Joseph Fadelle, Le prix à payer : recension
Cristo - 2010-12-24 14:28:52
Joseph Fadelle, Le prix à payer : recension
Le prix à payer
Ce livre est l’autobiographie d’un Irakien converti de l’islam chiite au catholicisme (Joseph Fadelle, Le prix à payer, Éditions de l’œuvre, Paris 2010, 222 p., 18 euros). Il vous fera pénétrer dans l’intimité de la grande, riche et influente famille de Bagdad d’un père de dix fils et dix filles auxquels il impose une autorité qui ne souffre aucune contestation. Il veille jalousement sur leur honneur. Tout le monde vite largement mais lui seul a l’autonomie financière. Il marie ses enfants sans leur demander leur avis et il arrive qu’une semaine avant la cérémonie, les futurs conjoints ne se connaissent pas encore. Vous pénétrerez aussi dans l’intimité des petites communautés de ces chrétiens autochtones, présents en Irak depuis 2000, qui y ont leurs maisons, leurs églises, leurs monastères et leur identité, et qui sont l’objet de tous les mépris des musulmans. L’histoire commence en 1987, sous le régime de Saddam Hussein, qui se dit “laïc”, et vous verrez comment vit une minorité chrétienne dans un pays “laïc” à majorité musulmane.
Nous sommes en pleine guerre Iran-Irak. Le fils le plus chéri, Mohammed Fadel Ali, successeur désigné du Père, fait son service militaire. Il n’a pas fait de grandes études, inutiles à qui est appelé à vivre comme un prince, mais seulement l’école coranique. Il a le déplaisir d’avoir pour voisin de chambrée un chrétien nommé Massoud qu’il se fait fort de convertir à l’islam. Et c’est le contraire qui se produit. Massoud ne répond que sèchement et brièvement aux questions de Mohammed sur sa religion et n’accepte de lui prêter l’Évangile qu’à condition qu’il lise d’abord le Coran, non mécaniquement, comme à l’accoutumée, mais en essayant de le comprendre, verset par verset. Et Mohammed, une fois son esprit critique éveillé, doit reconnaître qu’il n’y comprend pas grand chose et qu’un imam ami de la famille refuse de répondre aux questions théologiques et non juridiques qu’il lui pose. Il voit en rêve, sur la rive opposée d’un ruisseau, un personnage bienveillant qui lui dit : “Pour franchir le ruisseau, il faut que tu manges le pain de vie”. Et voilà que Massoud lui prête enfin un Évangile et qu’il tombe justement sur le discours sur le “Pain de Vie”. C’est un choc psychologique d’une violence incroyable et Mohammed n’aura désormais plus de cesse d’être baptisé pour pouvoir manger ce “Pain de Vie”.
Croyez-vous que cela fasse plaisir à Massoud ? Il ressent plutôt cette brusque conversion comme une catastrophe, parce qu’il prévoit tous les drames que l’accusation de prosélytisme peut provoquer dans la communauté chrétienne qui vit strictement repliée sur elle-même. Ils prient ensemble en cachette jusqu’à ce que Massoud soit libéré, après quoi Mohammed doit affronter seul les réticences des chrétiens qui n’admettent sa présence parmi eux qu’avec la plus extrême discrétion, et l’hostilité de sa famille qui, découvrant peu à peu la vérité essaye d’abord pour lui faire abjurer sa nouvelle religion, de la prison et de la torture, puis d’une fausse bienveillance, jusqu’au jour où le prêtre avec lequel il est en contact lui enjoint de quitter l’Irak. Par bonheur, la femme que son père lui a imposée et qui lui a donné deux enfants, le suit dans sa conversion.
Les précautions prises pour gagner en secret la Jordanie, pour vivre clandestinement dans ce pays, où ses frères et un oncle le rattrapent pour le tuer et, miraculeusement, le ratent, puis pour gagner la France où un membre de l’ambassade lui a trouvé une famille d’accueil, ressemblent à s’y méprendre à celles que prenaient en France les résistants qui s’occupaient de faire échapper des Juifs aux griffes de la Gestapo.
Si, le 15 août 2001, sur l’aéroport d’Amman, après bien des contrôles et des tracasseries, les fugitifs arrivent à monter à la dernière minute dans l’avion qui va les mener à Paris Roissy Charles de Gaulle, c’est bien grâce à l’intervention de sœur Maryam, une religieuse de choc, qui avec beaucoup d’intelligence, de prudence, de risques calculés, les guidait et les protégeait depuis le début de leur aventure spirituelle.
