Une nouvelle distinction s’impose. D’une part nous maintenons que la religion islamique en tant qu’islamique et mahométane est de soi incapable d’élever l’homme au plan surnaturel et d’engendrer une prière qui la mette en rapport intime avec Dieu ; d’autre part, et c’est le deuxième terme de notre distinction, on ne peut interdire à la toute-puissance de l’Amour rédempteur de communiquer secrètement aux âmes situées en dehors de l’Église des grâces de purification et d’union surnaturelle agissant invisiblement et comme à distance. Dès lors ces âmes que Dieu seul connaît entrent dans l’amitié divine non par le secours de leur religion mais malgré celle-ci. En dépit de l’idéologie déformante d’une fausse religion, la grâce divine est capable – et elle seule – de toucher et d’illuminer le cœur du croyant, parfois même à son insu, nous voulons dire sans que cette transformation intérieure tombe nécessairement sous le champ d’une connaissance réflexive. Dès lors le croyant musulman de bonne foi entre dans le mystère de la communion des saints. Justifié par le baptême de désir, il adore sans le savoir le Dieu de Jésus-Christ, dont la grâce toute miséricordieuse et souverainement libre n’est jamais enchaînée par l’économie normale des moyens de sanctification : l’instruction et les sacrements. Tel fut probablement le cas de Al-Hallaj [2]. Mais ceci, qui est le secret de Dieu, reste dépendant de son bon vouloir : on sort de l’économie normale des moyens de sanctification. On entre dans un ordre de relation purement intérieure, mystère des âmes qui ne sera dévoilé que dans le Ciel et qui échappe ici-bas à toute investigation humaine. Peut-on dire que, en vertu de cette disposition providentielle, chrétiens et musulmans adorent le même Dieu ? Non ; parce que s’il est possible que les musulmans de bonne foi, dans une proportion qui nous est inconnue, jouissent secrètement du don de la grâce sanctifiante, il n’en reste pas moins que les disciples de Mahomet, en tant que tels, appartiennent à une religion d’État exerçant sur ses adeptes une force d’oppression incroyable, fondée sur la mémorisation et le psittacisme. Cette religion se prétend une religion inspirée, une religion du Livre. Et lorsque le Coran enseigne qu’il est blasphématoire de reconnaître que Dieu ait un fils, il faut l’en croire : il n’existe pas un musulman qui ne protesterait énergiquement à l’idée que la religion islamique permette d’adorer le même Dieu que les chrétiens.
Cordialement