Monsieur Arnaud,
Je vous remercie pour le travail et le soin que vous apportez à votre forum catholique. Je suis persuadée que les personnes qui y viennent en acceptant de s’en remettre totalement à l’Esprit-Saint en retirent des fruits pour la plus grande gloire de Dieu.
Je voudrais cependant vous partager ma réflexion par rapport à votre page d’entrée. Vous proposez que soient mises en commun les réflexions de catholiques. Je suppose que vous entendez « catholique » dans le sens « universel » à la manière de Saint-Ignace d’Antioche : « là où est le Christ Jésus, là est l’Eglise catholique ». Mais ce n’est pas évident pour tout le monde et cela prête à confusion. Et c’est dommage parce que vous fermez la porte au dialogue avec les chrétiens d’autres dénominations.
Auriez-vous une crainte que des personnes influençables se laissent entraîner par de « fausses doctrines » ?
Mais si nous sommes catholiques, c’est parce que nous croyons que Dieu est fidèle, malgré toutes nos infidélités (2 Tim.2,13), et qu’Il n’a pas abandonné son Eglise.
Jésus nous a dit que notre Père du ciel donnerait toujours son Esprit-Saint à ceux qui lui en font la demande. Le croyez-vous ?
Vous avez très bien fait d’inviter chacun à faire cette demande dans votre page d’accueil, mais ensuite, laissez-Le donc agir ! On ne dit pas au Saint-Esprit : « Viens sur mon forum mais reste là, sur le côté, et moi, je trie les messages. »
Je suis un peu dure en disant cela parce que je sous-entends que, peut-être, vous ne seriez pas sous la conduite de l’Esprit-Saint
Je ne le crois pas mais, dans ce cas précis de l’accueil de chrétiens d’autres dénominations, je vous renvoie à l’encyclique « Ut unum sint » et au concile Vatican II :
« Il est nécessaire que les catholiques reconnaissent avec joie et apprécient les valeurs réellement chrétiennes qui proviennent du patrimoine commun et qui se trouvent chez nos frères séparés. Il est juste et salutaire de reconnaître les richesses du Christ et les effets de sa puissance dans la vie d'autres qui portent témoignage au Christ, parfois jusqu'à l'effusion du sang; car Dieu est toujours admirable et il doit être admiré dans ses œuvres ». (47)
Le dialogue ne peut pas se dérouler suivant une démarche exclusivement horizontale, restant limité à la rencontre, à l'échange des points de vue ou même des dons propres à chacune des Communautés. Il tend aussi et surtout à avoir une dimension verticale qui l'oriente vers celui qui, Rédempteur du monde et Seigneur de l'histoire, est notre réconciliation. La dimension verticale du dialogue réside dans la reconnaissance commune et réciproque de notre condition d'hommes et de femmes qui ont péché. Et c'est ce dialogue qui ouvre pour les frères vivant dans des communautés qui ne sont pas en pleine communion entre elles l'espace intérieur où le Christ, source de l'unité de l'Eglise, peut agir efficacement avec toute la puissance de son Esprit Paraclet.(35)
Il ne s'agit pas de modifier le dépôt de la foi, de changer la signification des dogmes, d'en éliminer des paroles essentielles, d'adapter la vérité aux goûts d'une époque ou d'abolir certains articles du Credo sous le faux prétexte qu'ils ne sont plus compris aujourd'hui. L'unité voulue par Dieu ne peut se réaliser que dans l'adhésion commune à la totalité du contenu révélé de la foi. En matière de foi, le compromis est en contradiction avec Dieu qui est Vérité. (18)
« Au cours de son pèlerinage, l'Eglise est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a continuellement besoin, en tant qu'institution humaine et terrestre; si donc il est arrivé que certaines choses aient été observées avec moins de soin, il faut procéder en temps opportun au redressement qui s'impose ». Aucune Communauté chrétienne ne peut se soustraire à cet appel. En dialoguant franchement, les Communautés s'aident mutuellement à se considérer ensemble dans la lumière de la Tradition apostolique. (16)
J’ai choisi quelques passages qui me touchent particulièrement, parmi beaucoup d’autres. Les chiffres entre parenthèses correspondent aux paragraphes de « Ut unum sint ».
Je voudrais évoquer une situation précise et donner mon avis personnel. Mais je tiens à dire, avant tout, que je souhaite aussi me mettre à votre écoute et que je ne connais peut-être pas toutes les données de cette situation.
Vous avez manifesté un refus d’accueillir sur votre forum Messieurs Binjilc et Bolo. Lectrice du « forum chrétien », j’ai souvent eu l’occasion de lire leurs opinions sur ce forum (vous aussi, peut-être…).
