Il était le seul choix possible, mais Benoît XVI n'a pas autant d'autorité
Athanase -  2011-02-18 19:50:22

Il était le seul choix possible, mais Benoît XVI n'a pas autant d'autorité

Depuis plus de 40 ans, nous ne cessons de nous plaindre des dérives, des dilutions et des comportements équivoques de certains pasteurs, de bien de prêtres et même de fidèles. Dans cette crise, on mesure la difficulté pour l'autorité à s'imposer, à utiliser les bonnes ressources dans la mesure où le terrain paraît assez verreux... Il ne suffit pas que l'autorité décrète. Décrèter ? Elle le fait depuis 40 ans. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des rappels à l'ordre textuel, de belles exhortations, des propos mêmes fermes. Mais cela ne suffit pas. Le prurit des textes a ses limites. Mêmes brillants, ils sont hélas trompeurs. Dès les années 1960, au moment de la crise, on comprit que Paul VI n'était plus obéi. S'il a une part de responsabilité, il s'est aussi heurté à un mouvement irrésistible. Pour creuser et répondre à votre question, je crois que l'Eglise n'échappe pas à la loi générale des sociétés. Sauf exceptions, les institutions sont elles-mêmes fragiles. Nos contemporains n'en font qu'à leur tête. Même les pouvoirs publics ne sont pas toujours obéis (regardez l'affaire des banlieues: 20 ans que cela dure). Les hommes politiques sont souvent isolés, n'ayant pas d'entourage solides et obéissants. Pour le reste, Benoît XVI a été élu à 78 ans. C'est le meilleur choix, mais un choix déjà limité. Il est certain que le pape n'a pas la même énergie que Jean-Paul à 58 ans en 1978. Enfin, je crois - c'est une hypothèse partagée par d'autres - qu'il a été marqué par les attaques dures et impitoyables de ces deux dernières années. Je n'ai pas à vous rappeler la violence des attaques, y compris dans l'Eglise. Et puis il y a un dernier élément qui conditionne beaucoup de choses - à mettre en relation avec l'aspect précédent - et que l'on oublie, même dans le monde "tradi": l'Eglise a peu d'autorité (pardon: aucune !)sur la société qui l'environne. Quand elle s'exprime, elle n'est pas en tarrin favorable, voire bienveillant. Elle est dans un univers hostile. Elle n'a pas de médias, pas d'hommes politiques, ni même de "sociologie" qui lui serait favorable. L'Eglise ne peut compter sur l'armée ou tout autre groupe solide. Les forces tradies, si nobles soient-elles, ne pèsent rien. Peu dans l'Eglise, elle-même affaiblie. Et surtout rien dans la société. Ce n'est pas une goutte d'eau, même si déjà le sel de la terre.