| Auteur : Athanasios D. |
| Sujet : Autorité du magistère... 2bis |
| Date : 2002-10-10 12:46:52 |
Voici comme annoncé dans mon précédent message, quelques textes du magistère émanant de Vatican I et des papes Pie IX et Pie XII, extrait de l'ouvrage paru aux éditions Orante "Les textes doctrinaux du magistère de l'Eglise sur LA FOI CATHOLIQUE". Après le titre en gras suit une courte introduction en italique qui précède l'extrait (pourvu que les BBcodes soient correctement tapés, je croise les doigt ).
Cordialement,
Athanasios
LETTRE DE PIE IX A Mgr SCHERR, ARCHEVEQUE DE MUNICH-FREISING (21 décembre 1863)
Un congrès de théologiens et de savants catholiques qui s'était tenu à Munich en septembre 1863 sous la présidence d'Ignaz von Döllinger (1799-1890), professeur à l'Université de cette ville, avait fait naître bien des inquiétudes et des polémiques. Dans Tuas libenter, Pie IX proteste contre la critique de la théologie scolastique, insiste sur l'accord entre la raison et la foi et redit que l'autorité du magistère, loin de concerner seulement les dogmes, s'étend aux autres vérités proposées par l'Eglise. On doit donc également se soumettre aux décisions dogmatiques des congrégations romaines et aux conclusions théologiques que le consentement commun et constant des catholiques reconnaît comme certaines.
En donnant (aux savants catholiques) les louanges qui leur sont dues pour avoir professé la vérité, qui vient nécessairement de l'obligation de la foi, Nous voulons Nous persuader qu'ils n'ont pas voulu que l'obligation à laquelle sont totalement soumis les maîtres et les écrivains catholiques soit uniquement restreinte aux sujets que le jugement infaillible de l'Eglise propose à tous de croire comme des dogmes de foi. Notre conviction est qu'ils n'ont pas voulu déclarer que cette adhésion parfaite aux vérités révélées, dont ils ont reconnu l'absolue nécessité pour arriver au véritable progrès des sciences et pour réfuter les erreurs, puisse être obtenue en se contentant d'accorder foi et respect à tous les dogmes expressément définis par l'Eglise. Car, même s'il s'agissait de cette soumission qui doit se manifester par l'acte de foi divine, elle ne saurait être limitée à ce qui a été défini par les décrets exprès des conciles oecuméniques ou des Pontifes romains qui occupent ce Siège, mais elle doit aussi s'étendre à ce que le magistère ordinaire de toute l'Eglise répendue dans l'univers transmet comme divinement révélé et, par conséquent, qui est retenu d'un consentement unanime et universel par les théologiens catholiques, comme appartenant à la foi. Mais quand il s'agit de cette soumission qui oblige en conscience tous les catholiques qui s'adonnent aux sciences d'observation, pour rendre de nouveaux services à l'Eglise par leurs écrits, les membres de ce congrès doivent reconnaître qu'il est absolument insuffisant pour des savants catholiques de recevoir et de révérer les dogmes de l'Eglise dont nous avons parlé, mais qu'il est aussi nécessaire de se soumettre aux décisions touchant la doctrine que le consentement commun et constant des catholiques tient pour des vérités théologiques et des conclusions si certaines que les opinions qui leur sont contraires, même si elles ne peuvent être dites hérétiques, méritent cependant quelque censure théologique.
ALLOCUTION "SINGULARI QUADAM" DE PIE IX (9 décembre 1854)
Nier toute révélation surnaturelle amène à nier l'Eglise, l'unique communauté que Dieu a voulu nécessaire pour le salut. Il existe en effet une étroite relation entre le rationalisme et l'indifférentisme, qui accorde la même valeur à toutes les formes de religion. Constamment, au cours du XIXe siècle, les deux sont unis en une même condamnation. Ce qui donne toute son importance au document ci-dessous, c'est qu'un pape, parlant pour la première fois de l' "ignorance invincible", distingue très nettement la nécessité du salut par l'Eglise objectivement voulue par Dieu, et la culpabilité ou l'innocence subjectives de ceux qui sont hors de l'Eglise.
Il faut donc tenir, de foi, que personne ne peut être sauvé en dehors de l'Eglise romaine apostolique, qu'elle est l'unique arche du salut: celui qui n'y est pas entré périra par le déluge; mais cependant, il faut tenir également pour certain que ceux qui souffrent de l'ignorance de la vraie religion, ignorance invincible, n'en sont nullement rendus coupables aux yeux du Seigneur. Qui serait assez présomptueux pour pouvoir marquer les limites de cette ignorance, vu la nature et la variété des peuples, des régions, des esprits et d'autres nombreux facteurs? Lorsque, dégagés des liens du corps, nous verrons Dieu comme il est (1 Jn 3, 2), nous comprendrons le lien serré et magnifique qui unit la miséricorde et la justice divines. Mais aussi longtemps que nous sommes sur cette terre, accablés par cette masse mortelle qui engourdit l'âme, tenons très fermement, d'après la doctrine catholique, qu'il y a "un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême" (Ep 4, 5). Il n'est pas permis à notre recherche d'aller plus avant.
