Pas plus qu'on ne peut séparer sa lettre et son esprit.
Scrutator Sapientiæ - 2010-12-24 17:05:33
Pas plus qu'on ne peut séparer sa lettre et son esprit.
Bonjour Ennemond,
Non seulement on ne peut pas séparer le "bon" Concile du "mauvais" après-Concile, un dispositif conciliaire "à peu près" orthodoxe, auquel aurait succédé, accidentellement, en quelque sorte, une mentalité post-conciliaire contraire, voire opposée, équivoque, voire hérétique, mais en outre, il suffit de relire DV, UR, NA, DHP, pour prendre la mesure du fait qu'au moins en chacun de ces quatre textes la lettre et l'esprit marchent ensemble et vont de pair.
Si vraiment la lettre du Concile avait été globalement compatible avec la Tradition antérieure, les experts et les Pères du Concile qui ont été les animateurs et inspirateurs de la révolution d'octobre auraient pu laisser la vie sauve aux schémas qui avaient été préparés par les commissions constituées en amont du Concile, pour être débattus au moment du Concile, et auraient dû impulser et incarner une mise en oeuvre du Concile d'inspiration "protestantisante" qui aurait été alors opposée à une mise en forme "catholicisante" du même Concile.
Au lieu de cela, ils ont fait en sorte que les schémas préparés soient récusés, sans la moindre discussion loyale, car ils savaient bien qu'il leur fallait des textes d'inspiration conciliaire pour donner un légitimité magistérielle au post-texte conciliaire ultérieur.
Dans cette affaire, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici-même, le vrai scandale ne réside pas tant dans le "errare humanum est" des années 1960, que dans le "perseverare diabolicum" des décennies qui ont suivi, d'autant plus que le caractère contre-productif, fragilisateur et non consolidateur, pour l'Eglise catholique, de la mise en oeuvre du Concile qui a été mis en forme, est apparu, aux yeux de Paul VI, au plus tard, en aval immédiat de la dernière session du Concile.
L'interaction fondatrice de la crise actuelle n'est donc pas tant située
- entre le texte du Concile et le "contexte interne" à l'Eglise et consécutif à la mise en forme du texte du Concile
- qu'entre le texte du Concile et le "contexte interne" à l'Eglise et simultané à la mise en forme du même texte, du même Concile.
Face à une mentalité conciliaire qui a inspiré bien des avancées et intuitions conciliaires, et qui a été fréquemment renforcée, et rarement réfrénée, par le dispositif conciliaire, une fois que celui-ci a été finalisé, formalisé, il ne restait plus à Paul VI
- qu'à faire faire tout ce qui allait dans le sens d'une mise en oeuvre apparemment raisonnable et responsable du Concile
- qu'à laisser faire tout ce qui allait dans le sens d'une mise en oeuvre apparemment déraisonnable et irresponsable du même Concile, et qui n'était le plus souvent qu'une extrêmisation, non une éradication, des avancées et intuitions conciliaires formulées, à tout le moins, dans chacun des quatre textes mentionnés ci-dessus.
Ces quatre textes me semblent particulièrement caractéristiques d'une articulation presque linéaire entre la théorie et la pratique du Concile, entre son dispositif et sa mentalité.
Merci beaucoup pour la référence communiquée, bonne fin de journée et joyeux Noel.
Scrutator.