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JUIN 2001 A JUILLET 2003

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A propos de la messe quotidienne Imprimer
Auteur : Tintin ()
Sujet : A propos de la messe quotidienne
Date : 2003-01-27 17:34:03

Ci-après un extrait de l'oeuvre de feu Père Charlier, o.p.(un théologien "archéologiste", qui reconnaît que son domaine de recherche s'arrête à la rédaction de l'Apocalypse)

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Jean-Pierre CHARLIER
L’EUCHARISTIE
Étude biblique et suggestions pastorales
non édité, 1986
(...)

LE TEMPS DE LA CÉLÉBRATION

A. Indications bibliques


1°. Des célébrations quotidiennes?

Les premières communautés chrétiennes célébraient-elles l'eucharistie tous les jours? Avaient-elles une spiritualité de la messe quotidienne? En dépit de deux textes qui semblent aller dans ce sens, il est plus que probable qu'il faille répondre négativement à ces questions. Pour étayer cette conviction, il faut soumettre à un examen attentif les témoignages qui paraissent la contredire : ils ne sont que deux.

a. Act. 2, 42, 46

Ces versets appartiennent à ce que l'on appelle "le premier sommaire des Actes". De même que dans son évangile de l’enfance du Baptiste et de Jésus, Luc a inséré dans la trame de sa narration trois petits tableaux récapitulatifs (Lc. 1, 80 à propos de Jean et, concernant Jésus, 2, 40 et 2, 52), pareillement, dans son exposé sur l'enfance de l'Église, le même auteur interrompt par trois fois son récit pour brosser un tableau-sommaire de l'activité des chrétiens, à savoir en Act. 2, 42-47 ; 4, 32-35 et 5, 12-16. De ces trois sommaires, seul le premier nous intéresse car il est question, entre autres, de la pratique eucharistique. En voici une traduction courante, empruntée à la Bible de OSTY:
42 ils se montraient assidus à l'enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.
43 Toute âme était dans la crainte, car beaucoup de prodiges et de signes se faisaient par les Apôtres.
44 Tous ceux qui avaient cru étaient ensemble et avaient tout en commun;
45 ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et ils en partageaient le prix entre tous, selon Les besoins de chacun.
46 Chaque jour, d'un commun accord, ils fréquentaient assidûment le Temple et, rompant le pain à la maison, ils prenaient leur nourriture avec allégresse et simplicité de coeur;
47 ils louaient Dieu et trouvaient faveur auprès de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à leur groupe ceux qui étaient sauvés.

Ce texte appelle les quelques remarques que voici.

Le v. 42 indique les quatre activités de base de la communauté, celles qui réclament le plus d'assiduité. Chacune de ces activités est ensuite commentée en quelques mots. Ainsi, nous apprenons que les frères sont assidus

1) à l'enseignement des Apôtres (v. 43 : autre activité des Apôtres)
2) à la communion fraternelle (vv. 44-45 : le partage fraternel)
3) à la fraction du pain (v. 46 : court développement)
4) à la prière (v. 47a sur la prière de louange ; 47b : conclusion).

Dans un premier temps, nous savons donc que la fraction du pain est régulière et que l'on y est assidu ; elle est donc rythmique, sans que la fréquence soit mentionnée. Retenons encore que sa mention vient en troisième position, comme si le partage eucharistique ne pouvait avoir lieu avant l'écoute de la parole apostolique et le partage des biens ; par ailleurs, l'eucharistie s'épanouit en prière qui, précise le v. 47a, est essentiellement une prière de louange.

Il faut attendre le v. 46 pour lire l'expression "chaque jour". Mais il n'est pas tout à fait clair, grammaticalement, que cette précision concerne toute la phrase ou seulement la proposition relative à la fréquentation du Temple. Cette seconde interprétation me paraît meilleure. Non seulement parce qu'il entre dans les habitudes de Luc de généraliser et d'amplifier (5 emplois de "tout" dans ce sommaire!), mais aussi pour des raisons textuelles. On sait en effet que le texte des Actes nous est parvenu sous deux formes différentes. La première, souvent appelée "version antiochienne" est celle qui est traduite ci-dessus, comme c'en est devenu l'habitude; la seconde, dite "texte occidental", diffère de la première en de très nombreuses variantes et pas mal d'ajouts de détails. La seconde représente-t-elle un développement de la première? ou inversement, la première est-telle un abrégé de l'autre? L'une et l'autre sont-elles l'oeuvre de Luc qui aurait procédé à deux éditions de son ouvrage ou bien le texte occidental nous donne-t-il une version populaire ultérieure? Une chose est certaine: la version occidentale ne comporte pas les mots "chaque jour", ce qui rend cette précision douteuse. Dans l'hypothèse mieux reçue aujourd'hui, où nous avons affaire à une tradition du IIe s, il faut conclure qu'à cette époque, il n'y avait pas d'eucharistie quotidienne. Si par contre, comme certains chercheurs l'affirment, le texte occidental constitue la version primitive des Actes, la même conclusion encore s'impose. Ainsi donc, les apparences étaient trompeuses et l'on ne peut s'appuyer sur ce texte pour étayer une pratique quotidienne de l'eucharistie.

b. Act. 6, 1-6 L'épisode de l'institution des sept "diacres" est bien connu. Deux groupes de chrétiens constituent la jeune Église de Jérusalem: les Hébreux, juifs nés en Palestine, et les Hellénistes, juifs venus de la Diaspora. Les veuves de ce second groupe s'estiment lésées car elles sont négligées par les Hébreux dans le "service quotidien". Sur proposition des Douze, les fidèles choisissent donc sept disciples qui seront préposés au service des tables. Curieusement, un luxe infini de précautions entoure le choix: il faut des hommes de qui l'on rende bon témoignage, remplis de L'Esprit et de sagesse, sur qui, enfin, les Apôtres imposeront les mains.

