Je laisse Jean XXIII et Jean-Paul II vous répondre.
Scrutator Sapientiæ - 2011-02-08 05:38:07
Je laisse Jean XXIII et Jean-Paul II vous répondre.
Bonjour Anton,
Ce n'est pas parce que, au sein des textes du Concile Vatican II, il y a de nombreux éléments constitutifs ou évocateurs de la Tradition de l'Eglise, que, pour autant, l'Eglise est conciliaire depuis le premier Concile.
Si ce que vous dites est vrai, est vrai du premier Concile, est vrai de la pensée et de l'action de l'Eglise, pendant les trois premiers siècles, puis est à nouveau vrai, à compter de l'annonce, par Jean XXIII, de la réunion du Concile Vatican II, et vous savez peut-être que le Père CONGAR est allé jusqu'à s'exprimer en ce sens, dans les années 1960 - 1970, il convient alors de s'interroger sur la "conciliarité" du millénaire et demi au cours du siècle l'Eglise a mis en avant, non sans nuances ni prudence, non sans critiques ni réserves, à l'égard du pouvoir temporel, ce que j'appelle la logique de Chrétienté explicite et organique, la logique de Chrétienté institutionnelle.
Si ce que vous dites est vrai, quel sens donner aux propos de Jean XXIII, lors du discours d'ouverture du Concile, quand il oppose, aux armes de la sévérité, les armes de la miséricorde ? L'Eglise catholique, en amont du Concile, aurait eu un discours condamnateur des erreurs présentes en son sein et au coeur du monde, un discours marqué par la sévérité, elle aurait substitué, à cette sévérité, de la miséricorde, en cessant de condamner, d'une manière longitudinale, des erreurs qui, "à peine nées, semblent s'évanouir comme brume au soleil", et que "les hommes semblent commencer à condamner d'eux-mêmes", et cette miséricorde, ou plutôt cette falsification de la miséricorde, bien qu'en rupture avec l'attitude antérieure, aurait été néanmoins conforme à la pensée et à l'action de l'Eglise, à compter du premier Concile, ou depuis le premier Concile ?
Autre exemple, moins connu, que je soumets à votre appréciation : la lettre apostolique Tertio Millenio Adveniente, datée du 10 nomvembre 1994. Vous trouverez, dans cette lettre de Jean-Paul II, un chapitre III intitulé "la préparation du grand jubilé", dans lequel Jean-Paul II nous dit ceci :
" 17. Tout jubilé est préparé dans l'histoire de l'Église par la divine Providence. Cela vaut également pour le grand Jubilé de l'An 2000. Dans cette conviction, nous regardons aujourd'hui avec gratitude et sens de la responsabilité ce qui est advenu dans l'histoire de l'humanité à partir de la naissance du Christ, et surtout les événements qui se sont produits entre l'An 1000 et l'An 2000. Mais, d'une façon toute particulière, nous portons un regard de foi sur notre siècle, y cherchant ce qui témoigne non seulement de l'histoire de l'homme mais aussi de l'intervention de Dieu dans les événements humains.
18. De ce point de vue, on peut affirmer que le Concile Vatican II constitue un événement providentiel par lequel l'Église a commencé la préparation immédiate du Jubilé du deuxième millénaire. Il s'agit en effet d'un Concile semblable aux précédents, et pourtant très différent; un Concile centré sur le mystère du Christ et de son Église, et en même temps ouvert au monde. Cette ouverture a été la réponse évangélique à l'évolution récente du monde, avec les bouleversements qu'a connus le XXe siècle éprouvé par une première puis une deuxième guerres mondiales, par l'expérience des camps de concentration et d'effroyables massacres. Tout ce qui est arrivé montre plus que jamais que le monde a besoin de purification, qu'il a besoin de conversion.
On dit souvent que le Concile Vatican II marque une époque nouvelle dans la vie de l'Église. C'est vrai, mais en même temps il est difficile de ne pas remarquer que l'Assemblée conciliaire a eu largement recours aux expériences et aux réflexions de la période antérieure, spécialement du patrimoine de pensée de Pie XII. Dans l'histoire de l'Église, le « vieux » et le « neuf » sont toujours étroitement mêlés. Le « neuf » croît sur le « vieux », le « vieux » trouve dans le « neuf » une expression plus accomplie. Ainsi en a-t-il été pour le Concile Vatican II et pour l'activité des Papes liés à l'Assemblée conciliaire, à commencer par Jean XXIII, puis Paul VI et Jean-Paul Ier, et enfin le Pape actuel.
Il est certain que ce qu'ils ont accompli pendant et après le Concile — l'enseignement aussi bien que l'activité de chacun d'eux — a apporté une contribution marquante à la préparation du nouveau printemps de vie chrétienne qui devra être révélé par le grand Jubilé si les chrétiens savent suivre l'action de l'Esprit Saint.
