Pas exactement, Maître...
N.M. -  2010-12-04 23:55:22

Pas exactement, Maître...

Dans l'ordre de primogéniture mâle, "Paquita" - c'est-à-dire François de Bourbon (1822-1902) - passait après la descendance du Charles V des carlistes (1788-1855) et de sa descendance. Le roi d'Espagne Charles IV (1748-1819) avait trois fils lors de son abdication forcée en 1808 : - Ferdinand VII (1784-1833) ; - Charles, comte de Molina, futur Charles V des carlistes (1788-1855) ; - Et François de Paule, duc de Cadix (1794-1865). Isabelle II (1830-1904) était la fille de Ferdinand VII. Elle lui succéda à sa mort en 1833 - succession contestée par les partisans du comte de Molina (Don Carlos) qui prirent le nom de carlistes. En 1846 Isabelle II épousa son cousin germain François d'Assise, fils de François de Paule duc de Cadix. Ils eurent pour fils Alphonse XII (1857-1885), père d'Alphonse XIII (1886-1941). Louis-Alphonse de Bourbon et Juan-Carlos descendent par les mâles de cette branche alors cadette des Bourbons d'Espagne. En effet, jusqu'en 1936, la branche aînée des Bourbons d'Espagne (et de tous les Bourbons depuis la mort du comte de Chambord en 1883) était constituée par la descendance du comte de Molina : le Charles V des carlistes. Le dernier descendant mâle de Charles V fut Alphonse-Charles de Bourbon, duc de San Jaime (1849-1936), reconnu comme roi d'Espagne de jure par les carlistes (qui venaient de se soulever contre la Seconde République espagnole) - reconnu sous le nom d'Alphonse-Charles Ier, et comme roi de France de jure par les légitimistes non-ralliés aux Orléans (les "Blancs d'Espagne") sous le nom de Charles XII. A la mort du duc de San Jaime, l'aînesse par primogéniture mâle passait à Alphonse XIII, roi constitutionnel d'Espagne en exil depuis 1931. Pour feu le duc de San Jaime et pour nombre de carlistes, cette succession n'allait pas de soi. En effet, la descendance d'Isabelle II et de "Paquita" était regardée par ces contre-révolutionnaires espagnols qu'étaient les carlistes comme l'équivalent des Orléans en France pour les légitimistes fidèles au comte de Chambord : des usurpateurs qui avaient saboté les institutions de la monarchie traditionnelle espagnole. Pour les carlistes, la monarchie d'Alphonse XIII était l'équivalent de notre Monarchie de Juillet. Ce fut la principale raison pour laquelle le duc de San Jaime confia à son neveu Xavier de Bourbon-Parme (1889-1977) la régence de la Communion carliste. Il faut en effet noter que lointain parent par les mâles, le prince Xavier avait pour mère Antonia de Bragance (1862-1959) dont la soeur Marie des Neiges (1852-1941) était l'épouse d'Alphonse-Charles Ier. L'oncle (Alphonse-Charles) appréciait tout particulièrement son neveu (Xavier) et se méfiait grandement d'Alphonse XIII : il ne pouvait à la rigueur accepter ce dernier comme successeur qu'à la condition qu'il se ralliât aux principes traditionnels incarnés par le carlisme. En instituant Xavier de Bourbon-Parme comme régent, ce dernier devenait en quelque sorte exécuteur testamentaire du vieux roi carliste et juge de paix de la succession - mais pas seulement :

"Alphonse [XIII] a laissé passer les années sans reconnaître la légitimité, son fils [Don Juan, futur comte de Barcelone et père de l'actuel Juan-Carlos] non plus n'a réalisé aucun acte de répudiation des principes politiques représentés par son père. J'ai cru convenable la constitution d'une Régence qui ne doit te priver en aucune façon d'un droit de succession, qui serait mon idéal en raison de la pleine confiance que j'ai en toi." Lettre du duc de San Jaime à Xavier de Bourbon-Parme, en date du 10 mars 1936 (extrait reproduit in Juan Balanso, Les Bourbons de Parme, J&D éditions, 1996, p. 159).

Mais Alphonse-Charles Ier était allé encore plus loin dans une lettre adressée à la soeur du prince Xavier, l'impératrice Zita :

"Absolument écartée, comme je te l'expose, la branche de François de Paule [et donc Alphonse XIII et sa descendance - car usurpateurs et descendants d'usurpateurs aux yeux du roi de jure], vient alors la branche de Bourbon des Deux-Siciles. Tous ces princes ont perdu leurs droits pour avoir reconnu Alphonse XII et Alphonse XIII, servi dans leur armée et reçu des titres, grades militaires et emplois de ceux-ci. Ensuite vient la branche de Parme. Elie [de Bourbon-Parme, demi-frère et aîné de Xavier] ne peut me succéder parce qu'il a lui aussi reconnu Alphonse XIII. Nous arrivons alors à ton frère Xavier, le premier Bourbon qui n'a pas vacillé et est resté fidèle à la dynastie légitime." Lettre datée d'août 1935, et citée par Juan Balanso (in Les Bourbons de Parme, J&D éditions, 1996, p. 162).

Après la mort d'Alphonse-Charles Ier (29 septembre 1936), Manuel Fal Conde, principal chef carliste en Espagne [alors en pleine guerre civile] reconnut Xavier de Bourbon-Parme comme régent. Une partie cependant des notables carlistes, derrière le comte de Rodezno, entreprit de se rallier progressivement au comte de Barcelone (qui en fait de se rallier au carlisme devait se contenter de poser coiffé du béret carliste sur certaines photographies...). Poussé par le Conseil national de la Communion carliste, Xavier de Bourbon-Parme fut reconnu roi de jure par ses partisans le 31 mai 1952 à Barcelone. Mais le prince Xavier et ses carlistes étaient très nettement devancés dans la course au trône par le comte de Barcelone qui avait négocié avec le général Franco l'envoi en Espagne de son fils Juan-Carlos pour raison d'études. On sait où le processus alors enclenché devait mener (le comte de Barcelone étant lui-même évincé au profit de son propre fils - en 1969). Une question demeure : comment le comte de Barcelone avait-il succédé à son père Alphonse XIII (dans la prétention au trône d'Espagne) lors même que le comte de Barcelone était en 1931 (date de l'exil d'Alphonse XIII) le troisième fils du roi constitutionnel ? Le premier fils, Alfonso prince des Asturies (1907-1938) avait renoncé à ses droits en 1933 pour épouser la personne de son choix. Il mourut sans descendant. Le deuxième fils, Jaime duc de Ségovie (1908-1975), renonça également à ses droits en 1933, sur la pression de son père, en raison de son handicap (il était sourd-muet). Il épousa Emmanuelle de Dampierre, dont il eut deux fils, dont Alphonse de Bourbon (1936-1989), père de Louis-Alphonse de Bourbon (né en 1974), reconnu présentement comme successeur légitime des rois de France par une partie des royalistes français. En 1941 (mort d'Alphonse XIII) le troisième fils Don Juan (1913-1993) devint donc prétendant à la couronne d'Espagne, prenant le titre de comte de Barcelone. Il est à noter qu'à la mort du duc de San Jaime (1936) une partie des légitimistes français de tendance "Blancs d'Espagne" préféra reporter ses espérances sur le prince Xavier de Bourbon-Parme que sur Alphonse XIII et sa descendance. Le baron Pinoteau et Guy Augé y firent ici ou là allusion dans leurs écrits. Quant à l'attitude du prince Xavier à ce sujet (c'est-à-dire au sujet de la succession française), elle semble difficile à définir avec exactitude.