Le liseur et ses multiples pseudos...
Michel -  2010-12-19 00:15:19

Le liseur et ses multiples pseudos...

Toute ressemblance avec un némo, pardon, une personne quelconque, serait purement fortuite, of course... Nota : pour comprendre ce post, il est indispensable d'avoir lu (au moins le début de) l'épisode des marronniers ici : http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=575431 Finissant son verre, le liseur songeait... Il songeait que sa stratégie de pseudos multiples était fantastique, mais qu'il convenait de la pousser jusqu'à ses plus extrêmes limites. Déjà, il avait réussi par ce moyen à devenir ami d'un assez grand nombre de ses ennemis - il est vrai que le nombre de ses ennemis était assez grand, car il avait la plume un peu caustique... Bref, pour chaque ennemi important, il avait réussi à créer un personnage qui lui avait permis d'en devenir un cyber-ami. Et c'est ainsi que, sous un pseudo assez neutre, il avait même réussi à devenir ami de son pire ennemi, le redoutable Comte Philibert Jourdain de Némeaux, grand littérateur qui faisait une prose remarquable presque sans s'en rendre comte. Le liseur prit un verre et une décision : "...à moi, Comte de Némeaux..." ; il allait téléphoner au Comte pour lui demander un rendez-vous, sous un faux nom bien sûr : mais le comte ignorait aussi bien son vrai nom que son vrai visage. Le liseur décroche son téléphone, compose le numéro du comte... Cela sonne... On décroche. "Le comte y est", se dit-il... Et de sa voix la plus doucereuse : "Allo, cher ami, ici Zacharie..." Puis, après quelques très brefs échanges d'amabilités : "Cher ami, j'aimerais tant pouvoir jeter un coup d'oeil à vos collections de livres, missels et objets liturgiques..." Il obtint ce qu'il voulait : un rendez-vous chez le Sieur de Némeaux. Il raccrocha d'une main, en vidant un verre : "Je vais régler mes comptes avec lui... Le Comte est bon..." Le lendemain, le liseur put ainsi pénétrer dans le riche appartement de son meilleur ennemi. Oh, il n'avait pas vraiment de haine contre lui, mais les petits défauts pas corrigés du liseur l'avaient rendu prisonnier d'une conduite inexplicable. Le Comte fut très accueillant, lui montra les principales pièces de son logement ; l'entrée était complètement encombrée de piles de livres, et de cartons de livres, et de malles d'où débordaient des livres. Le salon était bien pire ; on pouvait reconnaître la salle à manger grâce à la table centrale, qui dépassait un tout petit peu au-dessus de la marée de livres qui remplissait tout l'espace restant ; il en était de même pour la chambre à coucher, où un vague lit encombré de livres débordait du flot omniprésent ; le liseur vit au loin la baignoire, qui débordait de livres... Arrivés dans une autre pièce qui contenait deux ou trois fois plus de livre que les autres, le liseur dit : "Ah, ça, je suppose que c'est votre bibliothèque ?..." C'est d'un ton assez lent que le Comte, presque absent, répondit le plus naturellement du monde : "Ah, non, ça, c'est la cuisine..." La gaffe !... Le liseur ne put s'empêcher d'éclater de rire en jetant joyeusement : "Crénom de Bonsss..." Trop tard ! - Q U O I ! ! ! ? ? ?... ...V O U S !... ...D E H O R R R R S !!! Mais déjà la voix du prosateur se perdait dans les lointains, couverte par le bruit de la vieille hallebarde décrochée trop brutalement, tandis que le liseur descendait les escaliers ventre à terre, ce qui, avouons-le, n'est pas une position très adaptée pour cela... Hors de sa portée, le liseur eut vite un petit ricanement en pensant aux couleurs du visage du comte... Cela lui fit penser aux couleurs qui défilèrent à vive allure dans le tube du ballon du gendarme... ---- Bonne nuit à nos amis. Qu'il soit bien clair que je n'ai rien contre eux... J'espère qu'ils auront apprécié mes petits essais littéraires...