"La meilleure condition de la société est celle où l'on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par la sanction des peines les violateurs de la religion catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande."
"La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme."
"Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien constituée."
Puisque Pie IX condamne ces propositions, et donc affirme que l'on ne peut pas soutenir qu'il s'agisse là du meilleur régime possible, a fortiori, toujours dans la logique de "Quanta cura", ce même régime ne peut en aucune façon être considéré (ainsi que le fait DH) comme le seul régime possible absolument. La contradiction entre QC et DH est donc flagrante (mais elle n'est évidemment pas là où vous le dites). Et ce n'est d'ailleurs une surprise pour personne car il est notoire que l'Eglise a toujours reconnu aux Etats catholiques le droit d'interdire l'exercice public des fausses religions, c'est-à-dire des religions autres que la religion catholique. Un exemple récent et bien connu est celui de la loi fondamentale de l'Etat espagnol - Fueros de los Españoles - promulguée le 17 juillet 1945 art. 6 § 1 :"La profession et la pratique de la Religion Catholique, qui est celle de l'Etat Espagnol, jouiront de la protection officielle."
art. 6 § 2 :"Personne ne sera inquiété pour ses croyances religieuses, ni pour l'exercice privé de son culte. Il ne sera pas permis d'autres cérémonies, ni d'autres manifestations extérieures que celles de la Religion Catholique."
Dispositions approuvées par le Saint-Siège, notamment lors de la conclusion du Concordat du 7 août 1953. Concernant ces mêmes dispositions de la loi fondamentale espagnole, le Cardinal Ottaviani déclarait :"Venons-en maintenant à une question pratique, qu’en langage du jour nous pourrions dire « brûlante » : à savoir celle d’un Etat catholique et des conséquences qui s’ensuivent vis-à-vis des cultes non catholiques. "Tout le monde sait que dans certains pays dont la population est catholique en majorité absolue, la religion catholique, dans leurs Constitutions respectives, a été proclamée religion d’Etat. Je citerai, à titre d’exemple, le cas le plus typique, celui de l’Espagne. "Dans le Fuero de los Españoles, la charte fondamentale des droits et des devoirs du citoyen espagnol, à l’article 6, il est établi ce qui suit : « La profession et la pratique de la religion catholique, qui est la religion de l’Etat espagnol, jouiront de la protection officielle. Personne ne sera inquiété ni pour ses croyances religieuses, ni dans l’exercice privé de son culte. Ne seront permises ni cérémonies ni manifestations extérieures autres que celles de la religion de l’Etat ». "Ces positions ont soulevé les protestations de nombreux non-catholiques et incroyants ; mais, ce qui est déplaisant, c’est qu’elles aient été considérées comme anachroniques même par certains catholiques qui veulent penser que l’Eglise peut trouver un mode de vie pacifique avec la pleine possession de ses droits dans un Etat laïque ne comprenant pourtant que des catholiques." Cardinal Ottaviani, pro-secrétaire du Saint-Office, Discours à l'Athénée Pontifical du Latran, le 3 mars 1953.
Non seulement il est clair que le Cardinal Ottaviani considère favorablement le régime espagnol qui en matière religieuse interdit les "cérémonies" et "manifestations extérieures" autres que catholiques, mais il blâme les catholiques qui regardent ces dispositions comme "anachroniques" (voilà une pierre dans le jardin du sieur Luc Perrin). Contre Luc Perrin, il n'est nullement anachronique que l'Etat catholique interdise l'exercice public des cultes autres que le culte catholique. Et surtout contre Vatican II, l'Etat catholique peut interdire l'exercice public des cultes autres que le culte catholique. Ce faisant, l'Etat catholique ne se contente pas d'interdire conjoncturellement l'exercice des cultes autre que le culte catholique en tant que l'exercice desdits cultes lèserait l'"ordre public juste" (ce que DH permet de concéder)... ... non, ce faisant, l'Etat catholique érige en principe que les cultes non catholiques ne peuvent s'exercer publiquement, là où DH demande à tous les Etats (y compris les Etats catholiques) de garantir l'exercice public de tous les cultes (donc des cultes autres que le culte catholique) :"Si, en raison des circonstances particulières dans lesquelles se trouvent des peuples, une reconnaissance civile spéciale est accordée dans l'ordre juridique de la cité à une communauté religieuse donnée, il est nécessaire qu'en même temps, pour tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le droit à la liberté en matière religieuse soit reconnu et respecté." DH, n°6, § 3
Force est de constater que DH s'oppose à Quanta Cura ainsi qu'à la législation et à la pratique des (défunts) Etats catholiques, législation et pratique encouragées et même urgées par l'Eglise catholique au cours des siècles (de Théodose à Franco, pourrait-on dire). C'est donc bien d'une grave rupture qu'il s'agit : en ce domaine comme en d'autres...