Tout ceci paraît disproportionné avec les humbles préoccupations domestiques auxquelles les Sept seront députés. On est en droit dès lors de se demander s'il ne conviendrait pas de comprendre le mot table en son sens liturgique de table eucharistique. Auquel cas, il faudrait déduire que celle-ci constitue un service quotidien. Toutefois, des objections peuvent élevées contre cette interprétation. D'abord, lorsque la Table sert à désigner la Cène, le mot est toujours au singulier; ici, il est au pluriel, tables, et, sous cette forme, partout ailleurs dans le N.T., il signifie les tables des banquiers, les comptoirs (Mt. 21, 12; Mc. 11, 15; Jn. 2, 15). Il serait donc loisible d'imaginer sept commis à l'intendance des ressources de la communauté - ce qui requiert de la sagesse! D'autre part, le mot qui désigne la fonction des Sept est bien terre-à-terre: un besoin (v. 3). Ce passage ne peut donc être sollicité davantage en faveur d'eucharisties quotidiennes. Autre chose est de savoir comment Luc a fusionné deux choses qui ont pu être distinctes au départ: des responsables des tables qui en viennent à préférer le service de la Parole de Dieu et donc de la Table par excellence. Il ne relève pas du propos présent de nous y attarder.

2. Une célébration hebdomadaire

Un nombre impressionnant de témoignages peut être recueilli attestant d'une célébration hebdomadaire généralisée, le jour "hebdoversaire" de la résurrection du Seigneur. Toutes les Églises, quelle que soit leur situation géographique (Syrie, Asie, Grèce, Rome), ont en commun de se réunir autour de la Table eucharistique ce même jour, qui peut porter trois noms. On en parle comme du troisième jour, cette expression étant prise absolument, c'est-à-dire sans référence à une “avant-veille”; comme telle, elle a une saveur vétéro-testamentaire et connote des allusions à Os. 6, 1-2 (Yhwh a déchiré, il nous guérira; il a frappé, il pansera nos plaies; il nous fera revivre après deux jours, le troisième jour il nous relèvera), Jon. 2, 1 ; cf. aussi Ex. 19, 11; II R. 20, 5. La deuxième dénomination est le premier jour de la semaine, c'est-à-dire le lendemain du sabbat. Si elle renvoie, elle aussi, aux Écritures, c'est sans doute à Gen. 1, 5 lorsqu'apparaît la lumière au milieu de la ténèbre, dans le premier acte de la création. Enfin, mais cette appellation est peut-être un peu plus tardive, ce même jour de réunion liturgique est encore “le jour seigneurial, le dies Domini”, le dimanche.

Il me semble important d’établir l’inventaire des différentes dénominations utilisées pour qualifier le jour eucharistique.

Sauf omission, voici les textes du Nouveau Testament qui, explicitement ou plus implicitement, assignent l'eucharistie au dimanche

Act. 20, .7 : A Troas le premier jour de la semaine, la communauté est réunie, avec Paul, pour rompre le pain. Paul leur parlait (cf. l'enseignement des Apôtres, en Act. 2, 42) ; après l'épisode du jeune homme, “Paul remonta, rompit le pain et mangea et longtemps encore discourut”;
I Cor. 16, 1-2 : Pour ce qui est de la collecte en faveur des saints, faites, vous aussi, comme je l'ai prescrit aux Églises de Galatie. Que le premier jour de la semaine, chacun de vous mette de côté chez lui ce qu'il aura pu économiser, de sorte qu'on n'attende pas que je vienne faire la collecte (cf. la communion fraternelle dans le même sommaire des Act.) ; pas d'allusion directe à l'eucharistie ici, mais attestation d'une réunion ce jour-là, tant dans l'Église de Corinthe que dans celle de Galatie;
Jn. 2, 1-11 : le troisième jour est donné le vin pour la purification, qui est aussi vin de noces, c'est-à-dire vin de l'alliance;
Jn. 12, 1-2 : Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie où était Lazare que Jésus avait relevé d'entre les morts. On lui fit donc là un dîner, Marthe servait et Lazare était un de ceux qui étaient étendus avec lui. Selon la chronologie johannique, la Pâque de cette année-là tombait un jour de sabbat et six jours avant correspond donc à un dimanche; les mots dîner, servait, être étendu ont une résonance liturgique et évoquent l’eucharistie; celle-ci correspond à celle de Cana, puisqu'elle inaugure la dernière semaine de la vie terrestre de Jésus tandis que le vin avait été octroyé au terme de la première semaine;
Jn. 20, 1 et 19 : respectivement le premier jour de la semaine et huit jours plus tard donnent le cadre temporel de deux apparitions du Ressuscité aux Onze réunis et qui sont salués liturgiquement par la paix avec vous: c'est un nouveau témoignage des réunions dominicales régulières;
Lc. 24, 13-35 : l'épisode des disciples d'Emmaüs, qui culmine dans la fraction du pain, est situé le jour même de Pâque, c'est-à-dire le premier jour de la semaine (24, 1).
Apoc. 1, 10 : Moi, Jean, votre frère... , je fus en l'île de Patmos... et je fus en Esprit le jour du Seigneur. Or, le livre avait commencé par une salutation liturgique assez ample (1, 4-5) suivie de choeurs, liturgiques eux aussi (1, 5b-8). Dans ce contexte, la venue du Fils de l'Homme (1, 13 16) paraît presque naturelle. La suite du livre est une sorte de tension entre la Cène qui est offerte aux Églises terrestres (3, 20) et le banquet des noces de l'Agneau (19, 9 où se retrouve le même mot dîner qu'en 3, 20 ici comme nom et là comme verbe). C'est une nouvelle attestation, indirecte, du lien entre le dimanche et l'eucharistie.

