Je voudrais renchérir sur ces propos délicieusement fétichistes.
Le P. Guy Gilbert a dit qu'il garderait ses santiags, pas ses bottes. La différence est de taille. Les santiags sont une erreur générique, un croisement immonde entre les bottes de cow-boy (elles-mêmes le lieu de bien du mauvais goût) et on ne sait trop quelle poulaine.
Ainsi toutes les bottes ne sont pas également "très masculines, voire viriles". Ou alors vous viendrez me dire la virilité qu'il y a dans des après-ski, ou dans ces affreuses choses en caoutchouc blanc que portent les plongeurs dans les cantines.
Je récuse aussi la virilité des santiags. Le seul exemple qui ose en porter (à part un grand nombre de marseillais anonymes), c'est le chanteur Renaud. Imaginez Marlon Brando dans "the wild one" (comment dit-on déjà, en français?) avec des santiags. Ca serait ridicule. D'ailleurs, l'idée même d'un motard en santiags est assez nauséeuse. Si l'on veut faire viril, plutôt utiliser des écrase-merde que ces petits trucs pointus au talon limé.
"On n'entre pas au paradis avec ses bottes". Certes, mais n'y a-t-il pas aussi un western fameux qui s'appelle (en VO) "they died with their boots on?" Comment ont-ils fait, eux?
Bon enfin bref, revenons à notre sujet. L'emballement du prince pour un prêtre en santiags trahit un goût bourgeois; non seulement en feignant d'aimer un look d'une ringardise rare (à l'heure où l'on apprend que nos clercs baisent à c... rabattues avec la jeunesse, porter un blouson de cuir, ce n'est pas très révolutionnaire, hein...), mais en soulignant le plus ringard du look ("regarde maman, j'ai des santiags! je suis un rebelle!"). Mouais. A ce prix-là, Hugues Aufray fait du hard rock, et il y aura bien des gens pour applaudir s'il chante au Palais Garnier, en jurant qu'il faut "vivre avec son temps".
Pourtant, je suis sûr qu'on se serait fait un plaisir de lui donner un prêtre en rangers, s'il avait voulu. Nos séminaires en regorgent, tout spécialement Wigratzbad, et ces derniers portent cela avec un tel naturel qu'ils n'éprouvent même pas le besoin de commenter sur le sujet.
Le P. Gilbert porte également un blouson de cuir noir (sauf quand il dit la messe, hein...) Oserai-je dire que je préfère encore cela aux complets vert pomme de certains épiscopes ou prêtres grenoblois? Mieux vaut avoir l'air rebelle que plombier lorsqu'on sert le Dieu Vivant; Jésus était certainement plus proche du premier que du second. Et en plus, c'est déjà noir. Il n'y a plus qu'à ajouter un pull blanc à col roulé, et l'illusion sera parfaite.
Cela pourrait même vous faire penser au Friar Lawrence du Roméo et Juliette de Baz Luhrman, qui portait des chemises hawaïennes sous sa soutane.
A part cela, le P. Gilbert est dans la ligne AFC, il ne déconne pas (bien moins que le P. Daniel-Ange par exemple) et s'effroce de ne pas trop parler politique. Bref, le contenant est un peu étrange, mais le contenu n'est pas mal.
Nelly - au débotté |