"Alphonse [XIII] a laissé passer les années sans reconnaître la légitimité, son fils [Don Juan, futur comte de Barcelone et père de l'actuel Juan-Carlos] non plus n'a réalisé aucun acte de répudiation des principes politiques représentés par son père. J'ai cru convenable la constitution d'une Régence qui ne doit te priver en aucune façon d'un droit de succession, qui serait mon idéal en raison de la pleine confiance que j'ai en toi." Lettre du duc de San Jaime à Xavier de Bourbon-Parme, en date du 10 mars 1936 (extrait reproduit in Juan Balanso, Les Bourbons de Parme, J&D éditions, 1996, p. 159).
Mais Alphonse-Charles Ier était allé encore plus loin dans une lettre adressée à la soeur du prince Xavier, l'impératrice Zita :"Absolument écartée, comme je te l'expose, la branche de François de Paule [et donc Alphonse XIII et sa descendance - car usurpateurs et descendants d'usurpateurs aux yeux du roi de jure], vient alors la branche de Bourbon des Deux-Siciles. Tous ces princes ont perdu leurs droits pour avoir reconnu Alphonse XII et Alphonse XIII, servi dans leur armée et reçu des titres, grades militaires et emplois de ceux-ci. Ensuite vient la branche de Parme. Elie [de Bourbon-Parme, demi-frère et aîné de Xavier] ne peut me succéder parce qu'il a lui aussi reconnu Alphonse XIII. Nous arrivons alors à ton frère Xavier, le premier Bourbon qui n'a pas vacillé et est resté fidèle à la dynastie légitime." Lettre datée d'août 1935, et citée par Juan Balanso (in Les Bourbons de Parme, J&D éditions, 1996, p. 162).
Après la mort d'Alphonse-Charles Ier (29 septembre 1936), Manuel Fal Conde, principal chef carliste en Espagne [alors en pleine guerre civile] reconnut Xavier de Bourbon-Parme comme régent. Une partie cependant des notables carlistes, derrière le comte de Rodezno, entreprit de se rallier progressivement au comte de Barcelone (qui en fait de se rallier au carlisme devait se contenter de poser coiffé du béret carliste sur certaines photographies...). Poussé par le Conseil national de la Communion carliste, Xavier de Bourbon-Parme fut reconnu roi de jure par ses partisans le 31 mai 1952 à Barcelone. Mais le prince Xavier et ses carlistes étaient très nettement devancés dans la course au trône par le comte de Barcelone qui avait négocié avec le général Franco l'envoi en Espagne de son fils Juan-Carlos pour raison d'études. On sait où le processus alors enclenché devait mener (le comte de Barcelone étant lui-même évincé au profit de son propre fils - en 1969). Une question demeure : comment le comte de Barcelone avait-il succédé à son père Alphonse XIII (dans la prétention au trône d'Espagne) lors même que le comte de Barcelone était en 1931 (date de l'exil d'Alphonse XIII) le troisième fils du roi constitutionnel ? Le premier fils, Alfonso prince des Asturies (1907-1938) avait renoncé à ses droits en 1933 pour épouser la personne de son choix. Il mourut sans descendant. Le deuxième fils, Jaime duc de Ségovie (1908-1975), renonça également à ses droits en 1933, sur la pression de son père, en raison de son handicap (il était sourd-muet). Il épousa Emmanuelle de Dampierre, dont il eut deux fils, dont Alphonse de Bourbon (1936-1989), père de Louis-Alphonse de Bourbon (né en 1974), reconnu présentement comme successeur légitime des rois de France par une partie des royalistes français. En 1941 (mort d'Alphonse XIII) le troisième fils Don Juan (1913-1993) devint donc prétendant à la couronne d'Espagne, prenant le titre de comte de Barcelone. Il est à noter qu'à la mort du duc de San Jaime (1936) une partie des légitimistes français de tendance "Blancs d'Espagne" préféra reporter ses espérances sur le prince Xavier de Bourbon-Parme que sur Alphonse XIII et sa descendance. Le baron Pinoteau et Guy Augé y firent ici ou là allusion dans leurs écrits. Quant à l'attitude du prince Xavier à ce sujet (c'est-à-dire au sujet de la succession française), elle semble difficile à définir avec exactitude.