En plus de ces références néotestamentaires, il ne faut pas négliger un texte chrétien de la fin du Ier s., extrait de la Didachè, et un texte païen du tout début du IIe s. qui a pour auteur Pline le Jeune. Les voici :

Didachè : "Chaque jour du Seigneur, rassemblez-vous pour la fraction du pain et l'eucharistie.” (14, 1).

Pline le Jeune : dans sa lettre à Trajan sur les chrétiens, Pline fait état des réunions que ceux-ci tiennent stato die, ad capiendum cibum, promiscum tamen et innoxium, "à jour fixe, afin de prendre une nourriture, laquelle est cependant ordinaire et innocente" (Lettres, X, 96); il n'y est pas question de dimanche - ce mot n'était pas possible sous sa plume - mais tout de même de réunion à jour fixe.
Il est possible que le dimanche n'ait pas été le jour unique de la célébration eucharistique, mais il a très certainement été le jour privilégié et cela depuis la toute première origine de l'Église.

3. Autres occasions

a. La célébration pascale

Lorsqu'il est question de la fraction du pain et que la date du dimanche n'est pas mentionnée, c'est souvent la référence à la proximité de la pâque qui tient lieu de repère chronologique. Ainsi en va-t-il lors de la multiplication des pains, en Jn. 6, 4 (La Pâque, La fête des Juifs, était proche) et lors de l'expulsion des brebis hors du Temple, en 2. 13. Le repas du lavement des pieds est daté d'une manière similaire en 13, 1, par dérivation évidente des récits d'institution. Paul lui-même affirmé que c'est une tradition vénérable qui lui fait dire : Le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré... (I Cor. 11, 23).

Peut-on conclure de là à une célébration de la Cène, dans les Églises, le jour où était commémorée cette journée de la trahison? Non, avec certitude, mais oui, comme probabilité. D'une part, il est peu logique de penser que cette formule rituelle connue de toutes les Églises n'ait pas commandé spontanément une telle réunion. D'autre part, on devine, au moins à travers l'évangile de Marc, combien assidue devait être la piété des fidèles. Dans la controverse galiléenne sur le jeûne, Marc insiste sur le fait que le jeûne est presque interdit tant que l'Époux est là. Mais viendront des jours où l’Époux leur sera enlevé et alors ils jeûneront, en ce jour-là (Mc. 2, 18-20). On remarquera le contraste entre les jours de l'enlèvement et le jour de jeûne, celui de la commémoraison de la crucifixion. Dans son récit de la Passion, l'évangéliste s'applique d'ailleurs à répartir tous les événements sur une succession de temps qui va de trois en trois heures, à partir de la double alektorophônia (le chant du coq, 14, 68, 72) jusqu'au au soir de 15, 42 : ne serait-ce pas une invitation faite à ses communautés de célébrer dans la prière et la contemplation cet unique jour de jeûne? (mais voir encore infra, p. 81). Dans cette optique, le récit de l'institution de l'eucharistie devait jouer le même rôle et engager à une célébration d'anamnèse.

b. La collation du baptême

Si la célébration du “Jeudi-Saint” reste conjecturale, celle qui accompagne la collation du baptême est beaucoup plus solidement fondée. A la naissance de l’Église, le baptême était octroyé en tous temps : il n'était pas question de rassembler tous les convertis jusqu'à Pâques suivantes. Les circonstances dictaient des pratiques plus souples. Or, nous constatons à diverses reprises, que l'administration du baptême entraîne ipso facto une festivité eucharistique.