Ie CONSTITUTION DOGMATIQUE " ASTOR AETERNUS" 4e session (18 juillet 1870)
Ch. 3 : Pouvoir et nature de la primauté du Pontife romain
C'est pourquoi, Nous fondant sur le témoignage évident des saintes Lettres et suivant les décrets explicitement définis de nos prédécesseurs, les Pontifes romains, comme des conciles généraux, nous renouvelons la définition du concile oecuménique de Florence, qui impose aux fidèles de croire que " le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain possèdent la primauté sur toute la terre ; que ce Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, le chef des Apôtres et le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens ; qu'à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner toute l'Église comme le disent les actes des conciles oecuméniques et les saints canons " (*).
En conséquence, Nous enseignons et déclarons que l'Église romaine possède sur toutes les autres, par disposition du Seigneur, une primauté de pouvoir ordinaire, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife romain, vraiment épiscopal, est immédiat. Les pasteurs de tout rang et de tout rite et les fidèles, chacun séparément ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance, non seulement dans les questions qui concernent la foi et les moeurs, mais aussi dans celles qui touchent à la discipline et au gouvernement de l'Église répandue dans le monde entier. Ainsi, en gardant l'unit de communion et de profession de foi avec le Pontife romain, l'Église est un seul troupeau sous un seul pasteur. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s'écarter sans danger pour sa foi et son salut.
Ce pouvoir du Souverain Pontife ne fait nullement obstacle au pouvoir de juridiction épiscopal ordinaire et immédiat, par lequel les évêques, établis par l'Esprit Saint [Ac 20, 28] successeurs des Ap6tres, paissent et gouvernent en vrais pasteurs chacun le troupeau à lui confié. Au contraire, ce pouvoir est affirmé, affermi et défendu par le pasteur suprême et universel, comme le dit saint Grégoire le Grand : " Mon honneur est l'honneur de l'Église universelle. Mon honneur est la force solide de mes frères. Lorsqu'on rend à chacun l'honneur qui lui est dû, alors je suis honoré " (1).
Dès lors, de ce pouvoir suprême qu'a le Pontife romain de gouverner toute l'Église résulte pour lui le droit de communiquer librement, dans l'exercice de sa charge, avec les pasteurs et les troupeaux de toute l'Église, pour pouvoir les enseigner et les gouverner dans la voie du salut. C'est pourquoi nous condamnons et réprouvons les opinions de ceux qui disent qu'on peut légitimement empêcher cette communication du chef suprême avec les pasteurs et les troupeaux, ou qui l'assujettissent au pouvoir civil, en prétendant que ce qui est décidé par le Siège apostolique ou par son autorité pour le gouvernement de l'Église n'a de force ni de valeur que si le placet du pouvoir civil le confirme.
Parce que le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. C'est pourquoi ceux qui affirment qu'il est permis d'en appeler des jugements du Pontife romain au concile oecuménique comme à une autorité supérieure à ce Pontife, s'écartent du chemin de la vérité.
Si donc quelqu'un dit que le Pontife romain n'a qu'une charge d'inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l'Église, non seulement en ce qui touche à la foi et aux moeurs, mais encore en ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l'Église répandue dans le monde entier, ou qu'il n'a qu'une part plus importante et non la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n'est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu'il soit anathème.
* : Concile de Florence (XVIIe oecuménique), Bulle " Laetentur Coeli " d'Eugène IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.
(1) GRÉGOIRE LE GRAND, Epist. ad Eulogium Alexandrinum, l. 8, c. 30 : PL 77, 983 C.
ENCYCLIQUE "HUMANI GENERIS" DE PIE XII (12 août 1950)
Parmi les considérations critiques et normatives à la fois qui constituent la matière de ce document, le pape rappelle, comme un point de doctrine traditionnel, le rapport qui doit être celui du théologien vis-à-vis du magistère, même ordinaire, de l'Eglise; par ailleurs, il souligne que l'Ecriture, source jamais tarie de la théologie, ne reçoit son interprétation authentique que du magistère.
