(...) Quarante-cinq ans après le Concile, Mgr Fellay, successeur de Mgr Lefebvre, propose encore au pape Benoît XVI de procéder à « des échanges », exactement comme Mgr Lefebvre “ dialoguait ” avec le cardinal Ratzinger en 1987 au lieu de réfuter puissamment et refuser absolument l’hérésie du Concile sans esprit de recul. Chose facile : il n’avait qu’à recopier l’abbé de Nantes ! Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? « Parce que Mgr Lefebvre ne voit qu’une chose, expliquait notre Père en 1987 : j’ai une œuvre et cette œuvre-là, je l’ai créée en sous-main, dans le maquis, dans la résistance, sans avoir l’air de rien, sans protester contre rien, en donnant tort à l’abbé de Nantes qui, lui, s’opposait ouvertement aux hérésies, scandales et schismes du Concile et du Pape. Ainsi, avec la bénédiction apparente du pape Paul VI, mon œuvre a pris de l’ampleur et, à partir d’un certain moment, elle sera trop puissante pour que Rome puisse l’interdire. » Ce mauvais calcul est encore celui de Mgr Fellay. Car il y a le Concile « incontournable », comme dit avec raison Mgr Stenger, évêque de Troyes. Si le Concile est bon, il faut obéir ! S’il est mauvais, il faut dire en quoi. Mais on ne peut pas le “ contourner ” et faire comme s’il n’existait pas. En revanche, lorsque s’est posée la question de la nouvelle Messe, Mgr Lefebvre en a fait son cheval de bataille. En gardant toutes les apparences de rester dans la ligne du Concile, puisque celui-ci avait édicté qu’on respecterait tous les rites (Sacrosanctum Concilium n° 4). Mais Paul VI ne s’en est pas laissé conter. En 1975, il décida de fermer Écône où se dressait une Église traditionnelle en face de l’Église romaine, hors de la discipline romaine, comme si le Concile n’avait pas existé. C’est alors que notre Père a titré un éditorial : “ Frappe à la Tête ! ” (CRC n° 89, février 1975). « Alors demeure l’ultime remède, l’héroïque, le seul que craigne Celui qui a sciemment et opiniâtrement inverti le sens de sa mission divine et apostolique. Il faut qu’un évêque, lui aussi successeur des Apôtres, membre de l’Église enseignante, collègue de l’Évêque de Rome et comme lui ordonné au bien commun de l’Église, rompe sa communion avec lui tant qu’il n’aura pas fait la preuve de sa fidélité aux charges de son suprême pontificat. Mgr Lefebvre, tout à son illusoire idée de ne point déplaire au Pape, a répondu dans une lettre ouverte : « Sachez, Monsieur l’Abbé, que si un évêque rompt avec Rome, ce ne sera pas moi ! » Il n’en continua pas moins à exercer son ministère en rupture réelle avec Rome : « Puisqu’il y a une Église moderniste, disait-il, il nous faut sauver l’Église catholique et continuer nos œuvres malgré l’interdiction du Pape. » Dix ans plus tard, l’abbé de Nantes expliquait dans une conférence à la maison Saint-Joseph, lors du Congrès annuel de la CRC : « Mgr Lefebvre a tellement tort qu’il ne peut plus revenir en arrière. Les gens qu’il a faits prêtres sans rien demander à personne, à l’encontre de la volonté du Pape, ne demandent plus qu’une chose : que Mgr Lefebvre sacre des évêques parmi eux, pour pouvoir continuer après sa mort. » Et c’est ce qui est arrivé l’année suivante : le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre ordonnait quatre évêques à Écône, encourant, du fait même, une excommunication “ latæ sententiæ ”, rendue publique le 1er juillet de la même année. En révoquant l’excommunication, le pape Benoît XVI n’a pas assaini la situation d’anarchie canonique dans laquelle se trouve la Fraternité. Les prêtres ordonnés par les quatre évêques demeurent suspens, les absolutions qu’ils distribuent sont invalides, les mariages qu’ils bénissent, aussi. Que faudrait-il faire ? Ce que l’abbé de Nantes demandait à Mgr Lefebvre en 1987 : « Qu’il se mette à genoux, qu’il demande pardon, qu’il dise : “ Depuis quinze ans [1972-1987], j’ai complètement erré, je suis vraiment schismatique, mais il faut avouer que je le suis parce que vous m’avez poussé à bout avec vos hérésies. ” » Il aurait fallu – mais il n’est jamais trop tard pour bien faire – que Mgr Fellay et ses trois confrères se jettent aux pieds du Saint-Père pour lui demander pardon d’avoir criminellement méprisé son autorité souveraine en multipliant les actes schismatiques pendant vingt ans. Et le supplier d’y porter remède en jugeant infailliblement les graves accusations portées contre lui-même et ses prédécesseurs qui ont empoisonné le monde avec leurs hérésies odieuses à Dieu ! « Très Saint-Père, nous avons eu tort, grand tort, de vous désobéir, et de nous attribuer une juridiction que nous ne tenions pas de vous, Vicaire de Jésus-Christ. « Puisque vous avez miséricordieusement levé l’excommunication qui sanctionnait notre désobéissance, nous prenons la liberté de vous dire, en qualité de fils de l’Église à part entière, que le concile Vatican II et l’enseignement de vos prédécesseurs Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II sont gravement erronés. « Ils sont entachés d’idolâtrie de l’homme et du monde, d’illuminisme et de modernisme. La liberté religieuse proclamée dans la déclaration Dignitatis humanæ est une hérésie unanimement condamnée par le Magistère ordinaire, infaillible, de l’Église ; elle conduit à la réhabilitation de Luther, explicitement formulée par Votre Sainteté dans une récente catéchèse du mercredi, mais déjà implicite dans le décret Unitatis redintegratio (21 novembre 1964), sur l’œcuménisme. Elle conduit également à la promotion de toutes les fausses religions (Nostra ætate, 28 octobre 1965). « La rupture de tradition est ici patente et, à vous parler franchement, Très Saint Père, nous avons peine à vous croire sincère lorsque vous la niez. Ou alors, il vous faut rétracter l’affirmation selon laquelle Gaudium et spes est « l’anti-Syllabus », comme vous l’avez vous-même écrit : “ Le texte joue le rôle d’un contre-Syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Église avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789. ” (cardinal Joseph Ratzinger, Les principes de la théologie catholique, Téqui 1982, p. 427). Le cardinal Ratzinger identifiait donc Gaudium et spes avec la dernière proposition (condamnée) du Syllabus ! « Très Saint Père, il faut que Benoît XVI, légitime successeur de saint Pierre, juge infailliblement entre Pie IX et le cardinal Ratzinger. Sans cet acte de votre Magistère souverain, notre devoir est de rompre notre communion avec Vous pour le seul motif que le droit de l’Église tienne pour légitime et que Dieu bénisse : la défense du dépôt de la foi. » Frère Bruno de Jésus
Puisque l'abbé de Nantes ne doit pas être cité ...