Modeste proposition
Lux -  2011-02-26 22:28:50

Modeste proposition

Nous, catholiques fidèles à la foi de toujours, sommes, en France au moins, archi-minoritaires, si bien que nos combats, sans la foi, seraient comparables à ceux que Don Quichotte menait - certes avec vigueur - contre des moulins à vents. Nous avons perdu en 1789, et pris du même coup conscience que nous n'étions pas tout puissants. Nous n'avons jamais su, ensuite, profiter de nos forces - et c'est pourquoi nous avons toujours perdu ensuite. Nous avons perdu en 1830, presque pour les mêmes raisons qu'en 1789, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Nous avons perdu pendant les années 1870, parce qu'encore une fois, nous croyions que la victoire était assurée. Nous avons perdu, pour la dernière fois, en 1944, parce que nous n'étions même plus capables, si contents, après une diète aussi douloureuse, de retrouver une parcelle de pouvoir - comme après un jeûne interminable, on mangerait n'importe quoi - de distinguer catholicisme et fascisme - ou du moins, plus capables de tirer les conséquences de cette distinction. Ces défaites successives ont fait de nous des fantômes, ou des revenants. Je n'invente pas ces termes : vous lisez, comme moi, les journaux. Arrêterons-nous donc un jour ? J'en viens à ma très modeste proposition. Nous sommes d'accord sur quantité de points : le respect des dogmes, la poursuite du bien commun en politique, etc. Mais nous trouvons encore à nous diviser - même à nous écharper - sur la stratégie à mener pour nous battre. Ceux qui sont à l'extérieur (la FSSPX) critiquent les traîtres de l'intérieur. Ceux qui sont à l'intérieur critiquent les schismatiques de l'extérieur. Et, parmi ceux qui sont à l'intérieur, on se déchire encore, tout comme parmi ceux qui sont à l'extérieur. Ce ne sont pas des déchirements intellectuels, des disputationes. Ce sont de mesquins combats tactiques. Et si nous arrêtions ? Si nous considérions, pour un, deux, dix ou cent ans - jusqu'à ce que nous sortions de notre état misérable, et que nous recommencions à avoir un peu d'influence sur notre beau pays, que chaque stratégie peut avoir un intérêt, et qu'il n'est pas forcément stupide d'avoir un cheval de Troie plus une armée autour de Troie ? Si nous nous concentrions ensemble sur les buts à poursuivre, plutôt que de nous entre-tuer sur des tactiques tant et si bien que l'armée sera décimée avant même qu'elle ait combattue ? Je ne sais pas ce que cette proposition vaut ; mais c'est là ce que j'ai toujours pensé, et c'est là ce que m'évoque, tristement, cette discussion quelque peu insensée.