"les bienfaits d'Assise ne sont plus à démontrer" (Amos) ?
Luc Perrin -  2011-01-04 12:14:38

"les bienfaits d'Assise ne sont plus à démontrer" (Amos) ?

Si justement votre axiome n'est en rien vérifié et voyons un peu l'exemple que vous nous donnez, un contre-exemple en vérité qui montre l'échec total d'Assise I et II. Sans doute ne connaissez-vous pas bien l'histoire récente de l'Irak pour vous faire écrire cette énormité providentialiste qui serait comique si la situation n'était pas si tragique. On croirait entendre Georges W Bush s'exclamer que la mission était accomplie en 2003. "la surnaturelle protection d'Assise, portée par la sainteté de Jean-Paul II" (Amos, SIC) ? Après la 1ère guerre du Golfe, la misère et la répression se sont abattues sur la population irakienne toutes religions confondues pendant une décennie. Le parti baas de Saddam s'est précisément islamisé pour tenter de retrouver une légitimité et la condition des chrétiens d'Irak a commencé à se dégrader fortement, posant les bases de la persécution actuelle. Assise II (2002) n'a évidemment eu aucun effet en Irak pourtant sous contrôle américain depuis 2003 : le pape dans le texte que vous citez l'écrit en premier "Je pense en particulier à la chère terre d’Irak qui, dans sa marche vers une stabilité et une réconciliation tant souhaitées, continue à être une scène de violences et d’attentats. Viennent à la mémoire les récentes souffrances de la communauté chrétienne, et tout particulièrement le lâche attentat contre la cathédrale syro-catholique Notre-Dame du Perpétuel Secours, à Bagdad, où, le 31 octobre dernier, deux prêtres et plus de cinquante fidèles ont été tués, alors qu’ils étaient réunis pour la célébration de la sainte Messe. Et il y eut d’autres attaques les jours suivants, aussi contre des habitations privées, suscitant la peur au sein de la communauté chrétienne et le désir, chez beaucoup de ses membres, d’émigrer pour aller chercher de meilleures conditions de vie" (Benoît XVI, message pour la paix 2010). Pour la "surnaturelle protection d'Assise" (reSIC), voyez ce qu'écrit encore Benoît XVI dans le même texte qui est un simple constat : "Les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi. Beaucoup subissent des offenses quotidiennes et vivent souvent dans la peur à cause de leur recherche de la vérité, de leur foi en Jésus Christ et de leur appel sincère afin que soit reconnue la liberté religieuse." La situation était-elle moins dure envers les chrétiens avant 1986 ? Le durcissement des relations entre chrétiens juifs et musulmans en Afrique et au Proche Orient accompagne Assise, sans lien de cause à effet je vous l'accorde. Les attaques de plus en plus dures contre les chrétiens du sous-continent indien augmentent depuis Assise. La "surnaturelle protection d'Assise" n'existe pas et n'a jamais existé. C'est bien dommage mais c'est ainsi. Quant à la liberté religieuse, là encore l'ambiguïté des formules générales montre ses étroites limites. Le pape écrit toujours dans ce Message : - "C’est pourquoi la liberté religieuse doit être comprise non seulement comme une absence de la coercition, mais d’abord comme une capacité d’ordonner ses choix selon la vérité." (n°3) Définition excellente qui oriente vers ... la conversion à la foi catholique. Est-ce possible à Assise ? Pas vraiment sauf dans le secret des consciences et en tout cas, l'objet de la rencontre n'est pas celui-là. - "Elle ne devrait pas rencontrer d’obstacles si elle désire, éventuellement, adhérer à une autre religion ou n’en professer aucune." (n°5) C'est précisément ce qui est nié dans les Déclarations islamistes des droits et la révision de la thèse musulmane sur l'apostasie sera peut-être à l'ordre du jour en octobre 2011 ? Ce serait sûrement une avancée réelle pour les chrétiens d'Orient. Je note qu'Assise I n'a rien changé, au contraire à cet état de fait : la Déclaration islamiste de 1990 reprend les mêmes restrictions à la liberté religieuse telle que pensée de façon catholique par le pape. Bref Assise n'a eu qu'une incidence extrêmement réduite, sur quelques cercles sans représentativité ... en dehors des chrétiens. Les rencontres n'ont pas été un point de départ vers un mouvement de compréhension mutuelle interreligieux réel. Elles ont par contre donné une apparence de caution à des théologies farfelues elles marchant ouvertement au syncrétisme, un mot que feu Bruno Chenu louait hautement... En revanche, les méfaits d'Assise pour la compréhension de la doctrine catholique sont eux bien réels, mesurables dans les sondages, dans les présentations médiatiques qui - au mépris des faits et des explications - font de ces rencontres des événements syncrétistes, une image qui aplanit les difficultés comme un élève qui donne un résultat au problème mathématique mais sans aucun raisonnement pour y parvenir. Rome n'a pas assez considéré les méfaits réels, même si Jean-Paul II a cherché à les éviter au témoignage de plusieurs acteurs comme le cardinal Etchegaray. Espérons qu'Assise III sera plus prudente, mieux pensée, ne nourrira pas les confusions eu égard au résultat prévisible : Assise III appelle une catéchèse poussée de Dominus Iesus (2000). La Déclaration est une tentative d'antidote aux méfaits d'Assise I mais n'a pas été "reçue" en profondeur dans l'Église car peu de baptisés la connaissent et s'en nourrissent. Les méfaits en théologie se poursuivent et s'amplifient par conséquent d'où l'inquiétude légitime de ceux que vous n'aimez pas car ils/elles se soucient de l'intégrité de la foi catholique avant tout bénéfice matériel, a fortiori si celui-ci n'existe même pas. La déclaration conciliaire, trop discrètement, faisait appel à la prudence : "Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux."