Faut-il interdire les films X à la télévision ?
Au nom de la protection de l'enfance, faut-il interdire les films pornographiques à la télévision ? Le débat fait rage depuis l'été. Le 5 novembre, les associations familiales et les directeurs de chaînes en débattront. Des propositions sont attendues le 14 novembre.
Le 5 juillet, Dominique Baudis, le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), lançait la polémique de l'été. Il demandait aux télévisions de « supprimer » tous les programmes pornographiques. Le 24 juillet, à l'Assemblée nationale, 96 députés UMP et UDF proposaient, à l'appel de Christine Boutin, une loi de censure interdisant « tous les programmes contenant des scènes de pornographie ou de violence gratuite ».
La vidéo aussi
Depuis, à gauche, Laurent Fabius et Jack Lang ont dit non à « l'interdiction des films porno », au nom de la liberté d'expression. « Le CSA ferait mieux de se préoccuper de la vulgarité de certaines émissions. » Quant aux patrons de chaînes, ils tergiversent et évoquent leurs difficultés financières si la censure frappait. Michèle Cotta, ex-directrice de France 2, croit à « un verrouillage très strict » de ces programmes cochons.
Pourquoi cette brutale effervescence autour du « X » dont les chaînes font, il est vrai, un usage tapageur avec près d'un millier de diffusions par mois, toutes télévisions confondues ? Ces films sont programmés à des heures tardives, sur des chaînes cryptées ou payantes.
Le débat est né du rapport établi par le Ciem (Collectif interassociatif enfance médias), créé par l'Unaf et la Ligue de l'enseignement. Selon lui, « 11 % des enfants de moins de 12 ans, dans les foyers abonnés à Canal +, ont déjà visionné, ne serait-ce que quelques minutes, des images pornographiques ». Une majorité d'adolescents sont familiers de ces films. Le Ciem s'inquiète tout autant de l'influence des images et jeux vidéo extrêmement violents : « Familles et éducateurs n'ont pas pris la mesure du rôle des médias dans le développement des jeunes et la construction de leur identité. » Les parents se délestent trop facilement de leur rôle éducatif en laissant leurs enfants en tête-à-tête avec les écrans de télé, des jeux, des vidéos et des cassettes parfois si peu recommandables.
Le porno, c'est le sujet choc, mais la question est beaucoup plus vaste. Le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, ne s'y est pas trompé en confiant une mission de réflexion sur la violence à la télévision à la philosophe Blandine Kriegel. Autour d'elle, 38 personnalités, enseignants, chercheurs, représentants des médias, juristes, psychologues... Le 5 novembre, associations familiales et directions de chaînes débattront ensemble. Puis le 14 novembre, Blandine Kriegel, également conseillère du président de la République, rendra ses conclusions. « Deux principes valables s'opposent dans ce débat : le principe de liberté et celui de la protection des enfants. Il faut les ajuster, dit-elle. Nous ferons des propositions, y compris d'ordre législatif. »
D'ores et déjà, des principes ont été posés par une directive de Bruxelles. Encore faut-il la faire appliquer. Entre la censure pure et simple du porno et son actuelle banalisation, bien des mesures d'encadrement sont à la disposition des pouvoirs publics. C'est ce que préconisait d'ailleurs le Ciem en réclamant une « autorégulation des médias », une réforme des comités de visionnage des films et une véritable éducation à l'image des enfants.
Bernard LE SOLLEU.
OUEST FRANCE DU JOUR |