C'est un joli marronnier.
Yves Daoudal -  2011-01-02 19:07:15

C'est un joli marronnier.

Et le texte que vous mettez en lien cultive une subtile ambiguïté qui permet de le lire de façon catholique ou de façon hétérodoxe. On peut dire en même temps que le Christ n'a pas fondé de nouvelle religion et qu'il a fondé une nouvelle religion. Ce n'est pas une nouvelle religion dans la mesure où, comme le dit Baskerville, c'est l'accomplissement de la religion d'Israël ("Je ne suis pas venu abolir, mais porter à l'achèvement"). On peut le souligner par le fait que la liturgie catholique (la liturgie latine, en tout cas) est composée à 80 ou 90% (je ne sais pas si quelqu'un a fait le calcul) de textes de la religion hébraïque. Mais c'est une "nouvelle" religion dans la mesure où elle est celle d'un "Nouveau" Testament, de "la nouvelle alliance dans mon sang", du "Nouvel Israël". En ce qui concerne le sacerdoce, le Christ est "prêtre selon l'ordre de Melchisédech", il renvoie donc à un avant le judaïsme, de même que la foi renvoie à Abraham et non à la Loi. Cela est donc à la fois nouveau et très "ancien". Et son Sacrifice ne se comprend pas, néanmoins, sans les sacrifices de l'ancienne Alliance: holocauste, expiation, bouc émissaire, vertu du sang... C'est que le Christ est dans le temps par son incarnation, et donc dans le peuple juif, en même temps qu'il est hors du temps (ce qu'est l'image de Melchisédech). Il a institué un nouveau sacerdoce dans le temps, mais ce sacerdoce est le sacerdoce éternel, celui du sacrifice de l'Agneau immolé depuis la fondation du monde. Chaque messe nous fait participer à la liturgie céleste, à l'autel céleste où les espèces consacrées sont portées par les anges (Supplices te rogamus...), et où notre sacrifice rejoint celui d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech. Ce sacerdoce est donc aussi ancien qu'il est nouveau, parce que c'est le sacerdoce du "Christ souverain et éternel prêtre".