Cher Monsieur,
N’ayant pas vu votre intervention relative à la doctrine de von Balthasar dans le forum, je suis désolé de n’avoir pas la lire.
Sur le point doctrinal dont vous contestez l'expression, je crois avoir compris que la position de Balthasar est de tenir simultanément : - que l’enfer existe - que la vertu d’espérance doit nous interdire de penser qu’une partie de l’humanité est damnée.
Cela me paraît tout à fait intenable. Sur un plan strictement logique, le passage à la conclusion : « l’enfer est vide » - même si von Balthasar affirmait, peu avant sa mort, que cette idée est absurde - vient nécessairement.
Cette question de l'application de la logique formelle (principe de non-contradiction) au discours théologique (vérification de cohérence) comme critère d’appréciation de conformité à la doctrine traditionnelle - et donc comme critère de vérité - faisait dès 1946 la matière d’une controverse entre le Père Charles Boyer s.j., recteur de l’Université Pontificale Grégorienne, et le P. de Lubac (qui niait la nécessité du lien logique) sur les modalités de transmission de la doctrine des Apôtres.
Pour compléter les informations que je donnais sur la conférence donnée en Allier par Mgr Barbarin à partir de son livre « Théologie et sainteté : introduction à Hans Urs von Balthasar », en substance il y a expliqué que le Christ après sa mort serait descendu - non pas seulement aux enfers , c’est à dire aux limbes des justes pour les délivrer (:: enseignement traditionnel) - mais en Enfer, dont il aurait définitivement brisé les portes, et ... l'Enfer serait donc définitivement vide. (C'est tout au moins, ce qu'ont compris certains de ses auditeurs; je crains cependant que l'étrangeté de ce discours leur en ait facilité la mémorisation)
Il est à craindre que cet évêque appartienne à cette école qui juge par trop négative - et donc à rejeter - l’idée qu’aujourd’hui même, beaucoup d’âmes se perdraient, déboussolées par toutes les erreurs et abominations contemporaines. J’ai eu hélas connaissance d’un témoignage direct à ce sujet - en d'autres circonstances que celui de la conférence mentionnée.
« Que vont devenir les pécheurs ? » s’inquiétait Saint Dominique. C’était là une des racines de son zèle apostolique. Si, aujourd’hui, cela est jugé trop « négatif », quel est alors le but ultime de la pastorale (quel est le sens du "salut" ? pourquoi chercher à acquérir des âmes à Dieu, si, de toute façon, elles lui appartiendront nécessairement ?) ?... Quels motifs reste-il donc pour appuyer le zèle pastoral ? Pour attirer et susciter des vocations ? N'y aurait-il pas là une des clés du drame que vivent actuellement les Eglises des nations ex-chrétiennes ?
Sachez que je souhaiterais beaucoup me tromper sur ces questions. Bien cordialement.
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