Le cas paraît clair lors de la conversion de Saul sur le chemin de Damas. Encore aveuglé par sa révélation de Jésus, Saul rencontre Ananie qui le presse à la conversion. Aussitôt tombèrent des yeux (de Saul) comme des écailles et il recouvra la vue; se levant, il fut baptisé et quand il eut pris de la nourriture, ses forces lui revinrent (Act- 9, 17-19). Dans ce cadre, (précisé par le v. 17 dans La maison), il est plus que probable qu'il faille entendre la nourriture comme autre chose qu'une simple restau ration due à la courtoisie d’Ananie.

Il ne convient pas de trop insister sur le fait que le premier sommaire de Act. (2, 42) où est mentionnée la fraction du pain, est littérairement soudée au baptême que Pierre vient d'octroyer à trois mille âmes (2, 41). Par contre, le baptême par Paul et Silas du geôlier de Philippes et de de sa famille est très clair. La prison où les deux missionnaires étaient incarcérés est bousculée par une sorte de séisme, mais les deux détenus n’en profitent pas pour s'enfuir. Cette conduite éclaire le geôlier qui s’enquiert : Seigneur, que dois-je faire pour être sauvé? Après la discussion avec Paul, le gardien lave les plaies des prisonniers avant d'être lavé lui-même par l'eau du baptême : Et iL fut baptisé, lui et tous les siens, à l'instant même. Puis, les faisant monter chez lui, il mit la table, et il exulta avec tous les siens d’avoir cru en Dieu (Act. 16, 23-34). Ici encore, la table doit être comprise comme celle qui réunit les nouveaux chrétiens et les missionnaires : c'est le terme de l'itinéraire spirituel du garde de la prison de Philippes.

On le sait, plusieurs catéchèses baptismales ont pris dans les évangiles, la forme de récits de réanimation. Ainsi en va-t-il, selon toute vraisemblance, de l'épisode relatif à la réanimation de la fille de Jaïre. Dans la version que nous en donne Marc, la finale est importante, comme on s'en doute. La voici, après l'injonction faite à la fillette par Jésus, Talitha koum!: Et aussitôt la fillette se tint debout et elle marchait, car elle avait douze ans. Et ils furent aussitôt saisis de stupeur. Et il leur enjoignit instamment de ne le laisser savoir à personne. Et il dit de lui donner à manger (Mc. 5, 42-43). La chute serait d'une étrange banalité s'il ne fallait la comprendre comme une invitation à passer à table, à la Table, après le baptême-résurrection.

De la même veine est encore le récit de la guérison-exorcisme-résurrection de la belle-mère de Pierre où celle-ci, une fois remise sur pied, les servait (Mc. 1, 31 ; Lc. 4, 39). Cette diaconie exercée par la femme guérie évoque, sans le dire, le service de la table, avec son gendre et ses hôtes, c'est-à-dire, pour la prédication à partir de cet épisode, le service de la Table après le passage à une vie nouvelle.

Enfin, toujours dans le même ordre d'idées, il faut citer la résurrection de Lazare et le repas qui lui fait suite (Jn. 11, 1 - 12, 2). La catéchèse exprimée à travers l'histoire de Lazare part du constat de décès et aboutit au retour à la vie; au centre du récit, entre ces deux extrêmes, il y a la confession de foi de Marthe (11, 27) qui sert de pivot décisif: on croit entendre la traditionnelle profession de foi préalable à la collation du baptême. Vient ensuite le repas (12, 1-2) dont il a déjà été question plus haut.

On peut donc tenir pour certain qu'une célébration eucharistique venait couronner l'entrée officielle des catéchumènes dans l'Église.

c. Le péril de mort

Il existe, en Act. 27, 33-38, un épisode assez curieux, rapporté dans le contexte du naufrage de Paul. Deux cent soixante-seize personnes sont à la dérive dans une chaloupe. Depuis quatorze jours, personne ne s'alimente mais Paul exhorte les naufragés à prendre de la nourriture en signe de leur certitude d’être bientôt hors de danger. Quant à Paul lui-même, ayant pris du pain, il rendit grâce à Dieu devant tous, le rompit et se mit à manger (v. 35). La solennité du ton et le choix des expressions nous renvoient à l’eucharistie, dans le cas de Paul. Existait-il donc des célébrations en cas de danger de mort? Ce cas unique constitue une base fragile pour en décider avec certitude, mais il ne faudrait pas écarter l'existence d'un tel usage.

B. Signification théologique du jour eucharistique

Les premiers chrétiens ont donc choisi le dimanche, le lendemain de sabbat, pour se réunir autour de la Table du Seigneur. Rien n'imposait absolument ce choix. Certes, c'était le jour de la résurrection du Christ, mais aussi bien aurait-on pu retenir le jour même du sabbat, soit pour des raisons traditionnelles en judaïsme, soit pour des raisons de commodité, le samedi étant jour festif et chômé en Israël. La veille du sabbat aurait eu toute sa portée également, puisque l’eucharistie commémorait le pain rompu et le vin répandu, c'est-à-dire le sacrifice de la Croix. Même l'avant-veille du sabbat aurait bien convenu, en souvenir du dernier repas que les Douze avait pris avec le Maître, le soir où il fut livré.
Néanmoins, la tradition est fortement établie : c'est le dimanche qui a été préféré. Des raisons théologiques sont sous-jacentes à ce choix et il est bon de les connaître.

