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Le qualificatif d'illuministe ne doit pas nous induire à disqualifier d'emblée ce courant où ont figurés des personnalités brillantes, comme saint martin qui a influencé Balzac, ou Swedenborg dont la théorie de l'analogie a marqué toute une génération de romantiques et de symbolistes ainsi que Baudelaire. Tout se passe comme si à la fin du 18eme siècle et tout au long du 19eme siècle, les "spirituels" ne trouvaient plus de réponse dans le catholicisme et étouffaient dans les dogmes, d'où cette tension vers un christianisme authentique, transcendant le catholicisme jugé formaliste. En 1842 Balzac écrivait : "Politiquement je suis de la religion catholique, je suis du côté de Bossuet, et ne dévierai jamais. Devant Dieu je suis de la religion de saint-Jean, de l'Eglise mystique, la seule qui ait conservé la vraie doctrine"
Cette Eglise mystique recouvre toutes les traditions religieuses, vieille hérésie, transcende les dogmes catholiques, et ainsi que le gnosticisme, tend à attribuer à l'homme l'essence divine, non par grâce mais par immanence.
Saint Martin d'ailleurs relève en quelque sorte du gnosticisme, en ce sens qu'il postule la divinisation originelle de l'homme. Après la Chute, l'homme par l'initiation doit recouvrer sa gloire originelle. Et comme chez les gnostiques, habités par un sentiment tragique de la Chute, il verse dans manichéisme sous-jacent, incompatible avec la doctrine catholique selon laquelle le monde corporel n'est pas frappée d'une déchéance absolue. Mais , à la limite, un dualiste me paraît plus convaincant qu'un catholique moderne niant le péché originel et la Chute.
L'oeuvre de saint-martin est intéressante car, au rebours du gnosticisme fumeux, l'auteur ne verse pas dans le mysticisme pur faisant de l'obscurité une règle. Il expose souvent des vues admirables. Les pages qu'il consacre aux sacrifices sanglants dans la Magistère de l'Homme-Esprit sont de premier ordre, tout comme celles où il évoque la dégradation de la nature par l'homme: "Mais le premier devoir que l'homme aurait à remplir pour concourir au soulagement de la nature, ce serait de commencer par ne pas la tourmenter et ne pas lui nuire. Avant que son haleine eût recouvré le pouvoir de la purifier et de la vivifier, il faudrait qu'il se rendit lui-même assez sain pour ne pas infecter l'univers comme il le fait tous les jours... Et nous, non seulement par nos exhalaisons putrides et nos miasmes vénéneux, mais plus encore par l'infection de nos pensées, nous ne faisons que rendre le monde plus corrompu et plus destructeur" .
Ces livre surtout respirent l'amour de Dieu et des hommes dont ils souffrent de la dégradation et de la corruption