19. Sans aller jusqu'aux accents sévères de Jean Baptiste quand, au bord du Jourdain, il invitait à la pénitence et à la conversion (cf. Lc 3, 1-17), le Concile a manifesté en lui-même quelque chose de l'ancien prophète en désignant avec une nouvelle vigueur aux hommes d'aujourd'hui le Christ, « l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29), le Rédempteur de l'homme, le Seigneur de l'histoire. Au Concile, l'Église, dans le désir d'être pleinement fidèle à son Maître, s'est interrogée sur son identité et a redécouvert la profondeur de son mystère de Corps et d'Épouse du Christ. Se mettant attentivement à l'écoute de la Parole de Dieu, elle a réaffirmé la vocation universelle à la sainteté; elle a entrepris la réforme de la liturgie, « source et sommet » de sa vie; elle a donné l'impulsion au renouvellement de nombreux aspects de son existence au niveau universel et dans les Églises locales; elle s'est impliquée dans la promotion des diverses vocations chrétiennes, de celle des laïcs à celle des religieux, du ministère des diacres à celui des prêtres et des évêques; elle a redécouvert en particulier la collégialité épiscopale, expression privilégiée du service pastoral exercé par les évêques en communion avec le Successeur de Pierre. Dans le cadre de ce profond renouveau, le Concile s'est ouvert aux chrétiens des autres Confessions, aux membres des autres religions, à tous les hommes de notre temps. Dans aucun autre Concile on n'a parlé avec autant de clarté de l'unité des chrétiens, du dialogue avec les religions non chrétiennes, du sens spécifique de l'Ancienne Alliance et d'Israël, de la dignité de la conscience personnelle, du principe de la liberté religieuse, des différentes traditions culturelles au sein desquelles l'Église accomplit sa tâche missionnaire, des moyens de communication sociale.
20. Une grande richesse de contenu et le ton nouveau, inconnu jusqu'alors, avec lequel les questions ont été présentées par le Concile constituent comme une annonce de temps nouveaux. Les Pères conciliaires ont parlé le langage de l'Évangile, le langage du Discours sur la montagne et des Béatitudes. Dans le message du Concile, Dieu est présent dans sa seigneurie absolue sur toutes choses, mais aussi comme garant de l'authentique autonomie des réalités temporelles.
La meilleure préparation de l'échéance bimillénaire ne pourra donc que s'exprimer par un engagement renouvelé d'appliquer, autant que possible fidèlement, l'enseignement de Vatican II à la vie de chacun et de toute l'Église. Avec le Concile a été comme inaugurée la préparation immédiate du grand Jubilé de l'An 2000, au sens le plus large du terme. Si nous cherchons quelque chose d'analogue dans la liturgie, on pourrait dire que la liturgie de l'Avent qui revient chaque année est la plus proche de l'esprit du Concile. En effet, l'Avent nous prépare à la rencontre de Celui qui était, qui est et qui vient constamment (cf. Ap 4, 8). "
Je reprends ici quelques passages particulièrement caractéristiques :
"Il s'agit en effet d'un Concile semblable aux précédents, et pourtant très différent (?!) ; un Concile centré sur le mystère du Christ et de son Église, et en même temps ouvert au monde (?!)."
"On dit souvent que le Concile Vatican II marque une époque nouvelle dans la vie de l'Église. C'est vrai (?!), mais en même temps il est difficile de ne pas remarquer que l'Assemblée conciliaire a eu largement recours aux expériences et aux réflexions de la période antérieure, spécialement du patrimoine de pensée de Pie XII (mais pour lui faire dire quoi ou pour en faire quoi ?!)."
"Il est certain que ce qu'ils ont accompli pendant et après le Concile — l'enseignement aussi bien que l'activité de chacun d'eux — a apporté une contribution marquante à la préparation du nouveau printemps de vie chrétienne (?!) qui devra être révélé par le grand Jubilé si les chrétiens savent suivre l'action de l'Esprit Saint."
"Sans aller jusqu'aux accents sévères de Jean Baptiste quand, au bord du Jourdain, il invitait à la pénitence et à la conversion (cf. Lc 3, 1-17)(?!), le Concile a manifesté en lui-même quelque chose de l'ancien prophète en désignant avec une nouvelle vigueur (?!) aux hommes d'aujourd'hui le Christ, « l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29), le Rédempteur de l'homme, le Seigneur de l'histoire."
"Dans le cadre de ce profond renouveau (?!), le Concile s'est ouvert aux chrétiens des autres Confessions, aux membres des autres religions, à tous les hommes de notre temps. Dans aucun autre Concile on n'a parlé avec autant de clarté (?!) de l'unité des chrétiens, du dialogue avec les religions non chrétiennes, du sens spécifique de l'Ancienne Alliance et d'Israël, de la dignité de la conscience personnelle, du principe de la liberté religieuse, des différentes traditions culturelles au sein desquelles l'Église accomplit sa tâche missionnaire, des moyens de communication sociale."
"Une grande richesse de contenu et le ton nouveau, inconnu jusqu'alors (?!), avec lequel les questions ont été présentées par le Concile constituent comme une annonce de temps nouveaux (?!)."
Ce que Jean-Paul II aurait le droit de dire, pour s'en réjouir, un catholique traditionaliste n'aurait pas le droit de le citer, à tout le moins parce qu'il est étonné ou inquiet par ce Renouveau, dans son principe, et par ce qu'il est attristé ou indigné par certains aspects ou enjeux de ce Renouveau, rebaptisés par certains "abus" ou "excès", dans sa pratique ?
Et surtout, j'espère que vous avez bien compris mon souci réel de ne pas tronquer le texte de Jean-Paul II d'une manière arbitraire, militante, partisane, restrictive, sélective, subjective, ou que sais-je encore ; j'aurais pu aussi bien citer toute sa lettre apostolique, y compris des passages dans lesquels ce que je constate et déplore ici est moins apparent et moins évident, ce que je suis le premier à reconnaître, mais je crois pouvoir dire que je n'ai pas tronqué son texte, avec ce qui aurait été la pesanteur d'un éléphant, car, c'est bien connu, un éléphant, çà tronque énormément.
Bonne réception, bonne lecture, bonne journée.
Scrutator.