Essayons de voir cela plus en détail, en nous appliquant surtout à bien définir le substrat biblique de chaque expression.

1. Le jour, du Seigneur

Cette manière de parler du jour festif des chrétiens n'apparaît que dans le texte tardif de Apoc. 1, 10 ; pourtant, c'est l'appellation qui a fini par s'imposer et persiste jusqu'à nos jours. Que recouvre-t-elle exactement et quels en sont les fondements bibliques?

L'expression chrétienne Jour du Seigneur n'est que le décalque de l'hébreu Jour de Yhwh, souvent appelé par les prophètes ce jour-là. Le jour de Yhwh est le Jour de la visite de Dieu à son peuple et à toute la création. C'est un jour redoutable, au point qu'Amos s'exclame : Malheur à ceux qui, désirent avidement le Jour de Yhwh! A quoi bon pour vous le jour de Yhwh? Il est ténèbres et non lumière! (Am. 5, 18). Il est vrai que le prophète s'adresse à Samarie qui, à ses yeux, n'est qu'un repaire de pécheurs. Isaïe n'est pas en reste lorsqu'il annonce l'imminence de la venue du Jour de Yhwh pour Babylone (Is. 13, 1-22). Jour de terreur donc pour les impies (cf. encore Ez. 7, 10-13 ; Abd. 15 ; etc.) et pour les ennemis d’Israël, mais, par conséquence, jour de victoire et de grâce pour les justes et les saints. Ce sera un jour de renouveau total où les cieux anciens seront roulés comme un livre dont la lecture est achevée (Is. 34, 4). Immense est le cortège des bienfaits qui verront le jour: la paix paradisiaque sera enfin retrouvée (Zach. 14, 8), l'Esprit sera répandu sur tout le peuple (Jo. 39 1-5) il adviendra en ce Jour-là que les montagnes dégoutteront de jus de raisin, les collines ruisselleront de lait ... Juda sera habité pour toujours et Jérusalem de génération en génération (Jo. 4, 18, 20) : alors, Dieu habitera Sion en permanence et les Nations se convertiront.

L'expression Le Jour de Yhwh ne doit pas leurrer. Ce n'est pas un jour unique, “irrépétable” : il existe des quantités de jours de Yhwh. A chaque victoire que remporte Israël, à chaque bienfait notoire qu'il reçoit, correspond un jour de Yhwh, vécu et inscrit dans l'histoire nationale. S'il y a donc eu des Jours de Yhwh identifiables, dans le passé, il y en aura d'autres encore dans les temps à venir. Ils seront nombreux sans doute, comme autrefois, mais leur somme constitue le Jour par excellence, celui qui résumera tous les précédents. Dans cette espérance, il y a à la fois la certitude que des jours viendront (historiquement) et qu'ils constitueront le Jour absolu (mystiquement), le Jour final.

Ce jour final peut paraître lointain. Il doit cependant être déjà là dans l'histoire présente car il est anticipable. Tel est le rôle de la liturgie: anticiper, rendre déjà partiellement présent “ce Jour-là”. Le culte actualise dans notre temps vécu ce qui est encore enfoui dans l'éternité de Dieu.

En désignant le jour de la réunion eucharistique comme étant le Jour du Seigneur, les chrétiens ne pouvaient pas ne pas avoir toutes ces données en tête. Eux qui étaient appelés saints (II Cor. 1, 1 ; Phil. 1, 1 ; Act. 9, 32 ; etc.), savaient que pour eux, les jours de Jésus de Nazareth avaient été le jour de Yhwh, avec toute la plénitude et l'abondance des dons attachés à cette espérance. Aujourd'hui, l'Esprit était répandu sur tous les baptisés, les Nations se convertissaient, Dieu était en permanence avec tous les croyants, une ère nouvelle avait commencé, qui ne demandait qu'à s'épanouir. C'est qu'en effet, le Royaume était arrivé, mais sous la forme d'un grain de sénevé; il devait encore croître en un grand arbre où tous les oiseaux du ciel pourraient venir s'abriter. Dès lors, la liturgie se devait d'anticiper et d'actualiser l'épanouissement final du Royaume: l’eucharistie commémorative de l'Alliance nouvelle et éternelle devenait ainsi
le sacrement et le culte du Jour du Seigneur, dans la joie et l'allégresse.

Dans cette perspective, on comprend sans peine que le dimanche n'est pas transposable un autre jour de la semaine, sous peine de perdre tout l'enracinement biblique qui vient d'être dit. Seul, le Jour du Seigneur est apte à porter dans toutes ses dimensions la spiritualité biblique qui l'a fait préférer à tout autre.

2. Le premier jour de la semaine

Telle est la deuxième manière de désigner le dimanche. Elle aussi a une portée théologique importante et il faut s'y arrêter un moment.

A dire vrai, cette expression est beaucoup plus chrétienne que biblique. Sous cette forme, elle n'apparaît nulle part dans l'Ancien Testament, qui a cependant une spiritualité du premier jour de la semaine, par dérivation de Gen. 1, 3, ainsi qu'il a déjà été dit. Ce premier jour de la première semaine du monde marquait évidemment le point de départ de toute la création; en ce premier jour, Dieu s'était mis à l'oeuvre et avait dégagé la lumière. Loin d'être un jour chômé, le dimanche de la Genèse était au contraire une mise en train, un lancement d'une oeuvre gigantesque qui, en quelque manière, se poursuivrait jusqu'à la fin des temps: le dimanche est le jour du travail qui commence.

