La Bastille à l'Arsenal
Amos -  2011-01-15 13:20:51

La Bastille à l'Arsenal

L'on arrive à l'adresse officielle du site de l'exposition, 1, rue Sully, où l'on lit sur un papier collé sur la porte : "Pour l'exposition c'est au NUMERO 3 à droite", pas de doute, on est bien en France, allons au numéro 3, à trois cents mètres vu la longueur de la bibliothèque de l'Arsenal, l'entrée est sécurisée, un panneau à côté de la porte ouverte précise qu'il faut sonner et attendre, on entre donc sans sonner ni attendre, un garde débonnaire nous accueille d'un sourire sans plus de formalités, on est bien en France où le règlement est appliqué avec discernement et sans exagération germanique inutile, rentrons. Un bel escalier de l'ancien temps mène à l'exposition, juste à droite les deux petites portes des cabinets, une pour les dames, une pour les hommes, celle des hommes est fermée, j'essaye celle des dames, fermée aussi, j'attends peu, la porte des hommes s'ouvre, et une dame en sort que je regarde sévèrement, confuse et gênée elle bafouille que "comme il n'y avait personne n'est-ce pas...", je transforme ma sévèrité facétieuse en large sourire et la rassure en l'assurant que j'en fais exactement autant, elle a l'air soulagé, ainsi que moi également en sortant, montons. En gravissant les degrés de l'escalier l'on est charmé du son d'un ravissant carillon, arrivant sur le palier on lit qu'il s'agit du carillon de la Bastille, récupéré et entretenu dans un musée, et dont on entend en fait le charmant enregistrement de ce qui égrenait les douces heures de la résidence secondaire de certaines célébrités d'époque. L'exposition se situe dans une enfilade de pièces en galeries, le lieu a gardé tout son charme, ici rien n'a été refait au goût du jour, tout a été laissé en l'état, l'on dirait que le temps n'a pas eu de prise, rien n'a été saccagé, peinturluré à la mode d'aujourd'hui, l'endroit, sombre, discret, semble comme hors du temps, le visiteur aura une idée de ce que furent les intérieurs des monuments français avant qu'ils ne soient refaits, ou plutôt défaits, pénétrons. Une maquette de la Bastille ouvre le parcours carcéral, le bâtiment, il faut en convenir n'est guère riant, la maquette a été réalisée à l'époque dans l'un des blocs de pierre de la Bastille par l'entrepreneur chargé de la démanteler, quelques instruments de cuisine en fer rouillé sont présentés comme des instruments de torture, il est précisé que l'on ne sait pas comment cela fonctionnait et que l'usage en était tombé depuis longtemps en désuétude dans cette prison au XVIIIe siècle, siècle phare de l'exposition, mais pas seulement, des gravures plus ou moins amusantes tentent d'égayer l'austère décoration... poursuivons. La galerie des tableaux commence, l'on est frappé de l'air aimable des gouverneurs de la forteresse, le dernier particulièrement, dont il est précisé qu'il était méprisé du personnel pour sa bonté et des prisonniers pour sa naïveté, on laisse entendre qu'il aurait déjà un peu perdu la tête avant même la Révolution qui devait ficher celle-ci au bout d'une pique, continuons. Les tableaux des condamnés contrastent fortement avec cette douceur française qui faisait tout le charme de l'ancien temps, c'est un peu la galerie des horreurs, ce ne sont que portraits de fous, maniaques, déments, criminels, empoisonneuses, fanatiques, hérétiques, et autres sadiques, tous sont passés par la Bastille, jansénistes des villes et des champs, quiétistes inquiets, convulsionnaires hystériques, toute une galerie monstrueuse dont la vue finit par épouvanter davantage que celle de leurs cachots, passons. L'on s'arrête devant une curieuse vitrine sous laquelle un assortiment de petits couteaux en canifs est disposé, c'est la vitrine de la famille Damiens qui fut obligé de changer de nom, il est précisé que c'est le Parlement de Paris qui imposa au Roi le procès de Damiens pour régicide ainsi que sa désastreuse exécution dont les effets furent plus néfastes que bénéfiques sur l'opinion et la royauté, nous est-il assuré, au vu des détails on veut bien le croire, finissons. On repart songeur, saisi entre le contraste de l'esprit studieux des lieux et la galerie de fous qui peuplent l'exposition, entre le charme d'un lieu au temps révolu et l'horreur de la Révolution, sortons. Tiens, il pleut, comme les pavés mouillés de Paris sont jolis la nuit, l'on passera par l'Hôtel de Sully en remontant la rue du Faubourg Saint Antoine, et aussi par la sublime église Saint Paul-Saint Louis, ce bijou caché derrière une façade noirâtre rongée par le temps et où prêcha Bourdaloue qu'allait entendre Madame de Sévigné dont l'Hôtel est non loin, mais il n'est plus temps, voici le métro Saint Paul, rentrons. Retrouvons notre sainte colline, juste un petit peu plus près du ciel, ouvrons la fenêtre et une bière, il est temps d'amuser et d'égayer les liseurs, écrivons. jusqu'au 13 février 2011, du mardi au dimanche de 12h à 19h, entrée libre BnF - Exposition - La Bastille ou "l’enfer des vivants"