Ce qu’on pourrait au moins en retenir
Vianney -  2011-02-26 09:23:23

Ce qu’on pourrait au moins en retenir

...c’est qu’il est souvent judicieux, comme vous dites, de débarrasser l’humanité de quelques propagateurs d’erreurs, et que faute de s’y prendre à temps, ces erreurs font des millions de victimes. C’est la leçon que pourraient au moins retenir, s’ils n’étaient pas si aveugles, les chrétiens “adultes” d’une époque qui a eu le douteux privilège de connaître les gigantesques hécatombes du paganisme sous ses divers formes (communisme, nazisme...).

Les bons rêveurs qui, selon les règles reçues d’un conformisme d’ailleurs suranné, s’en prennent aux dogmes et au Credo, au bénéfice de l’intuition personnelle et du « sentiment » religieux, étaient en fait déjà fort démodés au treizième siècle. C’est contre eux et malgré eux que s’est maintenue la santé du coeur et de l’esprit, dans un temps où le sentiment eût été celui de la destruction, et où l’intuition se fût extériorisée par le suicide — sans la répréhensible rigidité du dogmatisme. L’ermite, par instants, devait se sentir subjectivement assez proche du fakir : je ne dis pas non. Mais il lui était défendu de penser comme ce dernier ; puisqu’il croyait à l’objectivité du dogme révélé, il restait lié à une saine conception de la nature des choses. Combien de volontaires du célibat eussent dénoncé le mariage comme péché mortel, s’ils s’en fussent remis à leur propre « expérience religieuse » ? L’Eglise, son autorité, son intolérance, son impérieuse théologie, ont barré la route au libre désespoir. Chesterton, Saint Thomas d’Aquin, Plon, p. 120-121.