- Le cardinal se lance dans la pub Religion. Le cardinal Barbarin lance une grande campagne de marketing pour remplir à nouveau les églises.
Mgr Thierry Brac de la Perrière, jeune évêque auxiliaire de Lyon ici à la droite de Mgr Barbarin, est convaincu qu’aujourd’hui l’Église doit réagir : “Nous estimons qu’il est important d’aller tout de suite à l’essentiel, l’annonce directe et explicite du Christ vivant, ressuscité et libérateur de l’Homme.”
“Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création !” Depuis quelques mois, les catholiques du diocèse de Lyon méditent régulièrement cette exhortation de Jésus-Christ aux apôtres. Et c’est le cardinal Barbarin qui a pris la tête de cette reconquête de l’âme des Lyonnais. Un peu comme saint Irénée, évêque lyonnais qui, déjà, au IIe siècle, prêchait la bonne parole dans toute la Gaule. Il est vrai qu’au vu de la situation de l’Église catholique, il y a urgence : chute libre du nombre d’enfants catéchisés, baisse vertigineuse des vocations, indifférence grandissante à l’égard du christianisme… Mgr Thierry Brac de la Perrière, jeune évêque auxiliaire de Lyon et bras droit de Mgr Barbarin, est convaincu qu’aujourd’hui, l’Église doit réagir : “Au sujet de la foi, la rupture de la transmission est telle qu’il existe une méconnaissance complète de la foi chrétienne. Nous estimons donc qu’il est important d’aller tout de suite à l’essentiel, l’annonce directe et explicite du Christ vivant, ressuscité et libérateur de l’homme.” Depuis les années soixante-dix et le début du pontificat de Jean-Paul II, l’Église se “casse la tête” pour trouver des réponses au désamour dont elle est victime. Comme nous l’explique Denis Pelletier, historien à l’université Lyon 2 * : “L’Église catholique ne cesse de chercher de nouvelles formes de présence au monde. Elle compte surtout sur ce qui relève du communautaire et de l’émotion partagée, notamment lors de grands raouts, du type des Journées mondiales de la jeunesse.”
Lyon, diocèse test pour une nouvelle évangélisation
À l’échelle internationale, des groupes de réflexion se sont ainsi emparés de la question. Les Congrès internationaux pour une nouvelle évangélisation – que Mgr Philippe Barbarin suit de très près – ont été lancés en 2001 par les cardinaux de Paris, Lisbonne, Bruxelles et Vienne. Le but est clairement affiché : trouver les moyens de mieux annoncer la Bonne Nouvelle de l’Évangile dans les grandes villes européennes (lire Une réflexion internationale). Dans ce branle-bas de combat, le diocèse de Lyon est un diocèse test, dans lequel le cardinal Barbarin multiplie les opérations de séduction. La première fut lancée en novembre 2003, avec le festival d’art “La chair et Dieu”, pour renouer des liens avec les artistes contemporains (lire le supplément de Lyon Capitale n° 448). Après cet essai transformé, Fourvière releva un nouveau défi en montant sur la scène rock. Le 21 juin 2004, jour de la Fête de la musique, des groupes chrétiens de reggae (Spear Hit), de pop (Glorious) et de rock (Paddy Kelly) ont donné un concert devant la primatiale Saint-Jean, pour offrir aux badauds une “proposition spirituelle”. Cette soirée musicale baptisée Esprit Live bénéficiait entre autres du soutien d’Alain Mérieux et du champion Edmilson. Juste derrière la scène, les spectateurs avaient rendez-vous avec Christ’appel, le second volet de la soirée : un appel aux vocations organisé dans la primatiale Saint-Jean, par le P. Thierry Jacoud, responsable de la pastorale des jeunes, et par la communauté du Chemin-Neuf. Celui qui franchissait les portes de la cathédrale pouvait, au choix, se confesser, discuter avec un prêtre ou visiter les stands “vie consacrée”, “mariage”, etc.
Aujourd’hui, le diocèse de Lyon a pris un peu plus d’assurance dans l’événementiel et s’apprête à passer à la vitesse supérieure. Les opérations de “nouvelle évangélisation” vont ainsi se succéder : le 4 décembre prochain sera inaugurée une “Maison de la Parole” dans le quartier de la Guillotière. Un lieu de rencontres “offert à ceux qui veulent mieux connaître la Bible”, nous a expliqué le P. Vincent Féroldi, directeur de la communication du diocèse. Quatre jours plus tard, le 8 décembre, ce sera l’apothéose : les catholiques lyonnais vont procéder à une opération “coup de poing” en offrant 500 000 exemplaires du Nouveau Testament à tous ceux qui le souhaitent (lire Qui veut une Bible ?). Cette campagne qui coûtera 300 000 euros au diocèse de Lyon correspond à un désir profond du cardinal Barbarin. Évêque de Moulins, il avait déjà réalisé une opération similaire. “Il n’est pas question de les mettre dans les boîtes aux lettres ou de les distribuer comme le Petit Paumé. Les acteurs de cette opération seront formés pour respecter la liberté des gens”, nous a expliqué Mgr Thierry Brac de la Perrière. Et 2005 se poursuivra dans un même désir d’évangéliser Lyon, puisque le 5 mai sera inaugurée, sur la colline de Fourvière, la maison de Pauline Jaricot. Maison qui aura pour vocation de devenir un lieu de mémoire et de prière, idéalement situé au cœur de la zone touristique (lire “Un nouvel espace pour évangéliser”). Enfin, au mois d’août prochain, lors des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) qui auront lieu à Cologne et dont le propos sera de créer “une véritable démarche spirituelle”, le diocèse de Lyon espère emmener près de 1 000 jeunes.