Et aussi :
CE 227/05 Iraq: témoignage d’un jeune prêtre
Nous rapportons ci-dessous un témoignage dramatique d’un jeune prêtre iraquien, le père Hani, envoyé à ses amis italiens, dont le père Sabino Palumieri, professeur de Théologie à l’Université Salésienne et son professeur lors des années de sa formation à Rome.
Très Chers Confrères et Amis,
Vous avez entendu le drame et la souffrance que les chrétiens en Iraq vivent, je n’ai rien pu écrire avant, mais maintenant je ne peux pas m’empêcher d’exprimer la douleur et l’angoisse que je ressens et partage avec eux tous. J’entends le cri de deux jeunes prêtres qui sont massacrés et baignés de leur sang devant l’autel alors qu’ils célèbrent la sainte messe et prient pour la paix ; j’entends le cri d’une femme dont l’enfant de quatre mois qu’elle tenait dans ses bras est tué d’un coup de fusil ; le cri d’Adam (un enfant de trois ans tué entre son père et sa mère), qui pendant deux heures n’a dit que ces mots : « ça suffit, ça suffit… », et ensuite il est tué lui aussi ; le cri d’une femme enceinte menée près d’un kamikaze et faite exploser avec lui ; le cri d’un jeune homme qui essaye de sauver son père, avec lequel il sera tué après. Beaucoup d’histoires très douloureuses m’ont été racontées par les blessés de l’attentat de Bagdad dans l’église dédiée à Notre-Dame du Perpétuel Secours, lesquels sont arrivés à l’hôpital Gemelli grâce à l’intervention du Saint-Siège et de l’Italie. Plus de soixante chrétiens tués par les fondamentalistes musulmans qui continuent à tuer.
Exactement alors que j’écris cette lettre, il m’est arrivé la nouvelle de deux autres chrétiens tués à Mossoul. Tout à l’heure, je disais que là-bas les chrétiens sont les victimes du fondamentalisme islamique, qui tue sans pitié, sans distinguer entre les enfants, les jeunes, les personnes âgées, les femmes et les hommes, et sans respecter aucun lieu de culte. Notre force n’est pas la violence, ni les bombes, ni faire le kamikaze pour tuer des personnes innocentes. Notre force est la prière, la confiance dans le Seigneur et dans la Vierge Marie, aide des chrétiens. Je vous demande, très chers confrères et amis, de prier intensément pour cette situation et pour faire entendre notre voix et notre cri qui demande la paix, la stabilité et la dignité de vivre. Où que nous sommes, faisons comprendre au monde entier ce qui se passe en Iraq. Merci à tous ceux qui ont été proches de moi et m’ont envoyé des mots de réconfort. Je vous rappelle moi aussi dans mes prières, en vous confiant au Seigneur.
CE 227/06 Iraq: employés chrétiens en “congés forcés”
Les employés des administrations publiques de la province de Mossoul de foi chrétienne peuvent aller en congé et leur absence ne sera pas comptée. Selon ce qu’une circulaire émise par l’administration de la province de Mossoul explique, dans le nord de l’Iraq, à tous les bureaux publics « ne seront pas comptées comme absence les journées de travail non effectuées » par les employés chrétiens.
Selon le conseiller provincial Athil Najafi, cité par l’agence “Voci dell’Iraq” (30 novembre 2010), il s’agit d’« une solution temporelle pour contribuer à résoudre les problèmes concernant les chrétiens iraquiens, but des terroristes d’Al-Qaeda ». Pour leur permettre de se déplacer vers les zones kurdes du pays, considérées comme les plus sures, l’administration locale a demandé aux bureaux où les employés chrétiens sont présents de ne pas considérer comme une absence injustifiée les journées de travail non effectuées dans cette période. Beaucoup de personnes, en effet, ont quitté Mossoul et depuis des jours se trouvent dans le Kurdistan iraquien. « Le conseil provincial – a ajouté le conseiller – a décidé de leur accorder des congés forcés suite à la série d’attentats qui ont pris leur communauté pour cible à Bagdad et dans la province de Ninive. »
On a aussi demandé au ministre de l’Instruction de transférer les enseignants chrétiens dans des zones du pays considérées comme moins à risque. Dans la dernière semaine, plus de 500 familles chrétiennes venant de différentes zones de l’Iraq se sont déplacées dans les provinces kurdes du pays, comme cela a été demandé par le président Jalal Talabani. (E. G.)
Source : Correspondance européenne