votre ami et vous-même avez raison tous les deux
Luc Perrin -  2010-12-10 11:47:42

votre ami et vous-même avez raison tous les deux

La recommandation de l'Église a simplement ... changé (oops un gros mot). Elle a changé car les circonstances ont changé voilà tout. Au XVIe siècle se développe un vaste mouvement d'opposition à l'Église catholique appelé "protestantisme" : peut-être votre ami en a-t-il entendu parler ? Ce mouvement prétend(ait) opposer "la Bible seule" à toute la doctrine de l'Église et ses chefs (Luther, Zwingli, Calvin etc.) prétendaient de même être les seuls bons interprètes de l'Écriture Sainte. Dans une Europe massivement analphabète et compte tenu du danger présenté par cette lecture solitaire et sans guide, il est logique que l'Église ait restreint provisoirement l'accès des fidèles : au cours du siècle les règles de l'Index empêchent quasiment l'accès aux bibles vernaculaires (sauf autorisation papale !). En plus pour Thérèse, il y avait le courant antérieur des Alumbrados auquel elle était accusée d'appartenir et qui pratiquait de même cette méditation solitaire de la Bible. Souvent au XVIe l'Inquisition royale espagnole confond alumbrados et "luteranos". Ajoutons que le pernicieux second jansénisme du P. Quesnel reprend cette revendication à la fin du XVIIe d'où une nouvelle mise en garde ecclésiale. Toutefois Benoît XIV quelques décennies après lève cette (quasi)interdiction (pour les bibles en langue vulgaire) et le Mouvement biblique sous Léon XIII encourage au contraire la lecture de la Bible et ce jusqu'à Dei Verbum et depuis. Clément XI, Bulle Unigenitus (1713) qui condamne 101 propositions tirées de Quesnel dont les 83-84-85 ayant trait à la libre lecture des Evangiles comme "fausses, capricieuses, malsonnantes, capables de blesser les oreilles pieuses, scandaleuses, pernicieuses, téméraires, injurieuses à l'Eglise et ses usages, outrageantes etc." la liste des épithètes se poursuit sur 4 lignes : proposition 85 : "En interdire la lecture, de l'Ecriture et particulièrement de l'Evangile, aux Chrétiens, c'est interdire l'usage de la lumière aux enfants de lumière et leur faire souffrir une espèce d'excommunication." (donc proposition condamnée) Léon XIII conclusion de Providentissimus Deus (1893) : "Employez avec ardeur votre autorité et multipliez vos exhortations, afin que ces études demeurent en honneur et prospèrent dans les Séminaires et dans les Universités qui dépendent de votre juridiction. Qu'elles y fleurissent purement et d'une façon heureuse, sous la direction de l'Eglise, suivant les salutaires enseignements et les exemples des saints Pères, suivant l'usage de nos ancêtres; qu'elles fassent dans le cours des temps, de tels progrès qu'elles soient vraiment l'appui et la gloire de la vérité catholique, et un don divin pour le salut éternel des peuples. Nous avertissons enfin avec un paternel amour, tous les disciples et tous les ministres de l'Eglise, de cultiver les Saintes Lettres avec un respect et une piété très vifs. Leur intelligence, en effet, ne peut s'ouvrir d'une façon salutaire, comme il importe, s'ils n'éloignent l'arrogance de la science terrestre, et s'ils n'entreprennent avec ardeur l'étude de " cette sagesse qui vient d'en haut ". Une fois initié à cette science, éclairé et fort, lié par elle, leur esprit aura une puissance étonnante même pour reconnaître et éviter les erreurs de la science humaine, cueillir ses fruits solides et les rapporter aux intérêts éternels. L'âme tendra ainsi avec plus d'ardeur vers les avantages de la vertu et sera plus vivement animée de l'amour divin. " Heureux ceux qui scrutent ses témoignages, qui les recherchent de tout leur coeur! " (1) Et maintenant, Nous appuyant sur l'espérance du secours divin et plein de confiance en votre zèle pastoral, Nous accordons, bien volontiers en Dieu, comme gage des faveurs célestes et comme témoignage de Notre particulière bienveillance, la bénédiction apostolique, à vous tous, à tout le clergé, au peuple confié à chacun de vous." nb. l'Église recommande toutefois toujours la lecture en relation avec la foi catholique et donc pas une apologie du Scriptura Sola luthérien. A notre époque d'individualisme triomphant, ce point sur le plan pastoral ne devrait pas être minoré car les déviations possibles sont grandes et on en observe souvent de là à retourner à l'interdiction de 1713, il y a un pas qu'on ne saurait franchir.