Très souvent, je suis en désaccord avec eux, mais je voudrais vous partager tout ce qu’ils m’ont apporté.
En premier lieu, je sais que « ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise » (Vat. II). Croire en Dieu et au Christ Jésus, Fils de Dieu, croire qu’Il nous a sauvé de la mort et du péché, croire au Verbe de Dieu manifesté dans les Saintes Ecritures… ce n’est pas un accessoire, c’est au cœur de notre foi !
Ce qui nous divise est profond aussi . Nous croyons en la Sainte Trinité, eux pas (mais bien en la divinité de Jésus). Nous accordons à la Sainte Tradition une place particulière pour la proclamation et l’explication de la Parole de Dieu. Eux trouvent seulement dans les Saintes Ecritures leur source d’enseignement et de là découlent bien d’autres divergences réelles.
Le simple fait d’être confrontée à ces divergences a toujours été pour moi source de grandes richesses et d’enseignement. J’ai suivi il y a quelques années plusieurs cours donnés au séminaire (histoire de l’Eglise, Ecritures, théologie…). Mais je n’ai jamais autant appris qu’en cherchant moi-même les réponses aux questions suscitées en moi par les discussions avec d’autres chrétiens. Dans la Sainte Bible, dans les documents de l’Eglise mais surtout dans une prière humble et confiante sous l’assistance de l’ Esprit-Saint
Et tant que je vous parle de prière, je peux aussi vous témoigner qu’elle n’est pas seulement demande de l’Esprit pour moi-même, pour en retirer une plus grande instruction. J’invoque l’Esprit-Saint aussi pour mon frère chrétien et pour toute l’Eglise, car je sais que Dieu seul peut nous conduire à l’unité voulue par Jésus. Nos propres efforts ne sont qu’un chemin de conversion qui ouvre la porte à l’Esprit-Saint, acteur de l’unité.
Ma prière est communion et action de grâce pour cette parcelle d’unité déjà réelle et parfaite en Jésus. Elle est aussi le lieu où je reçois et j’offre à mon tour ce petit « Que Dieu te bénisse » souvent présent dans les pages du forum chrétien. Et je vous avoue aussi très simplement que je consacre plus volontiers du temps à la prière quand j’en ressens la nécessité. Et les propos de messieurs Binjilc et Bolo m’en font souvent ressentir la nécessité.
Un troisième aspect de la richesse de ces discussions provient des incompréhensions, des vieilles rancunes et des fausses images que nous nous faisons l’un de l’autre. Une place dans un forum ne serait pas de trop pour « aplanir les voies ». Il ne s’agit pas seulement de corriger une fausse opinion, les fruits de ce dialogue peuvent être bien plus profonds !
Un exemple:
Si l’on vous dit « Vous les catholiques, vous adorez Marie et le Pape ».
Vous pouvez répondre – et vous aurez raison – « non, nous adorons seulement Dieu ».
Mais vous pouvez aussi faire un examen de conscience et vous poser la question « quels sont nos gestes, nos attitudes, nos paroles qui ont pu laisser croire aux autres chrétiens que nous adorions Marie et le Pape ? Que puis-je changer en faveur de la Vérité ? »
Je puis vous assurer que ce genre de question a non seulement fait grandir en moi l’adoration pour Dieu et la souveraineté du Christ dans ma vie, mais aussi cela a raffermi et purifié l’amour et le respect que je porte dans mon cœur pour la Vierge Marie et pour le Pape (je lie les deux pour résumer, mais ce n’est pas à mettre sur le même pied).
Donnerez-vous cette chance aux lecteurs de votre forum ?
Je vous invite à y réfléchir avec d’autres personnes et avant tout à porter cette question dans la prière. Mon raisonnement n’est pas infaillible et ne doit certainement pas être suivi aveuglément.
Peut-être cette démarche d’ouverture devrait-elle aussi s’élargir à ceux qui ne souhaitent pas toujours utiliser le vouvoiement ?
« Ne va pas détruire l’œuvre de Dieu pour une question de nourriture » (Romains 14, 20). Le ferons-nous pour une question de langage ?
Je remets entre les mains de notre Père des cieux notre dialogue. Je Lui confie aussi toutes vos intentions de prière. Je sais qu’il y a au ciel une douce Maman qui, dans son humilité et sa petitesse, nous conduit immanquablement vers son Fils qui est Chemin, Vérité et Vie. Qu’elle soit avec nous sur cette route, elle qui n’a jamais voulu faire que la Sainte Volonté de Dieu.
Meilleures salutations,
Isabelle