Fête du CHRIST-ROI de l'univers
25 novembre 2001,
(année liturgique C)
Homélie de Monsieur l'abbéé Laffargue
Le Bon larron
" Il est digne, l'Agneau qui a été immolé, de recevoir puissance, divinité, sagesse, force et honneur. A Lui, gloire et puissance dans le siècles des siècles " (Apoc. 5,12-13)
-Introït -
Au Nom du Père…
D'où venait-il ? Qui était-il, ce larron, ce condamné à mort, à la mort et au supplice de la croix, comme il était d'usage, en ces temps-là, et en ce temps d'aujourd'hui… ?
D'où venait-il, qui était-il, ce pécheur, condamné à juste titre pour ses méfaits, avec l'autre, d'ailleurs, qui n'était pas si loin, de l'autre côté… ?
De l'autre côté de quoi, de l'autre côté de qui ? Oh ! d'un autre condamné à mort, comme eux ; un criminel, comme eux ! Qu'importe…
On naît parfois dans des circonstances et un environnement de mal, de divisions, de guerres et de vengeances, de violences, qui prédisposent à être un jour complices de ce que l'on a subi et qu'on fait subir à son tour… A la porte de la mort et de la nuit il était seul…
Quand on n'a pas connu ou qu'on a si vite perdu la vie, on meurt comme on a vécu, sans lumière et sans vie… Mais qu'importe, après tout !
Et pourtant ! A côté…, ce condamné…, ce criminel comme eux…, qu'a-t-il d'étrange, de bouleversant… De bouleversant ? Mais, ce larron n'a jamais été peut-être ni ému, ni bouleversé par personne ! Pour être ému, il faut avoir connu la vie, il faut avoir, au moins un peu, aimé !
Qu'est-ce qui, alors, fait vibrer son être, de si étonnante façon ? D'une façon jusqu'alors inconnue pour lui. Qui semble le prendre…, non : aller le chercher, jusqu'au plus profond, jusqu'au fond du cœur, du corps ; au-delà, par-delà ce qu'il y a de mal dans son cœur, dans son corps…
Qu'est-ce qui le fait vibrer, tressaillir ? Qu'est-ce qu'il sent monter d'une terre et d'un Ciel inconnus jusqu'ici, au fond de son cœur, au fond de son corps… ?
Ces mains percées… Ces pieds percés… Ce corps flagellé, couvert de mille blessures… Ces mains recroquevillées qui semblent pourtant s'ouvrir malgré la crucifixion… Ces pieds cloués qui ouvrent aussi une voie, une route jusqu'alors inconnue… Ce corps meurtri, labouré par les fouets d'une punition, d'une condamnation, ne semble pourtant pas coupable. Il transparaît de lui une lumière intérieure qui balaie la laideur, qui efface la corruption, qui fait surgir aux yeux de celui qui commence à voir, une beauté nouvelle et insoupçonnée…
CECI EST MON CORPS…. CECI EST MON SANG…
Un souffle, un râle, un murmure, une vie pourtant, qui reste…, suspendue entre ciel et terre, comme cette Croix qui se dresse, sur laquelle, eux aussi, lui aussi, et nous aussi, sommes cloués...
Qui est-il ? Quel est ce bruit de silence et de vie qui gagne sur les cris de l'autre - le rebelle ! - des scribes et des pharisiens et de nous qui sommes aussi scribes et pharisiens, peuple élu qui ne veut plus de Jésus, du Messie !
De silence et de vie qui domine les cris des révoltés, des traîtres, des apostats, des tièdes, des bourreaux, des tribunaux de complaisance, des opinions changeantes des peuples étourdis, oublieux, si vite retournés et manipulés !
Qui est-il ? Quel est ce bruit de silence et de vie qui gagne sur leurs cris ?
QUI ? Mais c'est LE ROI… !
Le Roi qui meurt, le créateur du Ciel et de la Terre, de l'univers visible et invisible. Le créateur qui devient Seigneur, Seigneur et Rédempteur…
Rédempteur de qui ? Mais de toi, larron, qu'on dira bon larron quand tu te seras laissé arracher à ta ladrerie, à tout ce mal que tu as fait et qu'on t'a fait !
ECCE HOMO , voici l'Homme, le nouvel Homme et le nouvel Adam, qui devient Roi…
Couronné d'épines. Vêtu de la robe rouge de son sang qui lave celles de nos âmes pour qu'elles redeviennent pures et belles… Monté sur le trône de la Croix, le même qui avait été déposé dans la crèche des animaux…
VOICI LE ROI ! Voici ton Roi et ton Sauveur !
Alors, la tête du supplicié s'est tournée, au prix de mille tourments : ceux de la tête, des mains, des pieds… Et ce regard ! Ce regard ! ! ! : La vie. L'amour. Le pardon. La béatitude. La pureté. L'éternité ! Ce que le larron n'avait jamais connu, ce qu'il n'avait jamais rencontré jusqu'ici. Et cette douleur de le voir, de nous voir, prisonniers du mal, de la mort, du péché ; et cet appel à nous y arracher, à les quitter pour entrer dans Son royaume… !
" Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux juifs, mais non, mon royaume n'est pas d'ici. "
(S. Jean 18,36)
Alors, le larron, le bon larron, vit, dans ce regard, qu'il était lui-même pécheur ; il se reconnut pécheur devant l'Agneau, l'Agneau de Dieu…
Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous…
" Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes ; mais lui n'a rien fait de mal ! " (v.41)
Alors, son cœur s'ouvrit, la lumière l'inonda, il vit, il comprit, il reconnut : " Jésus, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume ! " (v.42)
" En vérité, je te le dis : aujourd'hui, avec moi, tu seras en paradis " (v.43)
" Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le Royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés. " Col.1,12
(IIème lecture)
C'était environ la sixième heure, quand le soleil s'obscurcit, que l'obscurité se fit sur la terre entière… (Lc 23,44)
Le bon larron, alors, partagea l'angoisse de son Seigneur et Sauveur, son cri vers Son Père, celui du psaume 22 (cf Mt 27,46 et Mc15,34), sa soif des âmes (Jn 19,28) et, à la neuvième heure, il se remit, avec Jésus, entre les mains de ce Père qu'il n'avait jamais connu et qu'il allait connaître, mené, porté, par le Fils dans l'unité du Saint-Esprit !
O Croix dressée sur le monde, ô croix de Jésus-Christ ; fleuve dont l'eau féconde, du cœur ouvert a jailli ; par toi la vie surabonde, ô croix de Jésus-Christ !
Victoire, tu règneras ! O Croix, tu nous sauveras !
(cantiques traditionnels)
" Seigneur Jésus, toi qui as aimé le monde jusqu'au don de ta vie sur la Croix,
prends pitié de nous…
Seigneur Jésus, toi qui règnes à la droite de Dieu, prends pitié de nous…
O Christ, toi qui as pardonné au larron repenti et confiant, prends pitié de nous. "
" Il est digne l'Agneau qui a été immolé de recevoir puissance, divinité, sagesse, force et honneur.
A Lui gloire et puissance dans les siècles des siècles ! "
Amen !
Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ;
Ainsi soit-il.
Texte reproduit avec l'aimable autorisation de Monsieur l'abbé Laffargue