Ecclesia Dei : bilan 2002 du motu proprio
Résumé : Ce bilan montre comment Ecclesia Dei se heurte à la mauvaise volonté des évêques. Les effets espérés ne sont pas arrivés. Comparaison avec le développement des œuvres de la Fraternité Saint-Pie X et des œuvres amies.
C’est sous ce titre que La Lettre d’Oremus a publié dans son édition de septembre 2002 un article brossant un tableau du développement des messes Ecclesia Dei en France. Un décompte précis donne les résultats suivants: 82 lieux de messes dans 49 diocèses (sur 93), dont 31 diocèses n’ayant qu’un seul lieu de culte.
L’auteur évoque différents aspects négatifs de l’application du motu proprio: 1. Beaucoup de chapelles sont mal situées. Ces lieux de culte ne sont pas forcément dans des grandes villes : 14 diocèses ne proposent pas la messe tridentine dans des agglomérations supérieures à 5.000 habitants.
"Cela signifie qu’un tiers des diocèses qui proposent une célébration hebdomadaire la proposent dans des conditions qui rendent son accès difficile, hors des zones les plus peuplées."
2. Restrictions dans la fréquence
"Dans un certain nombre de diocèses, l’évêque n’a pas souhaité autoriser une célébration hebdomadaire, souvent pour éviter que ne se crée une "habitude trop grande" qui ferait éloigner les fidèles du rite actuellement en vigueur. (…) Sans régularité, une communauté, parfois obligée de changer de lieu chaque semaine, finit vite par se déliter et disparaître."
3. Peu de créations récentes Constat du peu de progrès depuis 1993, seulement 6 lieux de plus: 10 nouveaux diocèses ont accordé l’autorisation, 4 diocèses qui l’ont supprimée.
"De fait, la plupart des autorisations ont été données il y a près de dix ans."
4. Fragilité de la situation
"Quel est le statut de ces communautés? Il est assez rare que la communauté traditionnelle dispose d’un lieu de culte qui lui soit propre avec les facilités de n’importe quelle paroisse du diocèse. (…) Du coup, il n’est pas évident de développer une véritable vie de communauté avec ses activités (catéchisme, groupe de jeunes, activités diverses) et c’est quand même une contrainte importante: souvent les locaux appartiennent à une autre communauté, souvent les horaires mêmes sont partagés, enfin il arrive fréquemment que seule la célébration de la messe soit autorisée et pas la prédication du catéchisme ou l’aumônerie de groupes scouts ou autres."
Comparaison avec la Fraternité St-Pie X L’auteur cite les chiffres concernant le nombre de lieux de cultes desservis par la Fraternité Saint-Pie X et les communautés amies: 193 lieux situés dans 79 diocèses.
"Si on étudie les chiffres plus précisément, on constate que dans 29 diocèses la messe traditionnelle n’est pas autorisée de manière hebdomadaire par l’évêque, alors que la Fraternité St-Pie X ou ses communautés amies y sont présentes de manière hebdomadaire; le cas contraire n’existe que dans 4 diocèses. (…) De plus, dans les diocèses où des messes hebdomadaires sont dites aussi bien avec l’accord de l’évêque que contre sa volonté – soit 47 diocèses – dans près de la moitié d’entre eux (25 diocèses), le nombre de lieux de messes de la Fraternité St-Pie X ou des communautés qui lui sont liées est plus grand que le nombre de lieux de messes reconnues par l’autorité."
Tableau récapitulatif de la comparaison
Conclusion:
"Le motu proprio serait-il donc un échec? On constate à travers tous ces chiffres que le motu proprio est peu appliqué en France puisque après 13 années, à peine plus de la moitié des diocèses l’ont mis en application; si on étudie de plus près cette évolution, on constate que dans près de 80% des diocèses où les messes traditionnelles ont été autorisées, elles l’ont été dans les 5 premières années du motu proprio… On considère sans doute depuis que l’application du motu proprio n’est plus nécessaire. (…) Il y a clairement un problème de confiance à restaurer qui est loin d’être un objectif atteint."
Il ressort clairement de l’étude en question que les évêques exercent la fonction d’étouffoir du rite tridentin:
"Depuis la publication du motu proprio, il n’existe pas un seul évêque qui ait fait lui-même cette démarche en disant à ses fidèles "je suis prêt à appliquer le motu proprio pour les fidèles qui le souhaiteraient." Dans le diocèse de Nanterre par exemple, en quelques années, ce sont trois démarches successives qui ont été faites par des diocésains qui souvent n’ont pas même réussi à avoir un rendez-vous avec un représentant de l’évêché."
