L'éditorialiste écrit : " C'est pourquoi l'initiative de Jean Paul II est si importante. Elle propose à tous les hommes qui adhèrent à une conception religieuse du monde ( les pacifiques de tous bords, promoteurs de l'humanisme anthropocentrique, adhèrent-ils à cette conception ? ),de rompre avec cet enchaînement en puisant dans leurs ressources spirituelles de quoi refouler et dépasser les sentiments violents qui conspirent à la disparition de l'autre ".
Tout cela est bien joli. Il me semble pourtant que la religion ne peut être réduite simplement à une éthique. L'Eglise est tellement à la ramasse en Occident qu'elle s'accroche à sa marotte universaliste pour ne pas se voir sombrer. Les prélats regardent loin, trop loin. La décadence ne les concerne pas, les camouflets qu'on leur inflige quotidiennement, ils n'ont pas à y répondre ( le téléfilm de M6 hier soir était truffé de blasphèmes,l'image du prêtre souillé, le paroissien moyen ridiculisé, mais qu'importe ); point n'est besoin d'élever la voix car ils sont avant tout des " artisans de la paix ", décidés à "construire une civilisation de l'amour ", vaste projet.Au regard de l'Unité, de l'Amour, la messe est une chose bien dérisoire et la vénération pour la doctrine catholique, un bel exemple de ringardise. La vérité ? Allons, mais vous plaisantez, c'est la marotte des fanatiques. Je vous propose une nouvelle idole,l'Autre. Cela vous évitera une opposition au monde et vous vaudra l'estime de vos contemporains, l'admiration des femmes, la reconnaissance de tous ceux qui se complaisent dans le voisinage des idées banales.
A ce titre le recours un peu trop fréquent aux théories de René Girard me semble poser des problèmes. Toute sa problématique est centrée sur la violence. Il n'est pas nécessaire d'être grand clerc pour constater que la prédication de Jésus christ et la doctine de l'Eglise ne se limitent pas à la dénonciation des cycles mimétiques et que Jésus n'est pas mort pour permettre la révélation des mécanismes victimaires et partant nous aider à en sortir. Ces références fréquentes à la pensée de Girard attestent à mon sens une déroute de la raison dans les milieux catholiques, une incapacité à puiser dans la doctrine des réponses aux problèmes nouveaux. Le adeptes des théories de René Girard ont tendance à les convertir en un système explicatif universel, tentation à laquelle M. Girard lui même ne sait pas toujours résister. Le problème est qu'elles vont à l'encontre de certaines vérités fondamentales de notre foi et qu'elles aggravent, si l'on perd de vue la théologie, la laïcisation du sentiment religieux.
Cordialement