Sur l'application des conciles
Ennemond -  2010-12-24 15:39:29

Sur l'application des conciles

Mgr Lefebvre n'était pas opposé à tous les décrets conciliaires. Il fut d'ailleurs l'un des rares à appliquer au tout début des années 1970 les décrets relatifs aux réformes des séminaires. Il était en revanche très opposé aux nouveautés relatives à la liberté religieuse, s'appuyant pour cela sur l'enseignement des papes. Il s'en est ému avant même de voter. Par la suite, il s'est expliqué sur son approbation de certains textes : "En effet, il y a certainement une grande majorité des évêques qui ont accepté les actes du Concile et moi-même, j’en ai accepté une partie également. Mais il est bien certain que la plupart des évêques étaient tout de même très inquiets et s’ils ont accepté de signer les actes du Concile, pour la plupart, c’est qu’ils se sont aperçu que le pape estimait qu’il n’y avait pas de difficulté à signer ces actes et, donc personnellement, j’ai été aussi impressionné par le fait que le pape souhaitait que ces actes, tels qu’ils étaient donnés, soient signés. Donc j’ai signé la plupart et il n’y en n’a que deux que je n’ai pas signé, celui de la liberté religieuse et celui de l’Église dans le monde." Sur le rapprochement que vous faites entre Vatican II et Trente, je dirais qu'il y a plutôt une opposition manifeste. Là où l'Eglise a rapidement appliqué Trente, les fruits s'en sont fait heureusement sentir. En France, l'opposition des légistes gallicans a fait retarder l'application aux années 1630 pour des raisons souvent politiques. Les fruits de renouveau par les séminaires, par la réforme du sacerdoce, ont donc été tardifs. Pour Vatican II, c'est l'inverse là où on n'a guère pris en compte les décisions conciliaires (liberté religieuse, collégialité, oecuménisme, dialogue interreligieux, réforme liturgique), la pratique s'est maintenue. On le voit avec l'exemple du diocèse de Campos qui a maintenu sous le mandat de l'évêque Antonio de Castro Mayer les normes ante-conciliaires. En revanche, les pays moteurs dans la réforme (Allemagne, Belgique, Pays-Bas) s'avèrent être aujourd'hui des déserts spirituels. En conclusion, je ne crois pas qu'il faille un siècle pour qu'un concile s'applique. Il n'y a aucune règle en la matière. Cette pensée provient de quelques partisans du concile qui dans les années 70 disaient qu'il fallait 20 ans, dans les années 80 ans parlaient de 50 ans. Face à la dégringolade de la pratique, ils disent qu'il faut désormais attendre un siècle. Il n'a pas fallu attendre 1970 pour voir Vatican I s'appliquer. Celui-ci a été immédiatement entériné dans les consciences au cours des années 1870 et 1880. Et pourtant, ils n'avaient pas les moyens de communication actuels !