Une grande leçon pour l’orgueil de l’homme
Vianney -  2011-02-02 11:36:09

Une grande leçon pour l’orgueil de l’homme


Les conseils du Très-Haut avaient arrêté que le Fils de Dieu ne serait déclaré à son peuple que par degrés. Après trente années de vie cachée à Nazareth, où, comme le dit l’Evangéliste, il était réputé le fils de Joseph, un grand Prophète devait l’annoncer aux Juifs accourus au Jourdain, pour y recevoir le baptême de la pénitence. Bientôt ses œuvres, ses miracles, rendraient témoignage de lui. Après les ignominies de sa Passion, il ressusciterait glorieux, confirmant ainsi la vérité de ses prophéties, l’efficacité de son Sacrifice, enfin sa divinité. Jusque-là presque tous les hommes ignoreraient que la terre possédait son Sauveur et son Dieu. Les bergers de Bethléhem n’avaient point reçu l’ordre, comme plus tard les pêcheurs de Génésareth, d’aller porter la Parole jusqu’aux extrémités du monde ; les Mages étaient retournés dans l’Orient, sans revoir Jérusalem émue un instant de leur arrivée. Ces prodiges, d’une si grande portée aux yeux de l’Eglise, depuis l’accomplissement de la mission de son divin Roi, n’avaient trouvé d’écho et de mémoire fidèle que dans le cœur de quelques vrais Israélites qui attendaient le salut d’un Messie humble et pauvre ; la naissance même de Jésus à Bethléhem devait demeurer ignorée du plus grand des Juifs ; car les Prophètes avaient prédit qu’il serait appelé Nazaréen. Le plan divin avait exigé que Marie fût l’épouse de Joseph, pour protéger, aux yeux du peuple, sa virginité ; il demandait aussi que cette très chaste Mère vînt comme les autres femmes d’Israël offrir le sacrifice de purification pour la naissance du Fils qui devait être présenté au temple comme le fils de Marie, épouse de Joseph. Ainsi, la souveraine Sagesse aime à montrer que ses pensées ne sont point nos pensées, à déconcerter nos faibles conceptions en attendant le jour où elle déchire les voiles et se montre à découvert à nos yeux éblouis. La volonté divine fut chère à Marie, en cette circonstance comme en toutes les autres. La Vierge ne pensa point agir contre l’honneur de son fils, ni contre le mérite de sa propre intégrité, en venant chercher une purification extérieure dont elle n’avait nul besoin. Elle fut, au Temple, la servante du Seigneur comme elle l’avait été dans la maison de Nazareth, lors de la visite de l’Ange. Elle obéit à la loi, parce que les apparences la déclaraient sujette à la loi. Son Dieu et son Fils se soumettait au rachat comme le dernier des hommes ; il avait obéi à l’édit d’Auguste pour le dénombrement universel ; il devait « être obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » ; la Mère et l’Enfant s’humilièrent ensemble ; et l’orgueil de l’homme reçut en ce jour une des plus grandes leçons qui lui aient jamais été données.

Extrait de L’Année Liturgique de Dom Guéranger, pour la fête de la Purification.