La vieille dame et le tyran
Vianney -  2011-02-13 08:00:46

La vieille dame et le tyran


Tandis que tous les Syracusains faisaient des voeux ardents pour la mort de Denys le tyran à cause de la dureté de son caractère et des traitements insupportables qu’il leur faisait subir, seule une très vieille femme priait les dieux tous les matins de conserver la vie du prince et de la prolonger au delà de la sienne. Denys en eut connaissance. Surpris d’une affection à laquelle il n’avait pas droit, il fit venir cette femme et lui demanda le motif de cette prière et par quel bienfait il avait pu la mériter. “J’ai, dit-elle, une raison bien particulière d’agir ainsi. Quand j’étais jeune, nous avions un tyran redoutable et je désirais d’en être débarrassée. Il fut tué ; mais un autre plus terrible encore s’empara de la citadelle. Je regardais encore comme un grand bonheur de voir finir sa domination. Tu es devenu notre troisième maître et nous t’avons trouvé plus dur que les deux premiers. C’est pourquoi, dans la crainte que ta mort n’amène à ta place un successeur encore pire, j’offre ma vie aux dieux pour ta conservation.” Denys eut honte de punir une audace aussi plaisante.

Valère-Maxime, Livre VI, Actions et paroles mémorables, Exemples étrangers, 2.