Le Credo de facto de beaucoup de catholiques.
Scrutator Sapientiæ - 2011-01-24 22:43:35
Le Credo de facto de beaucoup de catholiques.
Bonsoir Jean-Paul,
En ce qui concerne l'Eglise,
- le Credo de jure des catholiques est bien celui que vous venez de rappeler :
Nous croyons en l'Eglise "une, sainte, catholique et apostolique".
mais
- le Credo de facto de beaucoup de catholiques est, je le crois, compte tenu de certaines lectures et de certaines rencontres, celui que je vais préciser à présent :
Nous croyons en l'Eglise "adogmatique, oecuméniste, eudémoniste, herméneutique".
Adogmatique : ils ont une foi adulte, ils ont été libérés, mais par quoi donc, de certitudes aliénantes, arrogantes, aveuglantes, ils n'ont donc plus besoin de dogmes, même si cette profession de foi paradoxale constitue, de par l'importance qu'ils lui accordent, une forme de dogme vide ; c'est la foi du sujet croyant qui ne veut pas se référer à un objet à croire, connaissable, compréhensible, communicable, situé en amont et en surplomb, par rapport à sa sacro-sainte conscience.
Oecuméniste : pour eux, c'est bien simple, plus on est communautairement, confessionnellement, argumentairement ou identitairement catholique, et moins on est chrétien ; a contrario, c'est bien connu, les non catholiques, surtout les protestants, sont probablement plus proches que nous de l'Eglise qu'a vraiment voulu le Christ, puisqu'ils ont un rapport à l'autorité, à la discipline, à la hiérarchie, à la liturgie, aux sacrements, etc, plus authentique car moins impersonnel, moins légaliste, moins ritualiste...
Eudémoniste : pour eux, le Christ ne s'est pas incarné ni sacrifié pour le salut des âmes, mais pour le bonheur de l'homme ; ce qui est vraiment chrétien, c'est la prise de conscience du fait que le christianisme n'a plus à être un pôle de radicalité sanctifiante dans le Christ, mais a à devenir un pôle de relativité fédératrice, si possible, dans le Christ, si nécessaire, sans le Christ.
Herméneutique : dans mon esprit, herméneutique s'oppose ici à catégorique ; le catholique d'hier croyait qu'il devait être catégorique, celui d'aujourd'hui sait qu'il peut être herméneutique, répondre, au contact d'une objection dérangeante, que tout est question d'interprétation, ou bien tenter de s'en sortir par un raisonnement qui tient du syllogisme : "vous dites que vous reconnaissez la présence de la véritable liberté religieuse, dans le Christ, or, le Christ est présent en tout homme, donc, vous reconnaissez la présence la véritable liberté religieuse en tout homme", ce qui revient à oublier, en un sens, que c'est en puissance, et non en acte, que le Christ est présent en tout homme.
PS : Il va de soi que je ne pense pas particulièrement à Benoît XVI, quand je recours, dans le contexte de ce message, à cette notion : "l'herméneutique", d'autant plus que je suis de ceux qui pensent que l'herméneutique du renouveau dans la continuité est apparue chez Paul VI, notamment dans ses audiences générales, dès l'amont immédiat ou au moment de la clôture du Concile (cf l'ouvrage "Demeurez fermes dans la Foi", paru en 1967, mais qui reprend des discours antérieurs à 1967).
Bonne soirée, bon début de semaine, et au plaisir de vous relire.
Scrutator.