Amos - 2010-12-03 22:35:59
Gérôme à Orsay
J'ai Rome à Paris ! pourrait s'exclamer le visiteur devant ses tableaux de la vivante Rome antique qui nous changent des romantiques expirants, avec lui les agonisants ont bonne mine, les Martyrs sont resplendissants, César se vide joyeusement de son sang tandis que les conjurés font grise mine, les gladiateurs sont triomphants, la foule est ignoble, le vaincu attend patiemment le coup de grâce, Gérôme ne nous fait grâce d'aucun détail, on se sent comme l'un des spectateurs de ce théâtre des cruautés, baisserons-nous le pouce nous aussi ?
L'on aura découvert auparavant un portraitiste digne des artistes du Moyen-âge, loin des afféteries de la Renaissance, la puissance et la douceur de son trait nous charme, ses portraits d'un autre âge sont empreints d'une vérité troublante, d'une grâce saisissante.
Mais voici l'orientaliste qui alla même jusqu'à Jérusalem et peignit les Juifs au Kotel, le Mur des Lamentations, loin d'un orient de bazar, il est séduit par la Grèce ottomane, ce n'est pas tant l'indépendance qu'il chante que ce qu'il reste de turc chez les grecs avant que ceux-ci ne perdent leur originalité en s'occidentalisant, il peint Botzaris en nouveau Pacha, Makriyannis ne dit pas autre chose, il est vrai que beaucoup regrettaient leurs anciens maîtres et protecteurs, les Grecs catholiques de Syros s'étaient réfugiés dans la montagne pour échapper à des massacres venus des réfugiés de Chios, ils n'ont pas eu la chance d'avoir leur Victor Hugo, il en reste une poignée aujourd'hui, la Grèce orthodoxe a plus mal traité ses catholiques que la Turquie musulmane ses chrétiens, il a peint des Bachis-Bouzouks au repos entre deux massacres, on reconnaît les terribles Zeybeks chargés de pourchasser les Grecs rebelles, ils étaient atroces et impitoyables, c'étaient tous des Grecs passés au service des Turcs pour lutter contre leurs coreligionnaires, aujourd'hui les Grecs dansent le Zeybekiko, c'est tout le mystère de la Grèce.
Mais voici venu le temps des barbouilleurs, le talent de Gérôme n'impressionne plus, place aux impressionnistes, les imbéciles se gausseront de lui, on veut du brouillard et des fleurs, on se met au goût anglais, on veut des gares suggérées et des panaches de fumée, aujourd'hui la gare est un musée et on va fumer dehors, il est temps de sortir, on ira s'abrutir de Van Gogh et de Monet un autre jour, d'ailleurs il nous en reste un peu, allons boire une bière.
au Musée d'Orsay jusqu'au 23 janvier