Je respecte la souffrance de quiconque, surtout sur des questions de foi. Ca ne m'empeche pas de trouver que les raisons théologiques qu'on lui donne sont excessives ou infondées. Le catholicisme du XVIIIème au XXème siècle a beaucoup développé la mariologie. C'est bien. L'abbé Berto me paraît faire partie des héritiers (un peu excessifs, peut-être) de ce mouvement. Quant à la formule "médiatrice de toute grâce", isolée, elle me paraît ambigüe. Car c'est bien l'Eglise qui est médiatrice de toute grâce, par les sacrements qu'elle administre et les enseignements qu'elle prononce; et Marie l'est, dans l'Eglise triomphante, comme mère de l'Eglise; mais seulement à ce titre. La préface du 15 août (de la messe Paul VI)appelle Marie "aurore de l'Eglise triomphante". Marie n'est en rien plus divine par nature que n'importe quel homme ou femme : elle a une place extraordinaire, mais dans l'Eglise, dans l'humanité. Et à cause de cette place, tout ce qui peut être dit du rôle de l'Eglise dans le salut peut être dit d'elle, de manière analogique. Mais la formule "Marie médiatrice" peut être trop vite mal comprise comme un simple féminin de "Jésus médiateur". Or, il n'y a qu'un seul médiateur. Ceci nous renvoie d'ailleurs à un débat avec les protestants sur le sens du langage : en régime catholique, on se permet souvent d'utiliser le même mot pour des hommes et pour Dieu, en disant après que c'est pas pareil : par exemple pour le mot "saint". Il y a dans la manière catholique de faire une profonde vérité, en lien avec le sens même de l'incarnation : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu" dit St Irénée. La formule est aussi vraie et aussi excessive que "Marie médiatrice". Depuis que Dieu a voulu vivre la vie même de l'homme, l'homme peut vivre de la vie même de Dieu, et ceci commence, certes très imparfaitement, mais réellement, dès avant la résurrection, et en particulier dans les sacrements ... ce que les protestants, en mettant Dieu très loin de cette terre, et des contingences que sont le pain et le vin eucharistique, par exemple, refusent. Mais il faut toujours tenir l'équilibre ; ou plutôt la différence. Tout homme est appelé à participer pleinement à la nature divine qui nous est déjà communiquée par la grâce des sacrements ; cette grâce met tous les saints en communion les uns avec les autres, et particulièrement avec Marie qui est le prototype et l'archétype de la sainteté; mais aucun homme, sauf Jésus de Nazareth, ni aucune femme, n'est Dieu. Marie est médiatrice "pour autant qu'une créature peut l'être". |