Après cela, on s’étonne que:
"Les trois grands diocèses de région parisienne que sont Nanterre, Saint-Denis et Evry ne bénéficient d’aucune célébration de messe traditionnelle."
Mais les auteurs de l’étude défendent leurs persécuteurs, les évêques, jusqu’au bout:
"Cette notion d’étiquette distinguant entre "conservateurs" ou "progressistes" nous semble tout à fait inadaptée et irrespectueuse de l’autorité diocésaine. L’évêque est le pasteur légitime d’un diocèse, et le fait que telle ou telle de ses positions ne nous plaise pas personnellement n’a pas grande importance."
"Il est donc facile aux "mauvaises langues" de suggérer que c’est l’effet recherché! (faire disparaître la messe tridentine, NDLR) C’est un argument souvent avancé pour affirmer que des relations de confiance sont impossibles. Si vraiment l’autorité est bienveillante et paternelle, ne pas accorder au moins un rythme hebdomadaire, c’est presque pire que de ne rien donner car on décourage même les meilleures volontés. Et pourtant, dans certains diocèses, cela fait des années que des messes sont célébrées ici ou là sans qu’une autorisation hebdomadaire dans un lieu fixe soit donnée… Quelle abnégation pour les fidèles!"
Il était difficile de ne pas relever la naïveté du propos.
Notre conclusion:
1. Les chiffres font ressortir de façon évidente la justesse de la décision de Mgr Lefebvre – sa rétractation de la signature apposée au protocole du 5 mai 1988 – et qui considère que l’apostolat ne peut, actuellement, être envisagé que dans un cadre affranchi de la mauvaise volonté des évêques. 2. Ceux qui ont critiqué cette décision de Mgr Lefebvre et taxent la Fraternité Saint-Pie X de "schismatique" ne peuvent faire la preuve de la justesse de leur choix. Dom Gérard avait formulé l’argument fort de sa décision: "Enfin la raison, peut-être déterminante, qui nous a inclinés à recevoir la levée de la suspens a divinis de nos prêtres relève d’un point de vue missionnaire : ne faut-il pas que le maximum de fidèles puissent assister à nos messes et à nos fêtes liturgiques sans être entravés par leurs aumôniers ou leur évêque ? Je pense notamment à ces jeunes lycéens, scouts, séminaristes, qui parfois n’ont jamais vu une messe traditionnelle. Il semble que nous serions coupables si, par suite de notre refus de saisir l’occasion, des milliers de jeunes étaient pour toujours privés de la messe latine et grégorienne (…)." Les chiffres montrent que ce souci d’être dans la légalité s’est révélé désastreux et n’a apporté aucun des avantages escomptés. 3. Enfin, les chiffres évoqués dans l’étude ne sont qu’un aspect de la réalité; en allant plus au fond des choses, on constate qu’on ne peut comparer d’un côté un lieu de messe hebdomadaire, avec des horaires difficiles, dépendant de la plus ou moins bonne volonté de l’évêque, desservi par un prêtre parfois Novus ordo, sans catéchisme ni autre, et de l’autre côté une chapelle ou un prieuré desservi par des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, avec toute la suite des œuvres de formation de la foi pour enfants et adultes. Et dans le contexte que nous vivons, il faut aller plus loin et considérer l’avenir: les 3000 élèves scolarisés (en France) dans les établissements scolaires de la Fraternité Saint-Pie X et des œuvres amies (il faut citer ici particulièrement les Dominicaines enseignantes) sont une grande part de notre espérance et le témoignage d’une chrétienté dans les faits. La messe est notre drapeau, encore faudra-t-il à l’avenir de vrais catholiques pour le tenir, car qu’est-ce qu’un drapeau sans porte-drapeau? Notre avenir semble assuré, au prix de mille sacrifices de tous ordres. Dans la mouvance Ecclesia Dei, il n’y a rien de comparable. 4. Terminons en relevant cet aveu de Jean Madiran dans Présent du jeudi 17 octobre 2002, numéro 5183, en p. 1 (dans l’encadré Faites vos comptes !) : « … Quoi que l’on puisse penser de certaines tactiques risquées, de certains propos largement excessifs ou de certaines situations délicates de la FSSPX, c’est bien ici et pour cela que nous n’esquivons pas la nécessité d’en prendre acte : face à l’évolution conciliaire, la FSSPX a raison sur le fond. (…) L’évolution conciliaire, c’est le naufrage général des écoles catholiques et l’interdiction des catéchismes procurant les trois connaissances nécessaires au salut. Contre quoi il y a principalement l’action scolaire de la FSSPX. (…) »
date : 9/11/2002
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