De fait, ô douleur, les amateurs de nouveautés passent tout naturellement du dédain pour la théologie scolastique au manque d'égards, voire au mépris pour le magistère de l'Eglise lui-même qui si fortement approuve, de toute son autorité, cette théologie. Ne présentent-ils pas ce magistère comme une entrave au progrès, un obstacle pour la science? Certains non-catholiques y voient déjà un injuste frein qui empêche quelques théologiens plus cultivés de rénover leur science. Et alors que ce magistère, en matière de foi et de moeurs, doit être pour tout théologien la règle prochaine et universelle de vérité, puisque le Seigneur Christ lui a confié le dépôt de la foi - les Saintes Ecritures et la divine Tradition - pour le conserver, le défendre et l'interpréter, cependant le devoir qu'ont les fidèles d'éviter aussi les erreurs plus ou moins proches de l'hérésie et pour cela " de conserver les constitutions et les décrets par lesquels le Saint-Siège proscrit et interdit ces opinions qui faussent les esprits " (2), est parfois aussi ignoré d'eux que s'il n'existait pas. Ce qu'exposent les Encycliques des Pontifes Romains sur le caractère et la constitution de l'Eglise est, de façon habituelle et délibérée, négligé par certains dans le but très précis de faire prévaloir une notion vague qu'ils nous disent puisée chez les anciens Pères et surtout chez les Grecs. A les entendre, les Pontifes, en effet, n'auraient jamais dessein de se prononcer sur les questions débattues entre théologiens ; aussi le devoir s'impose à tous de revenir aux sources primitives et aussi d'expliquer les constitutions et décrets plus récents du magistère selon les textes des anciens.
Tout cela semble dit de façon très habile, mais tout cela est faux en réalité. Car s'il est exact que, en général, les Pontifes laissent la liberté aux théologiens dans les matières où les docteurs du meilleur renom professent des opinions différentes, l'histoire pourtant nous apprend que bien des choses laissées d'abord à la libre discussion ne peuvent plus dans la suite souffrir aucune discussion.
Et l'on ne doit pas penser que ce qui est proposé dans les lettres Encycliques n'exige pas de soi l'assentiment, sous le prétexte que les Papes n'y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur magistère. C'est bien, en effet, du magistère ordinaire que relève cet enseignement et pour ce magistère vaut aussi la parole : "Qui vous écoute, m'écoute... " (3), et le plus souvent ce qui est proposé et imposé dans les Encycliques appartient depuis longtemps d'ailleurs à la doctrine catholique. Que si dans leurs Actes, les Souverains Pontifes portent à dessein un jugement sur une question jusqu'alors disputée, il apparaît donc à tous que, conformément à l'esprit et à la volonté de ces mêmes Pontifes, cette question ne peut plus être tenue pour une question libre entre théologiens.
Il est vrai encore que les théologiens doivent toujours remonter aux sources de la révélation divine; car il leur appartient de montrer de quelle manière ce qui est enseigné par le magistère vivant " est explicitement ou implicitement trouvé " (4) dans la Sainte Ecriture et la divine " tradition ". Ajoutons que ces deux sources de la doctrine révélée contiennent tant de trésors et des trésors si précieux de vérités qu'il est impossible de les épuiser jamais. C'est bien la raison pour laquelle nos sciences sacrées trouvent toujours une nouvelle jeunesse dans l'étude des sources sacrées ; tandis que toute spéculation qui néglige de pousser plus avant l'examen du dépôt sacré ne peut qu'être stérile : l'expérience est là, qui le prouve. Mais on ne peut pas, pour cette raison, équiparer la théologie, même celle qu'on dit positive, à une science purement historique. Car Dieu a donné à son Eglise, en même temps que les sources sacrées, un magistère vivant pour éclairer et pour dégager ce qui n'est contenu qu'obscurément et comme implicitement dans le dépôt de la foi. Et ce dépôt, ce n'est ni à chaque fidèle, ni même aux théologiens que le Christ l'a confié pour en assurer l'interprétation authentique, mais au seul magistère de l'Eglise. Or si l'Eglise exerce sa charge, comme cela est arrivé tant de fois au cours des siècles, par la voie ordinaire ou par la voie extraordinaire, il est évident qu'il est d'une méthode absolument fausse d'expliquer le clair par l'obscur, disons bien qu'il est nécessaire que tous s'astreignent à suivre l'ordre inverse. Aussi notre Prédécesseur, d'immortelle mémoire, Pie IX, lorsqu'il enseigne que la théologie a la si noble tâche de démontrer comment une doctrine définie par l'Eglise est contenue dans les sources, ajoute ces mots, non sans de graves raisons: " dans le sens même où l'Eglise l'a définie ".
(2) C. I. C., can. 1324, cfr. Conc. Vatic., D. B., 1820, Const. De Fide cath., ch. 4. De fide et ratione, post canones.
(3) LUC, X, 16.
(4) PIE IX, Inter gravissimas, 28 oct. 1870, Acta, vol. I, p. 260.
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