J’ai trouvé par hasard, dans le presbytère, ce texte de Varillon, photocopié en grand nombre. Mais il m’intrigue tellement que je le soumets à votre jugement.
L’EUCHARISTIE
Signe efficace de la tâche humaine accomplie
On dit parfois que, dans l’hostie consacrée, le Corps du Christ remplace le pain : c’est une hérésie, il faut le savoir. Si l’on procédait, dans un laboratoire, à l’analyse chimique d’une hostie consacrée, on n’y trouverait pas autre chose que les éléments qui composent le pain. Cette remarque est tout à fait élémentaire mais je m’aperçois qu’elle n’est pas une évidence pour tout le monde. Il n’a jamais été question dans l’Eglise de croire que les paroles de la Consécration changeaient la structure physico-chimique du pain. C’est bien pourquoi l’expression classique, issue du Concile de Trente, « transsubstantiation », c’est à dire changement de la substance du pain en la substance du Corps du Christ, ne peut plus être employée sans être longuement expliquée (…
Dire que le Christ vient remplacer le pain, cela équivaudrait à dire que Dieu s’incarne pour remplacer l’homme, comme s’il nous disait : ôte-toi de là que je m’y mette car tu n’es plus bon à rien ! (…
Si le Christ prenait la place du pain ce serait abominable. (…
Les « maîtres du soupçon » que sont Marx, Nietzsche et Freud, pour parler comme Ricœur, auraient raison de soupçonner la foi d’être une vaste mystification ou aliénation. (…
Le Christ ne remplace pas le pain pas plus que la femme ne remplace pas la petite fille ; c’est la petite fille qui devient femme. (…
Si je porte ce pain sur l’autel, le Christ en fait son propre Corps, il divinise ou christifie ce que moi j’ai humanisé. (…
Si le morceau de pain que je porte à l’autel n’est pas homme, il n’y a plus grand chose à comprendre à l’eucharistie, sinon un Christ qui tombe du ciel dans un morceau de pain pour devenir notre nourriture au sens où cela nous consolera, nous fortifiera, nous permettra de lutter contre les tentations : nous retombons dans un moralisme purement infantile, dans lequel il est impossible que puissent entrer nos contemporains. Le vrai est que toute l’histoire de l’homme devient le corps du Christ. (…
Le Christ est donc présent non pas comme quelqu’un qui tombe du ciel mais comme étant le fruit de la transformation divinisante qu’il opère dans ce mystère le plus central de notre foi qu’est l’eucharistie. L’hostie consacrée n’est pas seulement le Christ, c’est aussi l’homme christifié.
François VARILLON
Joie de croire, joie de vivre