C’est en méditant sur l’Église déjà au sein de sa vie anglicane que Newman a été conduit à découvrir que la plénitude de la Tradition était conservée non dans l’Église d’Angleterre, moyennant quelques réformes comme il l’avait pensé au départ, mais dans la seule Église de Rome. (Luc Perrin.)
Vous ne pouvez mieux dire. L’instrument par excellence de la grâce divine dans la conversion de Newman fut bien la Tradition, et en particulier les Pères de l’Église qui en sont les témoins irremplaçables :Personne n’a mieux compris la place qu’ils tiennent dans sa structure doctrinale, que le Cardinal Newman au siècle dernier ; personne n’a exprimé avec plus de finesse et de conviction, l’influence lumineuse et apaisante que leur lecture peut exercer sur une âme sincèrement éprise de vérité. L’Apologia, où il a raconté sa conversion, est un plaidoyer magnifique en leur faveur. C’est le désir d’approfondir la doctrine authentique de l’Église primitive sur la Sainte Trinité, qui l’amena à les feuilleter, et bien vite il fut empoigné par la « douce musique », la « tendre lumière » – ainsi qu’il le dit lui-même – dont leur lecture, enveloppait son âme. Alors, il s’attela à leur étude avec une vraie passion, comptant bien trouver chez eux la justification de la théologie anglicane : mais voici qu’au contraire, une évidence peu à peu s’imposait à lui. Manifestement, indubitablement, l’Église où se retrouvait la doctrine des Pères était celle de Rome. Toutes les croyances, toutes les dévotions que les protestants reprochaient au catholicisme comme des innovations sans fondement scripturaire, des corruptions de la foi initiale : la Présence réelle, le culte de la Vierge et des Saints, la vie religieuse, la primauté du successeur de Pierre, etc. tout cela se trouvait en germe chez ces témoins irrécusables de la foi primitive ; tout cela n’était que le développement logique et harmonieux du christianisme originel. Alors, loyal avec lui-même, incapable d’observer désormais une pratique religieuse qui n’était plus en accord avec sa foi, Newman, le 9 octobre 1845, abjurait le protestantisme et rejoignait – ce sont ses propres paroles – « l’unique troupeau du Rédempteur ».
Dom Jean de Monléon o.s.b., Itinéraires n° 85, juillet-août 1964.