A Strasbourg et à Paris aussi, des projets sont en attente
Mardi 26 juin 2001
(LE MONDE)
Dans la capitale alsacienne, la future grande mosquée suscite des
divisions
Le nouveau maire de Strasbourg, Fabienne Keller (UDF), et le président
de la communauté urbaine, Robert Grossmann (RPR), n'ont pas caché que
le projet de grande mosquée était de ceux qu'ils entendaient réétudier.
"On ne peut s'accommoder de la division de la communauté musulmane",
explique M. Grossmann. Il vise la compétition qui existait entre deux
projets, sous la précédente municipalité : celui défendu par la
Coordination des associations musulmanes de Strasbourg (CAMS) du recteur Abdallah
Boussouf, et celui de l'Institut musulman d'Europe (IME) de
l'universitaire Ali Bouamama.
Après avoir tenté en vain une conciliation, Roland Ries, alors maire
(PS) de Strasbourg pendant le passage au gouvernement de Catherine
Trautmann, avait défendu le premier, comme "plus mûr", sans écarter, à terme
le second. Le 22 mai 2000, le conseil municipal avait donc décidé de
louer un terrain proche du centre-ville à la CAMS pour y construire la
mosquée, que la ville promettait de subventionner à hauteur de 10 %,
selon sa pratique usuelle pour les lieux de culte catholiques, luthériens,
réformés et juifs, cultes reconnus en Alsace-Moselle. L'opposition
UDF-RPR, dont M. Grossmann, avait voté contre. Cette décision avait
provoqué une levée de boucliers des associations de Français musulmans,
proches de l'IME, qui s'estimaient humiliées.
Un jury a ensuite retenu le projet de l'architecte italien Paolo
Portoghesi, notamment concepteur de la grande mosquée de Rome (Le Monde du
22 février). Le chantier aurait dû être terminé en 2003 et coûter
120 millions de francs. Une société civile immobilière a été constituée, ainsi
que deux associations pour gérer d'une part l'espace cultuel, d'autre
part l'espace culturel baptisé Averroès, du nom du philosophe, médecin,
juriste et théologien arabo-andalou du XIIe siècle.
"AU MILIEU DU GUÉ"
Mme Keller, qui s'est réservé la compétence des cultes, et M. Grossmann
ont décidé de susciter une réunion de toutes les composantes de la
communauté musulmane pour débattre de ce projet. "Nous sommes au milieu du
gué dans cette réflexion", explique Mme Keller, qui assure n'avoir pas
encore choisi entre plusieurs hypothèses : infléchir l'actuel projet
pour l'ouvrir aux Français musulmans ; le transformer radicalement ; ou
enfin l'abandonner pour y préférer plusieurs lieux de culte plus
modestes. La prochaine concertation devrait les aider à trancher.
A Paris, le recteur de la mosquée Adda'wa, située rue de Tanger dans le
XIXe arrondissement, espère bien que la nouvelle municipalité lui
délivrera le permis de construire qui lui avait été constamment refusé sous
l'ère Tiberi. Depuis plusieurs années, Larbi Kechat envisage en effet
de reconstruire son lieu de culte, logé dans un ancien entrepôt de
tissu, pour le transformer en un vaste centre cultuel et culturel qui serait
installé dans un bâtiment de sept niveaux. Selon maître Christophe
Leguevaques, avocat de la mosquée, un nouveau dossier a été déposé en
mairie, et le permis pourrait être délivré à la rentrée. "Nous avons reçu
des engagements très clairs au cours de la campagne électorale, de la
part de Bertrand Delanoë et de Roger Madec, le maire (PS) du XIXe
arrondissement. Nous espérons que les élus tiendront parole, et nous n'avons
aucune raison d'en douter", affirme Me Leguevaques.
Il restera ensuite à rassembler la somme nécessaire au projet, estimée
à 65 millions de francs. Les responsables de la mosquée ont l'intention
de lancer "une souscription nationale et internationale" pour réunir
ces fonds.
Jacques Fortier (à Strasbourg) et Xavier Ternisien