sur votre analyse personnelle
Luc Perrin - 2011-01-05 12:21:15
sur votre analyse personnelle
qui s'éloigne du texte commenté et tente de lui donner un contenu moins rhétorique et un peu plus pratique (ce dont je vous sais gré).
1. Pour l'instant le "laïcisme laïcard" a le vent en poupe non seulement en France (lois du voile) mais aussi au sein de l'U.E. où il vise plutôt les symboles chrétiens (lutte anti-crucifix), la sécularisation accélérée de la Belgique en décomposition etc.
La poussée d'islamisme se traduit par une revitalisation dudit laïcisme.
2. La lutte des laïques contre les catholiques au XIX-XXe a été bien plus violente que les mesurettes prises jusqu'à présent au sein de l'U.E. : on n'a pas expulsé des milliers d'imams et responsables de mosquées, on n'a pas dissout des associations par centaines, confisqué des biens en masse. Rien de comparable, même de loin, avec ce que le catholicisme a enduré de la part du "laïcisme laïcard".
Avant de dire que ce laïcisme brutal n'a pas d'effet, il faudrait en avoir l'expérience sur l'islam européen (je ne cautionne aucunement cela mais j'expose le raisonnement).
3. reste votre proposition : "un état qui met en avant notre civilisation chrétienne (sans être obligatoirement, je le pense, un état confessionnel)" (Emmanuel)
Intéressante en soi mais techniquement comment faire - en supposant que vous ayiez une majorité en France et dans l'U.E. pour l'établir ?
Ce n'est pas simple !
- La discrimination sur base religieuse à la façon du bill du Test anglais du XVIIe pour l'accès aux fonctions publiques diverses qui excluait sélectivement les catholiques ? C'est juridiquement impensable et supposerait d'avoir fait voler en éclat au préalable tout l'ordre juridique européen.
- La voie russe qui distingue des "religions historiques" en leur accordant des faveurs refusées aux nouvelles venues (dans la loi russe cependant, et pour cause, l'islam compte parmi les cultes historiques mais pas le catholicisme et les protestants).
Appliquée en France, cela s'appelle le ... système concordataire alsacien-mosellan.
Toutefois ce système ne fait, au mieux, que freiner la sécularisation même s'il est pour les cultes reconnus plus satisfaisant. [on est toujours hors Syllabus au passage]. Il n'empêche pas le développement de l'islam radical en soi.
En pratique l'islam en France "de l'intérieur", comme on dit en Alsace, est dans un régime qui se rapproche du régime russe sans le nom. Les anciens cultes reconnus (catholicisme, luthéro-réformés, israélites) jouissent d'avantages de fait liés à leur position historique par rapport à tous les cultes qui n'étaient pas couverts par le système concordataire. La tendance légale depuis 10 ans au moins a plutôt été de réduire ces distortions au profit de l'islam passé 2è religion de France devant les protestants.
Rompre avec cette évolution ne se ferait pas sans heurt. Est-ce la solution au demeurant ?
Car in fine, si l'on écarte - comme le demandent instamment les textes pontificaux post-conciliaires et les conférences épiscopales - le "laïcisme laïcard" qu'est-ce qui empêche les chrétiens de répondre à la pression de l'islam en Europe par la voie ... religieuse ?
Le meilleur allié de l'islamisme n'est-il pas le néo-catholicisme libéral (cf. l'affaire de Carcassonne et autres) ? L'affadissement néo-moderniste de la Bonne Nouvelle ? La recherche constante d'un compromis sur les valeurs avec le loup libéral ? Des pensées "interreligieuses" qui gomment la spécificité chrétienne et vont contre la lettre de Nostra aetate, sans "prudence" dans des gestes difficiles à comprendre par le plus grand nombre dans leur orthodoxie doctrinale ? Même Nostra aetate exige des chrétiens une action apostolique dans les relations interreligieuses :"tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes" (n°2).
Une Église loisyste unie à l'État ne constituerait en rien une réponse à la vague islamisante.
Scrutons moins le statut juridique "idéal" qui tient plus de la quadrature du cercle que d'autre chose et tâchons d'évacuer de nos "pastorales" ce néo-catholicisme fade pour que le sel chrétien ne perde pas tout son goût et sa capacité de rayonnement.
Catéchisons plus et mieux, enseignons Dominus Iesus par exemple en préparation d'Assise III.