Dans la traversée de la nuit a fermenté un savoir plus haut que toutes les connaissances. L’écriture des Exercices spirituels peut prendre la place des confessions. Ce qu’a appris Inigo, on le retrouve dans l’œuvre de Simone Weil : on ne se rend pas libre par un effort de volonté mais au contraire par la passivité, l’abandon à l’amour de Dieu. Le renoncement au monde libère de la soumission sociale, il en est l’inverse, le contraire de l’apathie, de la résignation à la pesanteur, de la démission. J’ai cherché dans la littérature un livre qui pourrait ressembler à celui-ci, je n’en ai trouvé aucun. Le récit captive autant qu’un roman mais reste exempt de toute trace fictionnelle, c’est pourquoi le mot portrait convient. François Sureau imagine mais n’invente rien, il revit l’expérience ignacienne avec ses propres mots à une profondeur qui laisse deviner que l’écriture de ce livre fut elle-même une aventure intérieure dont le lecteur ne saura rien. Ce livre est l’exacte antithèse du prix Goncourt 2010, La carte et le territoire. Le roman de Michel Houellebecq n’est qu’un bon, voire un excellent livre (du «haut journalisme», me souffle Pascal Adam), Inigo est un beau livre. Sa beauté répond à cette haute conception de la littérature que formule Cristina Campo : «Le concept d’actualité remplacé par le concept de présence, avec toutes les responsabilités qu’il implique. Présence signifie attention, unique voie pour réaliser et se réaliser. Mot discret qui en implique d’autres : tous ceux, peut-être, qui conservent une signification».
Et on trouvera ici une (longue) interview de l'auteur.