Prosélytisme effréné ?
Mais tout ce travail de marketing se fait avec beaucoup de précautions. L’Église catholique est consciente que son passé ne plaide pas toujours en sa faveur et qu’il a de quoi rendre les gens suspicieux. Cette reconquête des cathos de Lyon fait en effet remonter à la surface le temps déjà lointain d’une hégémonie pesante pour les consciences. Du coup, la question d’un prosélytisme effréné se repose. Mgr Thierry Brac de la Perrière, repousse ce vieux démon : “Notre société souffre d’un manque d’espérance criant. Il y a un vrai malaise. Nous ne partons pas à la conquête du monde. On se contente d’affirmer d’une façon plus forte ce qu’est la foi chrétienne depuis toujours. À savoir que le Christ nous révèle combien Dieu est proche de l’homme et combien l’homme est capable d’être grand.” Christian Terras, directeur de la revue lyonnaise Golias, sorte de Canard enchaîné catho, lui, n’est pas convaincu : “Je suis volontiers partant pour qu’on sorte de l’illetrisme religieux dans lequel se trouve notre société. Mais le concept de nouvelle évangélisation tel qu’il est entendu dans l’Église de Rome correspond toujours à l’idée suivante : “C’est nous qui avons la vérité, la voilà”. Pour moi, nous sommes face à l’affichage d’une identité catholique par rapport à un monde qui lui tourne le dos.” L’analyse de l’historien Denis Pelletier prend du recul par rapport à ces deux points de vue opposés : “L’Église catholique ne fonctionne absolument pas sur le mode prosélyte d’une secte. Chez elle, ce qui est central, c’est l’émergence de la conscience personnelle, lieu propre de la Révélation. Nous ne sommes donc pas du tout dans l’ordre de la manipulation mentale.” Propos qui n’empêchent pas l’historien de déclarer : “En revanche, les catholiques deviennent prosélytes quand ils sont convaincus que leur mission est de faire en sorte que le monde soit sauvé.”
Quoi qu’il en soit, dans le concert religieux d’aujourd’hui, le diocèse de Lyon a décidé de ne pas rester muet. Il veut se faire entendre en utilisant les moyens de communication du moment. Face à l’islam, deuxième religion de France, à l’exotisme du bouddhisme ou encore aux expériences spirituelles en tout genre type New Age, Mgr Philippe Barbarin ne veut pas être le ringard de service. Au contraire, il a plutôt l’intention de redonner un peu de branchitude à son église, qui, en vingt siècles d’existence, a accumulé pas mal de nids à poussière. S’il y parvient, la nouvelle évangélisation lyonnaise pourrait être copiée et amplifiée par le Vatican, faisant ainsi de lui le Séguéla de l’église catholique en France.
Jacques Tyrol
--------------------------------------------------------------------------------
* Denis Pelletier, La Crise catholique. Religion, société, politique en France 1965-1978, Paris, Éd. Payot, 2002.
--------------------------------------------------------------------------------
Les locomotives lyonnaises
Pour donner un coup de fouet à la nouvelle évangélisation, Mgr Philippe Barbarin peut compter sur des “mouvements” très dynamiques. Des groupes composés de célibataires, de couples et de prêtres. En tête de liste se trouvent les communautés du Chemin-Neuf et de l’Emmanuel. La première est née à Lyon, en 1973, sous l’impulsion d’un jésuite. Depuis peu, elle dirige, entre autres, la paroisse Sainte-Madelaine des Charpennes, à Villeurbanne. La seconde s’est constituée en 1976 à Paris. L’Emmanuel (“Dieu avec nous” en hébreu) a fait de l’évangélisation l’une de ses priorités. Elle anime des groupes de prière, des centres de formation et dirige encore la revue Il est vivant. Ce n’est donc pas un hasard si elle a édité les 500 000 Nouveaux Testaments du diocèse de Lyon et si elle coordonne les Congrès internationaux pour une nouvelle évangélisation.
--------------------------------------------------------------------------------
Une réflexion internationale
Depuis 2001, quatre cardinaux ont ouvert une large réflexion sur l’idée d’une nouvelle évangélisation des grandes villes européennes. Il s’agit de Godfried Daneels (Bruxelles), de Christoph Schönborn (Vienne), de Jean-Marie Lustiger (Paris) et de José da Cruz Policarpo (Lisbonne). Leur constat est clair : “La vie urbaine semble favoriser une paganisation accélérée. Mais, en même temps, une demande religieuse de plus en plus forte se manifeste à l’égard du christianisme lui-même, source de notre culture. […] La recherche de Dieu s’exprime aujourd’hui avec plus de liberté et d’exigence. Notre époque appelle l’annonce de l’Évangile.”
Le cardinal Barbarin suit de très près les travaux de ses confrères, qui réunissent de grands forums où sont présents des représentants de mouvements, de paroisses et de diocèses, pour échanger leurs expériences respectives. Le tout avant de procéder à une mission de grande envergure dans la ville d’accueil du congrès. Mgr Thierry Brac de la Perrière, envoyé par le cardinal Barbarin à Lisbonne en mai 2003 pour la première édition de ces “Congrès internationaux pour une nouvelle évangélisation”, a été témoin de ces nouvelles missions urbaines : “Il y avait différentes initiatives : des podiums, des démarches auprès des drogués, une présence dans un centre commercial…” Pour la seconde édition qui aura lieu à Paris du 23 octobre au 1er novembre, l’évêque auxiliaire de Lyon sera encore présent à ce grand rassemblement coordonné par la Communauté de l’Emmanuel.
_______________________________________________________