Que cherchons nous ? A entendre raison, vous et moi, où à continuer à nous convaincre mutuellement - mais peine perdue, et de quoi, d'ailleurs ? Je suis prêt à reconnaître que l'irritation m'a un peu envahi en vous lisant. Pourquoi ? peut être parce que - à tort ? - je me sens agressé lorsque le milieu dont je viens et où j'ai appris la foi est considéré comme un "repaire de loups". A moins que je ne sois loup moi même, mais comme - jusqu'à preuve du contraire - nous faisons partie de la même Eglise, ça poserait problème. Au delà de ça, mon métier de consultant en relations humaines dans le monde du travail me conduit à penser que, quand un nouveau curé débarque dans une paroisse et que ça se passe mal avec ses paroissiens, quelles que soient les opinions respectives du curé et des paroissiens, les torts sont partagés. Un pasteur qui commence par heurter ses brebis devrait peut-être commencer par apprendre "à les appeler par leur nom"; une brebis qui prend la voix du berger pour celle d'un ennemi a sans doute besoin d'apprendre à "écouter sa voix"... et le pasteur et la brebis ont sans doute à apprendre ensemble à écouter l'Eglise et l'unique Pasteur sans se prendre, ni l'un ni les autres, pour Lui. En particulier sur la question de l'application des normes liturgiques, "le sabbat étant fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat", je crois qu'il est bon qu'un prêtre qui débarque dans une paroisse et y constate des excès mette en oeuvre une pédagogie qui amène ses paroissiens à changer peu à peu. Mais si à cause de sa hâte et de son autoritarisme, les paroissiens en question se perdent, eh bien ! c'est loupé. Dans la paroisse où j'étais avant, le curé, en insistant sur le sens de la présence réelle et en célébrant très dignement la messe - mais sans changement brutal des choses, sans commencer par dire ou faire comprendre par son mépris à ses paroissiens pseudo-liturgistes qu'ils faisaient n'importe quoi - a rendu un témoignage à la vérité de la présence réelle bien meilleur et bien plus profond, parce qu'il avait su, tout en faisant cela, gagner la confiance de ses paroissiens.
Quant à moi, je ne fais pas de différence entre les "braves chrétiens" dont je parlais dans mon post et les "catholiques du rang" dans lesquels vous vous rangez. Je ne vous accuse pas d'avoir la rage... ou en tout cas pas plus que moi (le dialecticien habile...). Je constate comme vous que certains laïcs ont pris au sein de l'Eglise du pouvoir, et qu'ils l'exercent avec un autoritarisme digne du pire cléricalisme; je suis d'accord pour dire que parfois, la seule solution est de décharger ces laïcs des responsabilités qu'ils s'accaparent après qu'on les leur ai confiées. Mais cette solution - un peu comme le licenciement dans le monde du travail - doit être la dernière.
Enfin, j'ai été très marqué par l'une des premières choses que nous a dite l'aumônier de l'école où j'ai fait mes études supérieures : "je ne vous ai pas choisis, et vous ne m'avez pas choisi : nous ne sommes ici que parce que nous avons été appelé ici par le Christ". Autrement dit, la communauté que nous formions n'était ni sa chose, ni la nôtre. Dans les paroisses, prêtres et laïcs (dont je suis, m'occupant de liturgie dans une église parisienne) ont à s'en souvenir. C'est tout ce que je cherche à dire, au delà de mes énervements coupables.
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