pas de scandale mais beaucoup de flou
Luc Perrin - 2010-12-17 22:59:04
pas de scandale mais beaucoup de flou
La déclaration de 1999, dans laquelle le cardinal Ratzinger fut très impliqué au passage, n'est pas du tout une ratification des thèses de Luther sur la justification, moins encore de celles de Calvin.
On se met d'accord, en grande pompe, mais sur quoi ? En fait ce n'est pas tant un scandale qu'un grand vide nommé "le consensus différencié".
On ne renonce en rien à ce qui a motivé le désaccord mais on présuppose une compatibilité des 2 positions opposées parce que chaque signataire se garde bien de tirer la moindre conséquence pratique des affirmations dites communes.
Ce que déjà Calvin disait au XVIe : le sola gratia sans en tirer les conséquences que les protestants en tirent est une vaine affirmation. Les colloques réunis dès cette époque par les humanistes façon Charles Quint avaient déjà plus ou moins acté ce consensus sur la justification : déjà ce sont les conséquences radicalement opposées que les uns et les autres en déduisaient qui avaient fait échouer l'accord. En 1999, les 2 parties ont signé, malgré une très vive opposition de nombreux théologiens académiques luthériens et quelques réserves au sein de la Curie.Est-on plus avancé sur la conception des sacrements, sur le sacrifice de la Messe, sur le caractère du sacerdoce, sur l'infaillibilité de l'Église, pour ne citer que quelques points cruciaux ?
Ces trois articles de la Déclaration montrent fort bien la portée réduite, à mon humble avis, de cette signature. Est-elle "le fondement solide" qu'elle prétend être ? Il arrive bien un moment où la chèvre mange le chou si elle ne veut pas mourir de faim.
"40. La compréhension de la doctrine de la justification présentée dans cette déclaration montre qu’il existe entre luthériens et catholiques un consensus dans des vérités fondamentales de la doctrine de la justification. A la lumière de ce consensus sont acceptables les différences qui subsistent dans le langage, les formes théologiques et les accentuations particulières dans la compréhension de la justification telles qu’elles sont décrites dans les paragraphes 18 à 39 de cette déclaration. C’est pourquoi les présentations luthérienne et catholique de la foi en la justification sont, dans leurs différences, ouvertes l’une à l’autre et ne permettent plus d’infirmer le consensus atteint dans des vérités fondamentales.
41. Il en découle que les condamnations doctrinales du XVIe siècle, dans la mesure où elles se référent à l’enseignement de la justification, apparaissent dans une lumière nouvelle : l’enseignement des Eglises luthériennes présenté dans cette déclaration n’est plus concerné par les condamnations du Concile de Trente. Les condamnations des Confessions de foi luthériennes ne concernent plus l’enseignement de l’Eglise catholique romaine présenté dans cette déclaration.
42. Cela n’enlève rien au sérieux des condamnations doctrinales liées à la doctrine de la justification. Certaines n’étaient pas simplement sans objet ; elles conservent pour nous « leur valeur d’avertissements salutaires » dont nous avons à tenir compte dans l’enseignement et la pratique.[21]
43. Notre consensus dans des vérités fondamentales de la doctrine de la justification doit avoir des conséquences et trouver sa confirmation dans la vie et l’enseignement des Eglises. A cet égard, il existe encore des questions d’importance diverse qui demeurent et exigent d’être ultérieurement clarifiées. Elles concernent, entre autres, la relation entre la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Eglise, ainsi que l’ecclésiologie, l’autorité dans l’Eglise, son unité, le ministère et les sacrements, et enfin la relation existant entre justification et éthique sociale. Nous sommes convaincus que la compréhension commune à laquelle nous sommes parvenus constitue un fondement solide qui permettra cette clarification ultérieure. Les Eglises luthériennes et l’Eglise catholique romaine continueront à approfondir leur compréhension commune afin qu’elle porte ses fruits dans l’enseignement et la vie ecclésiale."