Comme langage théologique technique, le premier jour de la semaine apparaît dans les écrits du Nouveau Testament, singulièrement pour désigner le jour de la découverte du tombeau par les femmes et de la première apparition aux apôtres : Mt. 28, 1 ; Mc. 16, 2, 9 ; Lc. 24, 1 ; Jn. 20, 1 ; et ensuite en Act. 20, 7 (l’épisode déjà cité de Troas) et I Cor. 16, 2 (l’organisation de la collecte).

Le renvoi à la première expérience pascale est caractéristique de cette appellation. Or, en quoi consiste celle-ci? Tout d'abord, il y a l'éclosion de la foi en Jésus ressuscité et vivant, libéré à jamais des chaînes de la mort. Ensuite, intimement liée à cette expérience, faite au tombeau ou lors des apparitions, la mission apostolique naissante est attachée à ce jour: pas d'expérience pascale en effet qui n'entraîne, dans le même temps, un envoi en mission. En lisant Jn. 20, on peut ajouter qu'à ce premier jour de la semaine est attaché également le souvenir du don de l'Esprit (Jn. 20,
22). Le contenu de cette expression n'est pas encore complet, si l'on ne se souvient que ce même Esprit est donné en vue de la rémission des péchés (Jn. 20, 23).

Sous cette dénomination donc, le dimanche de la célébration eucharistique rassemble en celle-ci toutes les dimensions qui viennent d’être dites. Lorsque les premières communautés s'assemblaient le dimanche, elles devaient être mues par ces multiples souvenirs. Elles célébraient la création nouvelle, inaugurée par la levée de la lumière du Christ hors des ténèbres de la mort. Elles se disposaient ensuite à se mettre à l'ouvrage dès ce jour-là (le jour chômé était la veille, le sabbat) pour poursuivre l'oeuvre créatrice, pour propager la vie que Dieu avait rendue à son Messie et l'étendre à tous les hommes. Fête de la foi pascale, le dimanche, comme premier jour de la semaine, était ainsi le jour privilégié de l'envoi hebdomadaire en mission, une mission que guiderait l'Esprit et qui aboutirait à la remise des péchés. L'eucharistie dominicale dit en effet tout cela et, une fois encore, il est clair que le dimanche n'est pas transposable ailleurs dans la semaine, faute de quoi le joint avec l'expérience pascale historique des premiers croyants serait irrémédiablement perdu.

Mais il est encore une autre dimension, assez curieuse d'ailleurs, du premier jour de la semaine. Au retour de l'Exil, dans l'espoir de mettre fin à des querelles portant sur la date exacte des grandes fêtes d'Israël, des cercles sacerdotaux de Jérusalem avaient imaginé un calendrier perpétuel, mi-lunaire et mi-solaire, qui satisferait tout le monde. Selon ce calendrier, l'année comporterait quatre trimestres; dans chaque trimestre, les deux premiers mois compteraient 30 jours et le troisième 31. De plus, le premier jour du premier mois serait toujours un mercredi. Ainsi, chaque année, tel jour de tel mois tombait nécessairement tel jour de la semaine.

C'est selon ce calendrier que sont datés bon nombre d'événements dans les écrits d'influence sacerdotale. Or, il est remarquable qu'à de rares expressions près, les visions et les révélations dont Dieu gratifie les prophètes de cette époque sont datées de cette manière. Si une telle vision était datée, par supposition, "le premier mois, le cinquième jour du mois", sachant que le premier mois commence toujours un mercredi, on devrait conclure que le cinquième jour de ce mois correspond à un lendemain de sabbat, à un premier jour de la semaine. Et en effet, c'est bien un premier jour de la semaine qu'une révélation, une Parole de Dieu est adressée à Ezéchiel (1, 1 ; 3, 15 ; 8, 1 ; 20, 1 ; 29, 1 ; 30, 1 ; 31, 1 ; 32, 1), à Zacharie (1, 7), à Aggée (1, 1). Ainsi, le premier jour de la semaine apparaît-il, à cette lumière, comme le jour privilégié de la Parole et de la Révélation.

Le judaïsme du Ier s. et, avec lui, le judéo-christianisme naissant, étaient-ils au courant de ces computs et de ces coïncidences? Le témoignage du livre apocryphe des Jubilés et l'intérêt porté à Qumrân pour les questions de calendrier autorisent à penser que oui. En célébrant dominicalement l'eucharistie, les chrétiens devaient avoir la conviction de se rattacher aux grandes révélations faites aux prophètes et aux manifestations dont Dieu les avait gratifiées. Une chose est certaine: bien des eucharisties mentionnées dans le Nouveau Testament sont explicitement accompagnées d'une liturgie importante de la Parole (qu'on se souvienne du long discours du Pain de vie, en Jn. 6, 26-58, pour n'en donner qu'un exemple). Ainsi, la pratique dominicale chrétienne s'enracine vraiment dans la spiritualité du judaïsme contemporain et, plus profondément encore, dans tout un courant de la mystique authentiquement biblique.

