellement nous attacher à la raison et à la doctrine évangélique que s'il nous arrivait, malgré nous ou de notre plein gré, de recevoir quelque communication surnaturelle, nous ne devrions en admettre que ce qui se trouverait parfaitement conforme à l'une et à l'autre, et en ce cas l'admettre non parce que c'est une révélation, mais parce que c'est une chose raisonnable, en laissant de côté ce qui est purement révélation. Même alors, il faudrait examiner de beaucoup plus près ce parti raisonnable que si la révélation n'était pas intervenue. La raison en est que le démon a coutume d'annoncer beaucoup de choses futures, en apparence très véritables et très conformes à la raison, en vue de nous tromper. D?où il ressort avec évidence que dans tous nos besoins, dans toutes nos peines, dans toutes nos difficultés, nous n'avons pas de meilleure et plus sûre ressource que la prière et une ferme confiance que Dieu nous viendra en aide par les moyens qu'il lui plaira de choisir. C'est la Sainte Ecriture qui nous en avertit. Nous y lisons que le roi Josaphat, profondément affligé, environné d'une foule d'ennemis, se mit en prière et dit à Dieu : Cum ignoramus quod facere debeamus, hoc solum habemus residui, ut oculos nostros dirigamus ad te (2 Ch 20,12). Comme s?il avait dit : Etant à bout de ressources et ne sachant que faire, il ne nous reste qu'à lever les yeux vers toi, afin que tu disposes de nous suivant ton bon plaisir. (?). Je me bornerai donc à répéter qu'il est dangereux, et plus que je ne saurais le dire, de traiter avec Dieu par des voies semblables [les voies surnaturelles]. Celui qui les affectionne ne manquera pas de commettre des erreurs graves et encourra fréquemment des déceptions étranges. Il suffira qu'il les ait pratiquées, pour m'entendre par expérience." |