Les prélats ratzinguériens n'iront pas à Assise
La mouche du coche -  2011-01-14 11:13:23

Les prélats ratzinguériens n'iront pas à Assise

Par Sandro Magister Un nouveau Syllabus pour le XXIe siècle C'est-à-dire un document condamnant les erreurs d'interprétation du concile Vatican II. C'est un évêque du Kazakhstan qui l'a demandé lors d'un colloque à Rome avec d'autres évêques et cardinaux. Et l'annonce par Benoît XVI d'une nouvelle rencontre interreligieuse à Assise suscite également des réactions ROME, le 14 janvier 2011 – L’annonce par Benoît XVI, à l’issue de l’Angélus du 1er janvier, de son déplacement à Assise en octobre prochain pour une nouvelle rencontre interreligieuse pour la paix, a ranimé les controverses à propos de ce que l’on appelle "l’esprit d’Assise" mais également à propos du concile Vatican II et de l’après-concile. Le professeur Roberto de Mattei – qui a publié récemment une réécriture de l’histoire du concile qui culmine en une demande adressée à Benoît XVI de promouvoir "un nouvel examen" des documents conciliaires afin de dissiper le soupçon qu’ils aient rompu avec la doctrine traditionnelle de l’Église – a signé, avec d’autres personnalités catholiques, un appel au pape pour que la nouvelle rencontre d’Assise "ne rallume pas les confusions syncrétistes" de la première, qui avait eu lieu le 27 octobre 1986 dans la ville de saint François, à l’instigation de Jean-Paul II. En effet, en 1986, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger ne s’était pas rendu à cette première rencontre, qu’il avait critiquée. En revanche il participa à une rencontre semblable qui eut également lieu à Assise, le 24 janvier 2002, et à laquelle il adhéra "in extremis" après s’être assuré que les équivoques de la précédente n’y seraient pas renouvelées. La principale équivoque alimentée par la rencontre d’Assise en 1986 a été que celle-ci mettait toutes les religions au même niveau en tant que sources de salut pour l'humanité. En 2000, la congrégation pour la doctrine de la foi publia contre cette équivoque la déclaration "Dominus Jesus", pour réaffirmer que tout homme n’a pas d’autre sauveur que Jésus. Mais, en tant que pape, Ratzinger a également formulé une nouvelle mise en garde contre les confusions. Dans un message adressé à l’évêque d’Assise le 2 septembre 2006, il écrivait ceci : "Pour ne pas se méprendre sur le sens de ce que Jean-Paul II a voulu réaliser en 1986 et que l’on appelle habituellement, en reprenant l'une de ses expressions, 'l’esprit d'Assise', il est important de ne pas oublier combien on a alors été attentif à ce que la rencontre interreligieuse de prière ne se prête à aucune interprétation syncrétiste, fondée sur une conception relativiste. [...] C'est pourquoi, même lorsque l'on se réunit afin de prier pour la paix, il faut que la prière se déroule selon les chemins distincts propres aux diverses religions. Tel fut le choix de 1986 et ce choix ne peut manquer d’être valable aujourd'hui encore. La convergence des différences ne doit pas donner l'impression que l’on cède au relativisme qui nie le sens même de la vérité et la possibilité d'y puiser". Et, en visite à Assise le 17 juin 2007, le pape a déclaré dans son homélie : "Le choix d’organiser cette rencontre à Assise a été dicté précisément par le témoignage de François comme homme de paix, lui que beaucoup de gens regardent avec sympathie même si leurs positions culturelles et religieuses sont différentes. En même temps, la lumière jetée par le 'Poverello' sur cette initiative était une garantie d’authenticité chrétienne, parce que sa vie et son message reposent si visiblement sur le choix du Christ qu’ils repoussent a priori toute tentation d’indifférentisme religieux, qui n’aurait rien à voir avec l’authentique dialogue interreligieux. [...] Il ne serait ni évangélique ni franciscain de ne pas réussir à associer l’accueil, le dialogue et le respect de tous avec la certitude de la foi que tout chrétien, comme le saint d’Assise, est tenu de pratiquer, en annonçant le Christ comme le chemin, la vérité et la vie de l’homme et comme l’unique sauveur du monde". Pour en revenir à la controverse relative au concile Vatican II, il faut signaler un important colloque qui a eu lieu du 16 au 18 décembre dernier à Rome, à quelques pas de la basilique Saint-Pierre, "pour une herméneutique correcte du concile à la lumière de la Tradition de l’Église". Ce qui était soumis au jugement critique des orateurs, c’était surtout la nature "pastorale" de Vatican II et les abus qui ont été commis en son nom. Parmi les orateurs figuraient le professeur de Mattei et le théologien Brunero Gherardini, 85 ans, chanoine de la basilique Saint-Pierre, professeur émérite de l’Université Pontificale du Latran et directeur de la revue de théologie thomiste "Divinitas". Gherardini est l’auteur d’un livre consacré au concile Vatican II qui se conclut par une "Supplique au Saint Père" demandant à celui-ci de soumettre les documents du concile à un réexamen, pour décider une fois pour toutes "si, en quel sens et jusqu’à quel point" Vatican II est ou non dans la continuité du précédent magistère de l’Église. Ce livre de Gherardini est préfacé par Albert Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo et ancien secrétaire de la congrégation vaticane pour le culte divin, créé cardinal au consistoire du mois de novembre dernier. Ranjith est l’un des deux évêques auxquels www.chiesa a consacré récemment un article intitulé : > Les meilleurs élèves de Ratzinger sont au Sri Lanka et au Kazakhstan Le second de ces deux évêques, Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Karaganda, était présent en tant qu’orateur au colloque organisé à Rome du 16 au 18 décembre. On trouvera ci-dessous la partie finale de sa conférence. En conclusion, il demande au pape deux remèdes contre les abus de l’après-concile : d’une part la publication d’un "Syllabus" contre les erreurs doctrinales d’interprétation de Vatican II et d’autre part la nomination d’évêques "saints, courageux et profondément enracinés dans la tradition de l’Église". Des cardinaux, des dirigeants de la curie et des théologiens de haut niveau étaient là pour écouter Schneider. Nous nous contenterons d’indiquer que le cardinal Velasio de Paolis, l'archevêque Agostino Marchetto, l’évêque Luigi Negri et Mgr Florian Kolfhaus de la secrétairerie d’état du Vatican figuraient au nombre des orateurs. L’auditoire comprenait un groupe nombreux de Franciscains de l'Immaculée, jeune congrégation religieuse - née dans le sillage de saint François, riche en vocations et d’orientation résolument orthodoxe, aux antipodes de "l’esprit d’Assise" - qui était l’organisatrice du colloque.