3. Le lendemain du sabbat

Même si cette formulation n'est pas présente comme telle dans le Nouveau Testament, on est en droit de se demander ce que pouvait signifier, pour les jeunes communautés chrétiennes l'abandon du sabbat traditionnel au profit de son lendemain. Ce problème, qui trouve de nombreux échos dans les évangiles, singulièrement à l'occasion des controverses sur le sabbat (cf. entre autres Mc. 2, 23-38 ; 3, 1-6 ; Jn. 5 ; etc.), est d’une importance théologique considérable.

Israël respectait le sabbat afin de partager le repos de Dieu et de participer ainsi à quelque chose de sa sainteté: Dieu avait sanctifié le sabbat (Gen. 2, 3) et il l'avait béni! Ce repos de Dieu tracassait cependant théologiens et mystiques juifs. Dieu se reposait-il vraiment? Tout indiquait que non. D'une part, le jour du sabbat, des enfants naissaient et des hommes mouraient. Or, Dieu seul dispense la vie et Dieu seul prononce le jugement à l'heure de la mort: il exerçait donc au moins ces deux activités-là. D'autre part, si Dieu s'était octroyé le repos, c'était en raison du constat que son oeuvre était terminée et qu'elle était très belle (Gen. 1, 31). Mais aussitôt confiée à l'homme, voici que la création s'abîme et perd de son éclat. Seul Dieu peut nettoyer la surface de sa terre et lui rendre sa splendeur originelle.

Dès là que Dieu sera sorti de son repos relatif, il se remettra à l'ouvrage pour restaurer son oeuvre abîmée. Ce sera pour après le sabbat, pour le lendemain du sabbat. Ce jour devient ainsi le jour symbolique de la restauration de la création.

Les premières communautés chrétiennes ont assez vite, semble-t-il abandonné l'observance du sabbat pour lui préférer celle du lendemain. Jésus avait chômé tragiquement le grand sabbat de sa Pâque puis, le lendemain, il était apparu comme les prémices de la création nouvelle, comme le témoin vivant de l'oeuvre restaurée. Pour les chrétiens, le dimanche, lendemain de sabbat, n'était donc pas seulement commémoratif de la résurrection de Jésus, annonciateur des temps nouveaux où la vie retrouvait sa beauté, où le péché était effacé. Cette restauration, inachevée encore, mais décidée et accomplie en son principe, devait être inscrite sur les calendriers terrestres et rendue rythmiquement présente, de lendemain de sabbat en lendemain de sabbat.

4. Conclusion

On reste stupéfait devant la densité d'un choix apparemment banal pour les réunions eucharistiques. On ne sait trop qu'admirer, de la si profonde compréhension de la théologie juive ou de l'audace d'apporter de tels bouleversements dans la piété traditionnelle.

Célébrée le dimanche, l'eucharistie est tendue, en amont, par le jour de la création, celui de Yhwh et celui de la Résurrection; en aval, par l'envoi en mission, l'organisation des temps nouveaux et l'attente de la venue du Ressuscité. Entre ces deux pôles se situe la Table elle-même où les convives, constitués en alliance nouvelle, expriment leur foi et leur action de grâce, tout en priant avec ferveur : Marana tha, Seigneur, viens!

Cette puissante dynamique était-elle vraiment sentie et vécue par tous les baptisés qui se réunissaient à Corinthe ou à Ephèse, à Antioche ou à Rome? Sans doute que non : le mystère est trop riche pour pouvoir être entièrement présent à chacun, chaque dimanche. Mais il souffle tout de même à travers les textes évoqués ici une chaleur et un esprit - un Esprit - d'une ampleur qui se dégage rarement dans nos propres messes dominicales. C'est pourquoi, comme prévu, quelques notations de nature plus pastorale vont conclure ce premier chapitre.

C. Suggestions pastorales

Les réflexions qui viennent vont se suivre sans grand ordre; elles ne sont pas non plus complètes et ne prétendent pas à l'être. Elles se concentrent surtout sur une meilleure éducation des baptisés quant à la spiritualité du dimanche.

1) Il est extrêmement important que tout l'accent ne soit pas mis, dans la catéchèse sur le dimanche, sur le repos profane. Le dimanche n'est pas de soi un jour de repos achevant enfin une semaine onéreuse et laborieuse. Trois semaines de vacances à ne rien faire ne sont pas vingt-et-un dimanches qui se suivent! Dans la première Église judéo-chrétienne, le dimanche n'était pas chômé: le sabbat était conçu pour cela. Il y a plus et mieux à dire sur le dimanche que l'interdiction de travailler!

