tentative d'expliquer
Luc Perrin -  2011-01-15 11:05:41

tentative d'expliquer

cher Armaguedon, comme vous l'aurez peut-être lu, je trouve pour ma part regrettable - par principe - cette accélération des procédures. Il me semble, si on veut chercher une explication, qu'il y avait une pression bien manifestée par les cris de "santo subito". En freinant 5 ans, Rome a dû penser avoir résisté suffisamment. Je pense que cette vague accélérée de béatifications rencontre d'une part l'inflation décidée par Jean-Paul II lui-même - en dehors du cas des papes - et d'autre part est une sorte de compensation symbolique pour les papes du XXe siècle : point d'orgue pour les décisions de Pie XII des années 1950 du mouvement ultramontain et de la culture de romanité poussée ; sorte de renfort spirituel pour les papes fragilisés depuis 50 ans. On voit bien la tentation de sacraliser tous les actes et les "images" liées à un pontificat qui accompagne chez les gens cette procédure. Des groupes qui ont poussé la procédure pour Jean XXIII ne cachaient le désir de sanctifier une lecture, largement légendaire, du pontificat roncallien comme "révolutionnaire". Son dossier fut quand même instruit pendant 35 ans en dépit d'une popularité mondiale dans les media à sa mort. On ne perdra pas de vue la diplomatie romaine : Paul VI avait ouvert les procès de Pie XII et Jean XXIII simultanément pour souligner son rejet de ce qui s'esquissait déjà en 1965 et pas encore nommé "herméneutique de rupture". De même Jean-Paul II a opté pour béatifier ensemble Pie IX et Jean XXIII, souci évident de continuité. Après avoir avancé Pie XII au rang de Vénérable, Benoît XVI découple et choisit de ratifier Jean-Paul II. Le "binome" sera-t-il simplement décalé dans le temps ? Ce ne sont que quelques hypothèses, en rappelant que Joseph Ratzinger fut très étroitement associé au pontificat wojtylien : ce point pèse sûrement sur l'accélération choisie. Il n'y a pas eu par ailleurs une énorme machine polémique pour freiner le procès même si les zones d'ombre ont commencé à apparaître au niveau médiatique mondial l'an passé (gestion romaine des affaires de pédophilie, cas Maciel) : toutefois cela a d'abord été utilisé pour faire de Benoît XVI une cible, en épargnant relativement la figure du pape qui décidait.