Juste un petit peu d'air frais
Amos -  2011-02-06 22:06:57

Juste un petit peu d'air frais

Le liseur contemplait la nuit, la journée avait été calme et paisible, l'après-midi il était passé devant la maison-cabinet, les volets étaient clos, à côté de la sonnette on avait accroché une feuille griffonnée à la hâte sur laquelle on pouvait lire : PARTI EN VACANCES EN BELGIQUE à bientôt ... peut-être l'avocat irascible était-il parti à Liège, il le savait être un grand admirateur de la fameuse course cycliste Liège-Baston-Liège... Ainsi en allait-il de la vie au village où les départs précipités et imprévus n'étaient pas rares, parfois aussi on entendait quelques éclats de voix, vite réprimés, sourdre d'une habitation, une porte claquait, puis plus rien, tout rentrait dans l'ordre comme si rien ne s'était passé, il croyait avoir rêvé... quand même, songeait-il, elle était bien mystérieuse la vie des gens derrière les apparences, mieux valait en rester à celles-ci, et ne pas trop s'occuper de ses voisins ni chercher à savoir ce qu'ils pouvaient bien boire certains jours... le liseur est allé se servir un verre. Il faisait bon et l'air sentait la mer, une autre odeur pleine d'optimisme soufflait, on n'entendait plus le perroquet, ça reposait les oreilles, il a bu une première gorgée et les grandes orgues sont descendues dans sa gorge avant de s'échapper en fugue dans tout son corps, rabotant ses nerfs éprouvés par la semaine passée. Il fallait être tourné vers l'avenir, s'exalta-t-il, certes il préférait le passé que le présent, mais après tout l'avenir n'était-il pas le passé de demain, le plus dur à endurer étant finalement les temps présents, il se demandait si ce n'était pas de tout temps, aurait-il aimé vivre au XIIIe siècle qu'il eut regretté le XIIe, mais pour ce qui était du XXe, non, pas de regrets, sinon celui d'y être né, le XIXe dans lequel il avait été quasiment élevé, eut mieux fait l'affaire, on y écrivait encore en français sur les ruines du passé, ce passé qui avait disparu sans que rien de vraiment nouveau n'apparut, on était un peu comme avant 1914, on se demandait quand finirait ce XXe siècle infâme qui n'en finissait pas de finir. Il finit son verre, considéra que son futur immédiat était le lundi, et, sans hésiter, le liseur est allé se resservir un verre.