Il a personnellement beaucoup étudié le Coran. Le matin, il faisait sa lectio divina, avec une Bible en arabe. Il faisait parfois la méditation avec le Coran. Il cherchait à nous faire évoluer. Nous avions des relations avec l’islam, mais pas à un niveau intellectuel. Lui connaissait très bien le milieu musulman et la spiritualité soufie. Certains moines estimaient que la communauté devait rester équilibrée et que tout ne devait pas être orienté par l'islam. Ce qui provoqua des frictions. Ces tensions finirent par être dépassées grâce à la création d’un groupe d’échange et de partage avec des musulmans soufis, que nous avions appelé le ribât. Nous avions compris que la discussion sur les dogmes divisait, car elle était impossible. On parlait donc du chemin vers Dieu.
Notre époque a vraiment les « saints » qu’elle mérite... « Sauvez-moi, Seigneur, suppliait autrefois le prophète David, parce qu’il n’y a plus de saint sur la terre, et que les vérités sont diminuées par la malice des hommes. » (Ps. XI, 2.)Le Christ est plus grand que l’Église. Les soufis utilisaient une image pour parler de notre relation avec les musulmans. C’est une échelle à double pente. Elle est posée par terre et le sommet touche le ciel. Nous montons d’un côté, eux montent de l’autre côté, selon leur méthode. Plus on est proches de Dieu, plus on est proches les uns et des autres. Et réciproquement, plus on est proches les uns des autres, plus on est proches de Dieu. Toute la théologie est là-dedans !
Toute la théologie donc, alors que son gourou a réussi à lui faire avaler qu’une discussion sur les dogmes était impossible ? On n’est vraiment plus très loin de la théologie du Panthéon romain, celle que les (vrais) martyrs ont de tout temps refusée, au prix de leur sang...— Vos frères vous parlent dans la prière ? — Non, pas encore...
Mais ça pourrait fort bien se produire. Dans son commentaire du livre de Job (XXIV, 2), le pape saint Grégoire le Grand n’annonçait-il pas pour le temps de la grande apostasie :Auparavant, en effet, les richesses des miracles seront ôtées aux fidèles, et alors cet antique ennemi se manifestera contre eux par des prodiges publics, de telle sorte que, tandis que sa puissance à lui sera rehaussée par des signes, il soit vaincu de façon d'autant plus forte et plus louable par les fidèles qui, eux, seront sans signes.
V.