Ne pas confondre, ni séparer, mais distinguer et ordonner.
Scrutator Sapientiæ - 2011-02-06 22:01:48
Ne pas confondre, ni séparer, mais distinguer et ordonner.
Bonsoir à Paxtecum,
1. Ce que je suggère tient en une phrase : ne pas confondre, ni séparer, mais distinguer les deux aspects et enjeux de la liberté religieuse, et ordonner l'un à l'autre.
Il y a en effet, en tout cas, à mon sens, d'une part, la liberté religieuse, dans l'acception juridique du terme, d'autre part, la liberté religieuse, dans l'acception pneumatique du terme.
2. La reconnaissance de toute sa valeur instrumentalement régulatrice à la liberté religieuse, dans sa dimension juridique, ne préjuge pas de la reconnaissance de toute valeur fondamentalement libératrice à telle ou telle religion, dans sa dimension pneumatique.
3. Pourquoi ? A mes yeux, parce que
- là où catholiques, chrétiens non catholiques, croyants non chrétiens, et incroyants, peuvent, éventuellement, trouver un accord, sur le fait qu'aucune personne ne doit être contrainte de croire en qui ou en quoi que ce soit, ce qui serait en contradiction avec sa liberté intérieure et extérieure ;
- cet accord global est encore plus éventuel, sur le fait qu'aucune personne ne doit être empêchée de manifester, publiquement et visiblement, le fait qu'elle croit en qui ou en quoi que ce soit, tout le monde n'ayant pas partout la même vision de la notion d'ordre public, des risques d'atteintes ou des sources de menaces à l'ordre public, d'où, peut-être, des différences entre la France et les Etats-Unis, ou paraît-il, n'importe quelle secte a "pignon sur rue" ;
- et cet accord global devient même hypothétique ou improbable, sur le fait qu'en définitive et en réalité, la question suprême et ultime n'est pas celle de l'adhésion à qui ou à quoi que ce soit, en toute liberté intérieure et extérieure, ni celle de la manifestation, publique et visible, de quelque religion que ce soit, dans le respect de l'ordre public, mais celle du caractère libérateur, ou non libérateur, de la religion à laquelle on adhère, sous l'angle de la liberté intérieure, entendue sous un angle surnaturel et théologal.
4. On peut très bien reconnaître toute sa valeur à la liberté religieuse, dans son acception juridico-temporelle, mais ne reconnaître une valeur pleinement libératrice qu'à une religion, donc une seule véritable liberté religieuse, dans son acception pneumatico-spirituelle.
5. Ceci étant posé, je précise ou rappelle deux distinctions déjà formulées par mes soins ici-même, la distinction entre liberté et licence, en matière religieuse, et la distinction entre recherche de la vérité, sans la vérité révélée, et adhésion à la vérité, dans la vérité révélée.
A. Sur le premier point, plutôt "juridique", j'ai la conviction que l'Etat aurait tout intérêt à garder en mémoire cette distinction entre liberté et licence, en matière religieuse, ce qui ne le contraindrait pas nécessairement à se prononcer sur la valeur morale et spirituelle de telle ou telle religion, mais ce qui lui permettrait, le cas échéant, de veiller à ce que telle ou telle conception de la liberté religieuse ne soit pas problématique, sous l'angle de l'ordre public, non par défaut de liberté, mais par excès de liberté, imposé, en quelque sorte, à ceux, extérieurs à la religion concernée, qui seraient à la fois témoins et victimes d'un empiètement sur leur propre liberté religieuse, pour cause de manifestation envahissante de la religion concernée sur la sphère publique.
B. Sur le deuxième point, plutôt "pneumatique", je trouve qu'il y a une certaine confusion, dans l'esprit des inconditionnels de la conception conciliaire de la liberté religieuse, dans la mesure où la recherche de la vérité, sans la vérité révélée, n'est pas de même nature, n'est pas du même ordre, que l'adhésion à la vérité, dans la vérité révélée : même si l'une peut, avec l'aide de Dieu, amener jusqu'à l'autre, il me semble erroné d'écrire, par exemple, ceci :
- "les croyants chrétiens recourent à la liberté religieuse, chacun selon sa confession chrétienne, pour chercher ce qu'ils croient être Dieu, ce qu'ils croient être la vérité, en matière religieuse, et c'est très bien ainsi" ;
- "les croyants non chrétiens recourent eux aussi à la liberté religieuse, chacun avec ses convictions religieuses ou croyances spirituelles, pour chercher eux aussi ce qu'ils croient être Dieu, ce qu'ils croient être la vérité, en matière religieuse, et c'est très bien aussi".
6. Par ailleurs, et là, pour le coup, je ne parle plus de la liberté religieuse, mais du dialogue inter-religieux, ou plutôt des relations avec les religions non chrétiennes, je vous assure que nous ne serions pas là où nous en sommes, si l'objectif de celui-là et de celles-ci, était (à chaque fois que l'occasion se présente de dialoguer avec des représentants, d'avoir des relations avec des responsables, de telle ou telle religion non chrétienne) d'exhorter les uns et les autres à ouvrir leur esprit et leur vie, leur coeur et leurs moeurs, sur le seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit, ou à adhérer à la vérité, dans la vérité révélée, révélée par Jésus-Christ.
7. " L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux.
L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.
Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. "
8. Vous aurez reconnu ce passage de Nostra Aetate, et vous aurez remarqué l'insistance avec laquelle l'Eglise catholique exhorte les catholiques à exhorter eux-mêmes les croyants non chrétiens, quelle que soit la religion, ou la tradition sapientielle ou spirituelle, à laquelle ils adhèrent, à sortir de l'erreur, de l'hébétude ou de la servitude, en matière religieuse, et à entrer pleinement dans l'unique véritable liberté religieuse, celle qui nous a été révélée par Notre Seigneur Jésus-Christ, et qui est à la fois libératrice et responsabilisante, mais également satisfaisante, sous l'angle de l'accomplissement de la vocation surnaturelle et théologale propre à toute personne humaine.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour cette réponse un peu trop longue, j'ai tenu à la rédiger sans me faire aider par quelque ouvrage que ce soit, ma formulation, mon raisonnement sont donc évidemment amendables ou perfectibles, mais je me suis efforcé de dérouler un fil conducteur qui me tient à coeur, avec le moins d'incohérences possible.
Bonne fin de dimanche et bon début de semaine.
Scrutator.