2) En outre, il faut bien expliquer que le dimanche n'est pas un sabbat différé de vingt-quatre heures. La spiritualité de ces deux jours est résolument différente. Le sabbat conclut une semaine, le dimanche l'inaugure. Le Juif offre à Dieu en ce jour-là le fruit de son travail de six jours, le chrétien reçoit, le dimanche, l'ordre de partir en mission, en vue de laquelle il a pris la nourriture adéquate. En Israël, l'observance du sabbat est la condition à remplir pour obtenir le salut (Jér. 17, 24-27 ; Is. 56, 2-6); en christianisme, le dimanche célèbre le salut déjà reçu en Jésus-Christ, mais que l'eucharistie réactualise. Dans le bas-judaïsme (c'est-à-dire contemporain de Jésus et du Nouveau Testament), le sabbat qui aurait dû être un jour de bonheur (Si tu appelles le sabbat : délices... Is. 58, 13), était devenu un fardeau écrasant : des listes existaient qui énuméraient les 39 travaux interdits et les Esséniens allaient jusqu'à interdire de déféquer ce jour-là (Josèphe, Bell. Jud. 2, 8) ; dans l'Église, le dimanche est devenu le jour où sont, plus que tout autre, recommandées sinon exigées les oeuvres de miséricorde temporelle, comme l'indiquent les nombreux gestes d'assistance et de bienfaisance posés par Jésus. Ne "sabbatisons" donc pas le dimanche!

3) Ainsi qu'il a été dit, le dimanche chrétien est pour une grande part un jour de la Parole. Un dimanche qui ne comporterait pas la lecture, l'audition, la méditation de l'Écriture ne serait pas un dimanche. L'antique disposition qui déclarait "valide", pour la pratique dominicale, l'assistance à la messe "au moins à partir de l'offertoire", a de quoi faire rougir de honte. La liturgie de la Parole est aussi essentielle à la célébration eucharistique que les mots de la consécration. Il y a là tout un travail pastoral à développer. Ce qui est consécratoire du pain et du vin, ce ne sont pas seulement les paroles d'anamnèse prononcées sur ces aliments, ce n'est même pas la prière eucharistique, prise dans son ensemble, mais la totalité de la liturgie, en ce incluse celle de la Parole. S'abstenir de participer à tout ou partie de celle-ci équivaut à mettre en péril, pour soi, la validité de toute la célébration.

4) Comme le sabbat aurait dû être un jour festif, le dimanche devrait être une vraie fête. Dans l’Israël actuel - au moins ici et là -, le sabbat est aussi morose que le dimanche britannique. Pourtant, l'eucharistie dominicale est une réunion en vue de la fête. En hébreu, la fête se dit hag, d'une racine qui semble signifier "tourner en rond autour de", ce qui équivaut à "procession", une procession qui faisait le tour du Temple ou de l'autel (comme le hadj musulman qui est "la mise en marche" pour aller à la Mecque). Il faudrait examiner, selon les lieux, les coutumes, les circonstances, quels sont les signes distinctifs de la fête et comment les intégrer dans la liturgie eucharistique. Les assemblées dominicales d'Afrique noire, la liturgie éthiopienne de certaines grandes solennités, sont de ce point de vue, des merveilles. Retrouver le sens de la fête est plus important que d'inculquer celui du repos. Si les processions ne sont plus de mode chez nous, il reste important que la liturgie nous rappelle nos origines nomades et qu'elle réclame de nous une démarche, à défaut d'une marche, qui soit celle de quelqu'un qui s'en va à un rendez-vous amoureux et joyeux.

5) La réunion dominicale est aussi ... une réunion! Elle est convocation du Peuple de Dieu qui se rassemble pour implorer le Marana tha, le "Seigneur, viens !". Dans nos régions occidentales, la multiplication des messes dominicales empêche des rassemblements vraiment significatifs. On cède à la commodité des baptisés en leur offrant de l'eucharistie non-stop toute une matinée du dimanche, dispersant ainsi le troupeau en une série de groupuscules insignifiants. L'eucharistie marque l'unité de tous ceux qui ont connu et vivent la même re-création en Jésus-Christ. Il y a ici matière à penser, à agir et à décider. Il existe des Églises d'Orient où, pour célébrer l'eucharistie, l'autel (non les fidèles) doit être à jeun depuis la veille. C'est un usage dont on pourrait s'inspirer...


La discussion

      L'homélie ?, de Matthieu [2003-01-26 22:15:14]
          La prédication, de Matthias Trevirensis [2003-01-27 10:43:08]
              Pas mal !, de Matthieu [2003-01-27 11:56:00]
              Maxime..., de Michel R [2003-01-27 12:10:37]
              "Vacances sans homélies", de Matthias Trevirensis () [2003-01-28 14:38:24]
          La peur, la formation, de BILLIG Marc [2003-01-27 11:46:01]
              A propos du bréviaire..., de Michel R [2003-01-27 12:12:37]
                  ca vous plairait, hein? [NT], de Xavier Lefevre [2003-01-27 14:25:31]
                      Non, ça ne me plait pas..., de Michel R [2003-01-27 14:54:04]
                          Je suppose, de Rémi () [2003-01-27 15:56:32]
                          Bréviaire et messe, de La Mésange () [2003-01-27 16:01:50]
                              Non nominetur ! [NT], de Michel R [2003-01-27 17:01:49]
                              A propos de la messe quotidienne, de Tintin () [2003-01-27 17:34:03]